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Valéry, Paul

poète et penseur, professeur de poétique au Collège de France

[Archive rare] Paul Valéry - Entretien au Collège de France

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un entretien d'environ cinq minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et quelques enchaînements ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Le présentateur explique qu'on ne peut laisser le micro pendant tout le cours et que Valéry a accepté de résumer dans son bureau la conclusion de son cours : son dernier cours, dit-il, était plus personnel que jamais, quoique tout son enseignement repose sur ses seules observations (« je ne sais pas autre chose que ce que j'ai fait moi-même »). Il a évoqué la situation du jeune homme qu'il était vers 1890, à vingt ans, devant un « territoire intellectuel particulièrement nu » : ce n'était pas la richesse des œuvres qui manquait, mais leur divergence et leur contraste. Il y avait d'un côté le criticisme kantien qui avait balayé le terrain philosophique sans éteindre le désir de métaphysique, les philosophies traditionnelles, le positivisme, le déterminisme, l'évolutionnisme ; de l'autre, en esthétique, le combat du naturalisme avec ce qui restait du romantisme et la naissance du symbolisme. Cette diversité, à la fois riche et « extrêmement embarrassante », lui a fait sentir la vitalité de l'esprit comme producteur.

De cette observation vient sa notion d'une « économie de l'esprit » : la civilisation accumule un capital de traditions, d'habitudes et de procédés, et l'on y retrouve, transposées sur le plan de l'intellect, les notions économiques de valeur, d'échange, d'offre et de demande, de production et de consommation. Le producteur (poète, métaphysicien, savant) travaille dans son coin pour un marché général, sans viser directement un consommateur précis. C'est cette idée générale qu'il a voulu faire valoir lorsque ses collègues ont pensé à lui pour une chaire au Collège de France : réunir toutes les œuvres de l'esprit sous le titre et la méthode d'une économie.

Il a ensuite développé une théorie de la sensibilité et de l'action et une conception de l'esprit comme producteur qui, lorsqu'il n'est plus appliqué aux besoins pratiques, devient le moyen d'une évolution dont l'homme ignore la direction et le terme : « l'homme est une aventure » ; nous ne voyons que la partie directement sensible de ce que nous faisons, pas ses retentissements. Il observe que cette part de la vie humaine, « à la fois inutile, arbitraire et cependant si importante », distingue l'homme des autres animaux et n'entre pas dans le cadre économico-politique. D'où l'idée, formulée il y a quelques années, d'une « politique de l'esprit », à l'image d'une politique du blé, du pétrole, de l'or ou du travail : but peut-être chimérique, puisque l'esprit ne s'intègre pas dans la série des échanges de la société, et que plus la société est organisée, plus il est difficile d'y insérer ces produits « inutiles ». Il conclut qu'il faut pourtant y songer, car le destin de la race humaine est de poursuivre l'aventure.

Excerpts

“« L'homme est une aventure : nous ne savons pas du tout ce que nous faisons quand nous faisons quelque chose. »”

“« Ce n'est pas la richesse qui manquait au point de vue des œuvres, mais la diversité, les divergences, le contraste. »”

“« Il faut y songer, car après tout le destin de la race humaine est de poursuivre l'aventure. »”