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Oates, Joyce Carol

romancière et nouvelliste américaine

Joyce Carol Oates - Entretien (Hors-champs)

Artesquieu · Jun 28, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, notamment pour les noms propres ; le sens général est restitué avec prudence)

Core ideas

Oates explique d'abord ses noms : elle dit que son nom véritable est Joyce Smith (nom de naissance), qu'elle est devenue Madame Charles après un remariage (nom de famille mal transcrit) et qu'elle publie sous le nom de Joyce Carol Oates ; elle a aussi publié une série de romans sous un autre pseudonyme (« Rosa Man », transcription approximative) pour distinguer des récits plus proches du suspense de sa littérature d'inspiration sociologique et culturelle. Elle dit n'avoir jamais pensé être « écrivaine » : enfant, elle racontait et écrivait des histoires, sa grand-mère lui a offert une petite machine à écrire et l'a soutenue, comme ses parents ; l'espèce humaine est « une espèce qui raconte des histoires », certaines devenant littérature. Elle se souvient de l'émotion de l'acceptation de sa première nouvelle et raconte sa rencontre, à 21 ans, à l'université du Wisconsin à Madison, avec son mari, Raymond Smith, éditeur et professeur, avec qui elle a été mariée pendant 47 ans et avec qui elle a publié la revue Ontario Review ; ils ont publié Claude Simon avant son prix Nobel (ils étaient les seuls éditeurs américains à l'avoir en français), dont l'émission fait entendre un extrait : le roman est pour lui un instant, un « faisceau de sensations » qu'il faut traduire en une suite temporelle.

Sur son œuvre (plus de quatre-vingts livres, fiction, journal, essais sur l'écriture, romans policiers, théâtre, livres pour enfants), elle dit n'avoir jamais fait de plan de vie : on s'absorbe intensément dans un projet, le suivant peut être un contraste, il est difficile de planifier au-delà de trois ans. Ses idées viennent de « plusieurs sources » comme les affluents d'une rivière (souvenirs d'enfance, journaux, rêves) ; elle part des personnages, dont l'histoire finit par faire l'intrigue. Elle ne se souvient pas d'avoir écrit que son enfance était « morte », qu'elle dit très vivante dans sa mémoire. Elle parle des sœurs de son mari et de la sienne (une sœur schizophrène lobotomisée, et sa propre sœur autiste, aujourd'hui en institution) et du livre sur la mort de son mari en 2008, J'ai réussi à rester en vie : elle ne pouvait pas écrire un roman, qui exige de se projeter dans l'avenir, et a tenu un journal page après page, relu et remanié au bout d'un an ; l'écriture a été « thérapeutique » et un acte de communication (elle répond à tous les courriers, dont celui d'une veuve française pour qui le livre a été une aide), et elle continue le jardin de son mari en sa mémoire. Elle n'achèvera pas le roman inachevé de jeunesse de Raymond, qui n'a pas de raison d'être publié.

L'entretien aborde aussi ses amitiés d'écrivains (Susan Sontag, dont elle admire le journal et qui lui a consacré une page, John Updike, Russell Banks et d'autres), la musique (piano, Chopin), la marche et la course quotidiennes qui nourrissent sa réflexion, et la boxe, découverte à dix ou onze ans avec son père, et sur laquelle elle a écrit (Ali, Jack Johnson, Mike Tyson). Elle se dit nourrie de réalité américaine (Marilyn Monroe dans Blonde, Ted Kennedy, une petite fille disparue), qu'elle traite « sous l'angle du conte de fées » pour en extraire la substantifique moelle, revendique un « réalisme psychologique » où dominent les voix des personnages, cite Joyce, Mann, Stendhal, Flaubert, Duras, Colette, Sartre, Camus, Beckett, enseigne Madame Bovary, avoue ne pas avoir beaucoup aimé Le Deuxième Sexe en traduction. Elle veut « tout dire », aller au cœur des choses et être « véridique », écrit tôt le matin (vers 7 heures), court l'après-midi, révise beaucoup puis passe vite à un autre projet. Elle évoque une « crise mystique » vécue il y a longtemps (le sentiment d'être reliée à l'univers, qui lui a laissé du calme), et son nouveau roman (Mudwoman), centré sur une femme devenue présidente d'université après une dépression nerveuse, issue d'un milieu pauvre ; elle dit n'avoir elle-même aucun goût pour l'administration (« je ne suis pas quelqu'un qui serre les mains ») et se dit « raisonnablement » heureuse, plus qu'à la mort de son mari.

Excerpts

“« Je n'étais pas capable d'écrire de la façon habituelle, c'est pour ça que j'ai utilisé le journal. [...] Je ne pouvais pas écrire un roman, parce que pour écrire un roman il faut se projeter dans l'avenir. Je ne pouvais pas penser au lendemain, j'avais besoin de ce journal. »”

“« On est une espèce qui raconte des histoires, et certaines histoires sont très compliquées, très belles, et ça peut devenir à ce moment-là de la littérature plutôt que simplement un récit. »”

“« Je ne pense pas que beaucoup d'écrivains ou d'artistes aient un plan à long terme, un plan de vie. On s'occupe d'un projet de manière très intense pendant un certain temps, et le projet suivant peut être tout à fait en contraste. C'est difficile de planifier au-delà de trois ans. »”