Pinget, Robert
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (transcription automatique approximative, titres et noms de personnages parfois déformés)
Core ideas
Dans un texte lu en ouverture, Pinget explique ce qui l'intéresse en écrivant : trouver un ton, continu mais différent d'un livre à l'autre, et se demander ce qui, dans sa parole, est vraiment à lui plutôt que reçu de l'extérieur (langage entendu, appris, livresque). Il constate que, quelles que soient les illusions d'extérioriser autre chose, il retombe sur un « dénominateur commun » propre à lui : le vocabulaire, la syntaxe, la façon d'aborder les sujets, c'est-à-dire une rhétorique issue d'une vision du monde. Il se réjouit d'être invité parmi les poètes, car la poésie n'est pas seulement écrire en vers mais inventer un langage neuf, avec l'amour des mots, le souci esthétique et le renouvellement des images : on peut n'avoir écrit que des romans et du théâtre et être poète.
Boyer, qui évoque une quinzaine de livres publiés aux Éditions de Minuit (Mahu ou le matériau, Graal Flibuste, la série Quelqu'un, Le Libera, Passacaille, ainsi que des pièces de théâtre), propose une lecture centrée sur la voix : certains livres sont faits pour être lus, d'autres pour être dits, et surtout il y a, dans les romans, un rapport « dialectique, paradoxal, impossible » entre le narrateur (Mahu) qui essaie de parler et l'écrivain (Latirail, « attirail » de l'écriture) qui l'empêche de parler en l'écrivant : le titre Mahu ou le matériau pose déjà cette ambiguïté. Pinget confirme et souhaite que son lecteur oublie que c'est écrit pour l'œil et lise de temps en temps à voix haute, d'où le partage théâtre/roman jugé « naïf » par Boyer, la voix restant fondamentale partout. Boyer lit un passage de Quelqu'un sur le personnel et l'universel (« plus on était personnel plus on était universel ») et en tire une opposition : la voix du côté du personnel, l'écriture du côté de l'universel et de la langue de tous ; il y relie l'inconscient, que le narrateur ne peut prendre en charge, et la scatologie omniprésente (la « chiasse », le mot « caca » parfois le plus précis), qu'il interprète comme un double registre du corps, l'oralité (parole, vomissure) et l'analité (la production rejetée hors du corps, le livre comme objet produit). Pinget se dit d'accord, jusqu'à trouver le développement plus cohérent que sa propre « boutade ».
Ils parlent aussi d'un certain « matérialisme » : le rapport de Pinget à la terre, au terroir, à une langue parlée, campagnarde, « savoureuse et juste » dont il dit aimer l'écoute (une phrase entendue dans la rue ou chez ses voisins, dans la région de campagne où il passe la moitié de la semaine, nom mal transcrit), sans jamais prendre de notes ; Boyer rapproche l'écart ironique que Pinget introduit avec le roman réaliste traditionnel de celui qu'un autre auteur (nom mal transcrit) introduit avec la science-fiction. Les personnages sont des chercheurs (chercheurs de poux, d'or, l'alchimiste de Passacaille, le Graal de Graal Flibuste) : il y a une recherche d'une vérité personnelle et ultimement du livre lui-même, qui ne se trouve qu'à la fin, et qui n'aboutit jamais, ce qui débouche sur l'humour. Boyer note aussi des objets qui fonctionnent par absence (le papier manquant dans Quelqu'un, les enfants morts du Libera, l'épouvantail, faux mort, de Passacaille), et le fait que « toutes les cartes sont données » dès Mahu. Il objecte à l'idée d'une littérature « illisible » en disant avoir ri en le lisant : la matérialité de la langue est simple, « presque paysanne », et le lecteur doit seulement accepter que les choses ne fonctionnent pas comme dans le roman traditionnel (Pinget dit que sa sensibilité est celle de tout le monde, que ses textes ont été lus avec plaisir par des lecteurs très divers, et que lecture comme écriture sont faites pour faire plaisir). L'humour naît, dit-il, du travail de malaxage des mots, comme dans un alambic qui distille des fruits du terroir sans perdre l'origine du fruit, sans être calculé. Boyer conclut que Pinget demande à son lecteur de lire non un texte mais une parole « vivante, mobile, ironique, qui se contredit constamment », et que l'émission « de poètes » se justifie ainsi.
Excerpts
“« Si on m'a fait l'honneur de m'inviter parmi les poètes, c'est qu'on reconnaît aujourd'hui que la poésie n'est pas seulement le fait d'écrire en vers, mais surtout celui d'inventer un langage neuf, avec tout ce que cela comporte d'amour des mots, de souci de l'esthétique et d'effort de renouvellement des images. On peut ainsi, du moins je l'espère, n'avoir écrit que des romans et du théâtre et être un poète. »”
“« Vous dites que mes livres sont proposés à l'œil du lecteur. Bien sûr que la lecture se fait avec les yeux, mais je voudrais dire que, si c'était possible, le lecteur puisse oublier que c'est écrit pour ses yeux et que c'était écrit pour son oreille, de sorte qu'il lirait de temps en temps des passages à haute voix. Je crois que le texte y gagnerait beaucoup. »”
“« Étant donné que je travaille mes textes énormément, l'humour naît presque malgré moi, en malaxant les mots, en les ajustant les uns aux autres, en les opposant : c'est ce qu'on appelle le jeu de mots tout bête. C'est un immense plaisir, mais par le texte lui-même, et pouf, l'humour jaillit. Il n'est pas calculé. »”