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Gave, Charles

économiste, financier, président de l'Institut des libertés, auteur de Libéral mais pas coupable, Un libéral nommé Jésus et Surtout ne faites rien

Charles Gave - Grand Entretien (2017)

Artesquieu · Aug 26, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits déformée ; les pauses publicitaires et le journal d'information sont écartés)

Core ideas

Gave explique ses thèses à partir de son livre Un libéral nommé Jésus : les Évangiles contiennent deux messages fondateurs de la civilisation occidentale, « Dieu ne sait compter que jusqu'à un » (l'individu contre la tribu) et l'éloge du risque (ceux qui prennent des risques sont pardonnés, ceux qui n'en prennent pas sont condamnés). Pour lui, le libéralisme n'est ni une doctrine économique ni une morale mais une doctrine juridique : l'égalité de tous devant la loi, qui protège les petits des gros, les gros des petits (jacqueries) et les individus de l'État. Il distingue la loi du péché (qui relève de la conscience individuelle) et estime que le socialisme est « une hérésie du christianisme » qui prétend faire le bien par la force et se méfie de l'individu au profit des technocrates, ajoutant que la France reste un pays aux racines chrétiennes et que cette tentation socialiste « ne demande qu'à ressortir ». Il oppose le libéralisme au capitalisme de connivence (alliance des grands groupes et de l'État, que représente selon lui l'Union européenne, qualifiée de « banditisme ») et déplore le droit administratif français, qui soustrait l'État à l'égalité devant la loi, à la différence des pays où les crimes graves sont jugés par un jury, ce qui « met du plomb dans la tête » à ceux qui voudraient faire de la connivence.

Sur Emmanuel Macron, il le juge « extraordinairement ambigu » (il cite sa formule « en même temps », où l'on dit une chose et son contraire, comme Chirac) et se méfie des « premiers de la classe », que la sélection par les grandes écoles (héritées des jésuites, des « soldats », par opposition aux « chevaliers » dominicains de l'université) rend, dit-il, peu originaux et sûrs de ne pas se tromper (exemple de Giscard d'Estaing ; Bill Gates ayant quitté Harvard). La réforme du Code du travail est à ses yeux nécessaire mais « totalement insuffisante », comme avoir un vélo est nécessaire pour gagner le Tour de France ; le vrai chantier est de réduire le poids de l'État, qu'il dit supérieur d'environ 12 % à celui de l'État allemand, avec 70 % de fonctionnaires de plus pour dix mille habitants, ce que paie le secteur privé. Il cite le modèle suédois (après la faillite de 1992, un État « prescripteur » plutôt que « fournisseur » d'éducation et de santé, avec des écoles créées librement par des familles et financées par des bons) et la Suisse (apprentissage dès 14 ans, référendums sur les salaires des enseignants, pas de chômage), pour illustrer le contrôle permanent des élus par les électeurs, qu'il identifie à la démocratie. Il évoque aussi l'histoire de sa famille (un grand-père gouverneur des Alaouites en Syrie, un père officier français condamné à mort en 1942 par un tribunal militaire présidé par de Lattre de Tassigny, selon son récit) et son départ de France en 1981 (« je n'acceptais pas d'habiter dans un pays gouverné par des ministres communistes »), suivi de la création de sa société de gestion à Hong Kong en 1995 et d'un retour en France en février 2017.

L'émission aborde la PMA à partir d'un éditorial de Gérard Leclerc, hostile à l'extension aux couples de femmes (qu'il présente comme une « transgression anthropologique »), puis de Dominique Quinio, signataire d'un avis divergent du CCNE, qui s'interroge sur les conséquences pour l'enfant de naître délibérément sans père ; elle précise que les représentants des familles religieuses ne parlent pas d'une seule voix. Gave dit que l'État ne doit pas légiférer sur la morale et que le législateur doit aller « en tremblant » ; il craint l'apparition d'un « droit à l'enfant » (« vous n'avez aucun droit sur une personne ») et des difficultés de filiation, tout en reconnaissant que, sur le plan légal, un catholique opposé à la PMA n'est pas tenu de l'accomplir et que d'autres peuvent le faire sans crime ; il dit ne pas avoir d'avis définitif sur ces sujets. Interrogé sur la suite, il annonce une crise comparable à celle de 2008 (« pyramide de Ponzi ») et juge le quinquennat de Macron plein de « tous les dangers, tous les espoirs » : « je souhaite qu'il réussisse, mais c'est un souhait, pas un pronostic ».

Excerpts

“« Le libéralisme, ce n'est pas du tout une doctrine économique, c'est une doctrine juridique : c'est l'égalité de tout le monde devant la loi. Et ce n'est pas la morale non plus. Le libéralisme s'intéresse à la loi, le péché relève de la conscience individuelle. [...] En libéral, bien ou pas bien, ça n'existe pas : il y a ce qui est légal et ce qui ne l'est pas. »”

“« Je me méfie profondément des premiers de la classe. Il y a deux erreurs intellectuelles : on pense que celui qui a fait de meilleures études est plus intelligent, alors que ce sont les moins originaux ; et on pense que parce que vous avez fait de meilleures études vous êtes plus à même de prendre des décisions. Or la qualité d'entrepreneur, c'est de se rendre compte quand on a fait une erreur, de façon à la corriger tout de suite. »”

“« Je ne crois pas qu'on puisse créer dans la société un droit à l'enfant. Vous avez un droit à un logement, mais vous n'avez aucun droit sur une personne. Il me paraît que c'est contraire à tout, donc un droit à l'enfant me paraît une monstruosité. Ça veut dire que vous créez une espèce d'esclavage. »”