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Teulé, Jean

écrivain

Jean Teulé - Entretien sur "L’épidémie dansante de 1518" (Le réveil culturel)

Artesquieu · Feb 24, 2024 · partial coverage

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Coverage note: full pour les segments consacrés à Jean Teulé ; l'émission comporte aussi de brefs coups de cœur littéraires, cinéma et théâtre d'Oriane Jeancourt, ainsi qu'un coup de cœur cinéma de Jean Teulé, résumés brièvement

Core ideas

Jean Teulé présente Entrer dans la danse, roman consacré à l'épidémie de danse compulsive qui a frappé Strasbourg à partir du vendredi 12 juillet 1518 : dans un contexte de misère extrême (famine, mentions de cannibalisme), une femme nommée Enneline Tropea, ayant dû jeter son nourrisson affamé dans la rivière faute de pouvoir l'allaiter, se met à danser sans pouvoir s'arrêter rue du Jeu-des-Enfants ; d'autres habitants désespérés la rejoignent, et le phénomène devient contagieux, entraînant des centaines de personnes dans une danse ininterrompue jusqu'à l'épuisement, les crises cardiaques ou la mort (jusqu'à 30 morts par jour selon Teulé). Il insiste sur le fait que si les dialogues sont inventés, les noms, les fonctions et la chronologie des événements sont, dit-il, rigoureusement documentés à partir des archives et chroniques de l'époque, ainsi que d'écrits de médecins contemporains des faits.

Il détaille l'affrontement d'interprétations entre les autorités de l'époque : l'évêque Guillaume de Honstein y voit une punition divine nécessitant pénitence à la grotte de Saint-Guy, tandis que les médecins, écartant successivement l'hypothèse d'une « danse de Saint-Guy » (qui ne provoque que des secousses nerveuses), d'une épilepsie collective (absence d'écume aux lèvres) ou d'un ergotisme (qui diminuerait l'afflux sanguin et empêcherait mécaniquement de danser), concluent finalement à une forme de « fièvre » qu'il faudrait purger en faisant encore plus danser les malades — ce qui conduit le maire Andreas Drachenfels à faire construire un plancher de danse place du Marché-aux-Chevaux et à réquisitionner des musiciens jour et nuit. Teulé souligne le contraste entre l'opulence du clergé, qui refuse de distribuer ses réserves de céréales pour spéculer pendant la famine, et la détresse absolue du peuple, replaçant cet épisode dans le contexte plus large du système des indulgences vendu par Rome et des menaces d'enfer brandies contre les pauvres incapables de payer l'Église. Il évoque enfin la postérité mémorielle très inégale de cet événement — largement occulté en France, y compris à Strasbourg même selon lui, en raison de la honte qu'il aurait inspirée au clergé de l'époque, et qui aurait contribué, deux ou trois ans plus tard, à l'arrivée du protestantisme dans la ville pendant cent cinquante ans — tout en mentionnant une exposition à venir au musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg.

Excerpts

“« Elle balance son môme à la rivière, elle avait plus de lait, pouvait donc plus allaiter son môme [...] elle se met à danser, et d'autres gens qui étaient dans des situations infernales comme elle, la voyant, se sont approchés d'elle et se sont mis à danser aussi. »”

“« L'évêque tout de suite il dit : c'est surnaturel, c'est une punition divine [...] et les médecins tout de suite ont dit non, c'est un phénomène naturel, et ça n'est pas une danse de Saint-Guy. »”

“« Il y avait plus qu'un truc à faire, il y avait plus qu'à danser, à danser en crever — on sait qu'il y a une femme qui disait : on n'a plus rien, allez, on danse, c'est notre corps, il nous appartient, on n'a plus que ça. »”