Greimas, Algirdas Julien
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Core ideas
Dans le premier entretien, Greimas parle de sa vie partagée entre Paris, où il « fait semblant de faire quelque chose », et le Perche, où il travaille et où son chien jouit d'une liberté qu'il vit à travers lui. Il découvre le Perche en enseignant la géographie de la France dans un pensionnat de religieuses à Alexandrie (Égypte), où il avait succédé à Roland Barthes comme lecteur de français : il y enseigne tout, pour gagner quelques sous. Il se dit sceptique devant les mots de « liberté » et de « bonheur » (« concept du XVIIIe siècle », aujourd'hui employé « pour les sondages »), préférant le « plaisir » : celui du brouillard du matin, des couchers de soleil, « un pressentiment de la communion possible avec autrui, avec le monde ». Il dit lire peu (« temps pour lire, temps pour écrire », reprenant Barthes) et suivre une discipline d'écriture (trois pages de 8 h à 11 h), le reste étant du travail « subalterne ». Pour illustrer la sémiotique, il utilise l'image d'un train qui passe : certains y montent, d'autres en descendent, et il n'est « même pas le mécanicien de la locomotive ». Il évoque la beauté des yeux de vache, son rapport « voluptueux » ou sémiotique aux textes (la cinquantième lecture d'un petit texte fait réapparaître la volonté de « posséder » le texte), son amitié silencieuse avec Italo Calvino, qu'il voit comme résumant la postmodernité (« littérature sur la littérature » et dérision), des réflexions sur la traduction de Rilke (« la traduction est toujours une trahison », création d'une troisième langue), son malaise à parler en public (« un mauvais acteur sur la scène »), son goût de la peinture (Matisse), du cinéma, et la soupe au pistou comme exemple qu'on peut faire des choses simples avec des méthodes compliquées.
Le second entretien, consacré à « l'enseignement du silence », revient sur la vie de Greimas : il se dit « gourmand de la vie » et raconte un souvenir avec Michel de Certeau sur le christianisme comme religion de la souffrance, l'« expérience » d'avoir éprouvé « un plaisir de mourir » lors d'un malaise à l'hôpital, et le fait d'appartenir à une génération qui a vécu difficilement (guerre, occupations) : il s'agit de « tenir la tête hors de l'eau », de serrer les mâchoires, avec une exigence morale pour la recherche. Né en Russie (près de Moscou) dans une famille lituanienne réfugiée, il évoque la révolution de février (dont l'euphorie lui rappelle mai 1968) puis le coup d'État bolchevique, son enfance en Lituanie bourgeoise, et son père, professeur de lycée et « silencieux », qui lui a appris à se promener en silence ; son père est mort dans un camp, il en parle avec retenue. Il rattache son travail sur les mythes lituaniens à ses étés à la campagne, puis à la rencontre de Georges Dumézil (comparaison avec les mythologies indo-européennes) : Des dieux et des hommes est « une sorte d'hommage rendu au père ».
Il raconte son départ de la Lituanie pour la France (envoyé à Grenoble comme étudiant en droit après le blocus d'Hitler), son statut de « métèque » désormais prestigieux, la schizophrénie de vivre dans deux langues qui ne se touchent pas (« deux archipels »), les analystes qui l'interrogent sur le silence et le non-dit (la sémiotique cherche le non-dit dans un texte simple : la banalité et la profondeur sont « la même chose »). Il évoque Alexandrie après sa thèse comme des « années d'apprentissage » sans livres, où un petit club autour d'une bouteille de whisky réfléchissait à l'épistémologie, une revue fondée avec Barthes, qui estimait que « les relations d'argent sont les seules relations saines », et Ankara, ville « à dimension française », où il apprend la logique symbolique d'un collègue kurde, assistant d'un réfugié allemand accueilli par Atatürk.
Excerpts
“« Il fallait répondre à la question de savoir ce que c'est que la sémiotique. Alors, pour expliquer par une image : c'est un train qui passe. Il y a des gens qui prennent le train, d'autres qui descendent. Il y a des individus qui passent dans la machine, et moi je ne suis même pas le mécanicien de la locomotive. »”
“« La liberté, on n'est jamais libre : on cherche à se libérer de quelque chose. Le bonheur, c'est un concept du XVIIIe siècle : les gens ne savent plus ce que c'est, on en parle pour les sondages, pour les médias. Alors si ce n'est pas un bonheur, c'est un plaisir. »”
“« J'appartiens à une génération qui a vécu difficilement : il s'agissait de traverser la guerre, les occupations. [...] Tenir la tête hors de l'eau, c'est ça l'ambition de la vie. Pour avoir la tête hors de l'eau, il faut savoir serrer les mâchoires. »”