Rolland, Romain
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (une allocution d'environ cinq minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et plusieurs enchaînements ; les passages incertains sont omis)
Core ideas
Rolland remercie d'abord la Suisse, à laquelle il doit, dit-il, une grande partie de ses heures, des montagnes qui ont été dans sa jeunesse « une source de recueillement et d'énergie » et un lieu où il a maintenu « dans la tourmente » sa conscience de l'unité européenne. Il évoque l'espace parcouru entre 1866 et 1936, qu'il juge aussi gigantesque que celui de 1760 à 1830 (la Révolution française et les guerres napoléoniennes) : le réveil de l'Asie, la révolution soviétique, la guerre mondiale, ainsi que les transformations de la vie quotidienne. Il se souvient des diligences, de la peur devant les premiers trains, des premiers vélocipèdes, des premières inventions d'Edison, puis du « déchaînement d'inventions inouïes » après 1900. Contrairement à son ami Duhamel, il ne regrette pas le progrès technique : il croit à sa « fatalité », lui est reconnaissant et pense qu'employé avec intelligence, il contribue au vaste essor de l'esprit humain en rapprochant tous les peuples.
Il décrit son origine modeste : petite ville du Nivernais de moins de cinq mille habitants, dont l'horizon s'arrêtait aux limites du département, et où l'on ne savait des pays étrangers que par les récits des anciens combattants de Sébastopol et de Solférino. Rien ne le prédestinait donc à devenir ce qu'il est essentiellement, un « Weltbürger, citoyen du monde » ou, plus exactement, « Weltarbeiter, travailleur du monde ». La clé de l'unité humaine lui a été donnée, dit-il, par la musique, qui l'a fait communier avec les meilleurs des peuples allemand et italien avant même qu'il ait visité ces pays. À Paris, à l'École normale supérieure, il a connu de grands esprits européens et correspondu avec Tolstoï ; son européanisme s'est fortifié à Rome, à l'École française du palais Farnèse, auprès de Malwida von Meysenbug, proscrite d'Allemagne après 1848, qui l'a fait connaître la vieille Allemagne (Schiller, Nietzsche, selon un passage déformé du transcript).
Entré dans la bataille littéraire vers 1890, il se mêle à l'affaire Dreyfus et écrit d'abord des drames de la Renaissance et de la Révolution, pour fonder un « théâtre du peuple », mais son appel reste « sans écho » ; il se replie alors sur le roman et écrit les dix volumes de « Jean-Christophe » (1902-1913), qui rassemblent des milliers d'amis et d'alliés parmi la jeunesse. La guerre de 1914 « a tout ruiné » ; il a maintenu, malgré tout, la fraternité franco-allemande et l'unité européenne, ce qui lui a valu d'être, dit-il, pendant quatre ans « le Français le plus haï » (le transcript écrit « le plus laïc »), et beaucoup de ses anciens amis ne le lui pardonnent pas : « si c'était à recommencer, je recommencerais ». Après la guerre, il élargit son champ à la Russie et à l'Inde (Gandhi et des mystiques indiens dont les noms sont déformés dans le transcript), défend le « monde nouveau » soviétique contre les menaces du vieux monde, et retrace cette évolution dans une suite de romans parallèles à « Jean-Christophe » et dans des articles. Il dit n'avoir jamais oublié la musique et ses grands maîtres (dont l'un, vraisemblablement Beethoven, est nommé de façon déformée), auxquels il se « retrempe » pour toucher le fond commun de l'âme humaine, et conclut qu'il faut que tous les peuples comprennent qu'ils ne sont « qu'un seul peuple ».
Excerpts
“« Si c'était à recommencer, je recommencerais. »”
“« Un Weltbürger, un citoyen du monde [...] un Weltarbeiter, un travailleur du monde. »”
“« Je n'ai cessé de me retremper. »”