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Žižek, Slavoj & Badiou, Alain

Žižek, Slavoj: philosophe et psychanalyste slovène, auteur de Less Than Nothing: Hegel and the Shadow of Dialectical Materialism

Badiou, Alain: philosophe, hôte du séminaire

(Vidéo) Séminaire de Alain Badiou & Slavoj Zizek - L'immanence des vérités

Artesquieu · May 4, 2021 · partial coverage

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Coverage note: full - préface lue par Badiou, exposé de Žižek, puis discussion entre les deux ; sous-titres automatiques assez dégradés, surtout dans le français de Žižek.

Core ideas

Badiou ouvre la séance en lisant sa préface à Moins que rien, la somme de 950 pages que Žižek consacre à Hegel et à « l'ombre du matérialisme dialectique ». Il le tient pour le livre de philosophie le plus important depuis dix ou vingt ans, avec Après la finitude de Quentin Meillassoux. Il évoque leur amitié et leur rivalité ludique : Žižek le « condamnant » devant ses étudiants pour avoir aimé Sur la route de Madison. Il défend Žižek contre ceux qui le jugent histrion ou arriviste, et voit en lui un penseur droit, fidèle et angoissé, que l'humour protège. Leur accord souterrain passe par l'amour de Wagner, la fidélité au mot « communisme » et l'admiration pour Lacan. Selon Badiou, Žižek fait commencer la philosophie avec Kant, qui montre que l'apparente impuissance de la connaissance a une consistance propre. Il retrace ensuite le parcours Kant, Fichte, Schelling, Hegel, puis la répétition de Hegel par Lacan, et enfin la répétition de cette répétition par Žižek lui-même. Il loue sa méthode, qui consiste à chercher la vérité dans le détail incongru, la blague juive ou l'obscénité, comme un magicien sortant « un lapin conceptuel d'un chapeau crasseux ». Il lui pose une question : comment pense-t-il l'universalité, alors que pour Badiou la vérité est une exception immanente qui détotalise la règle ?

Žižek fait correspondre les quatre grands idéalistes allemands aux quatre procédures de vérité de Badiou : Kant à la science, Fichte à la politique, Schelling à l'art, Hegel à l'amour. Il défend une « universalité concrète » qui n'englobe pas les différences mais coïncide avec l'antagonisme lui-même. Proust lui fournit un premier exemple : au téléphone, le narrateur entend pour la première fois la voix de sa grand-mère détachée de son visage et découvre une vieille femme fragile. Il faut isoler, « morceler » l'unité organique pour atteindre la vérité. À rebours de l'image d'un Hegel de la totalité harmonieuse, Žižek fait l'éloge de l'abstraction et de la « grisaille » conceptuelle. Il s'appuie sur l'expérience des enfants qui dessinent en couleurs à cinq ans puis en crayon gris après l'école, et y voit un progrès de l'esprit plutôt qu'une oppression. Il cite le séminaire XVIII où Lacan refuse le nominalisme au nom du matérialisme dialectique. Il critique aussi les « modernités alternatives » en s'appuyant sur Fredric Jameson : il n'existe pas une modernité générale à décliner en versions locales, et chaque modernité est une réponse à l'antagonisme universel du capitalisme. Le fascisme fut lui-même une modernité alternative qui projetait l'antagonisme sur les Juifs.

La négation déterminée est illustrée par la blague de Ninotchka : « nous n'avons plus de crème, je peux vous servir un café sans lait ». Žižek l'applique à l'idéologie : l'intervention militaire « pour les droits de l'homme » est un café sans crème, et il faut savoir de quel manque il est question. Il termine sur l'incomplétude ontologique de la réalité. Comme un jeu vidéo qui ne programme pas l'intérieur des maisons, la physique quantique suggère un monde inachevé, et c'est la tâche du matérialisme moderne de penser cette incomplétude. Il illustre cette idée par la tache vide qui occupe les deux tiers de La Mort de Marat de David, qu'il juge impossible à peindre sous le stalinisme. Il ouvre alors la controverse. Pour lui, cette incomplétude est liée à la pulsion de mort freudienne, comprise non comme un Nirvana mais comme une immortalité obscène, une vie qui ne peut pas mourir : morts-vivants, vampires aristocrates et zombies prolétaires, le Hollandais volant de Wagner. Un événement suppose selon lui un fond de négativité radicale, irréductible à la vie animale.

Dans la discussion, Badiou refuse de convoquer la mort. Ce que Žižek nomme pulsion de mort relève pour lui de l'exposition au risque et du courage. La mort n'appartient qu'à notre être animal et n'a aucune raison de nommer ce qui le dépasse. Ils s'accordent sur la dialectique de la contingence et de la rétroaction : un événement contingent devient nécessaire après coup, comme César franchissant le Rubicon ou les grands écrivains qui, selon Borges, créent leurs précurseurs. Badiou insiste pour distinguer l'événement, qui n'ouvre que « la possibilité d'une possibilité », de la vérité, travail patient des conséquences. Il rejette les lectures anglo-saxonnes qui parlent d'« événement-vérité ». Žižek approuve et raconte avoir dit aux manifestants d'Occupy Wall Street que seul compte le « travail d'amour » qui suit l'enthousiasme. Il attaque aussi l'idéologie hédoniste et « bouddhiste » contemporaine, qui enjoint de ne pas « tomber amoureux ». La séance se clôt dans la plaisanterie sur un futur « procès » de Badiou.

Excerpts

Badiou présente l'accord profond qui unit les deux philosophes malgré leurs différences de style :

“nous aimons l'un et l'autre avec passion les opéras de richard wagner et nous sommes l'un et l'autre de fidèles communiste si même nous tordre on se recouvre ce mot dans de nouvelles directions or ces deux points font rupture d'adorno à la cool abarth se déprendre de wagner semble une opération obligé de la philosophie contemporaine et on ne peut pas dire que la conviction commune is soit aujourd'hui une très populaire chez les intellectuels européens il faut sans doute ajouter notre admiration immense pour lacan”

Žižek tire de Proust une leçon anti-organiciste sur la vérité :

“la leçon à tirer est précisément que l'expérience directe de l'unité d'un corps ou la voie semble être en harmonie avec son tout organique présuppose une mystification nécessaires afin de parvenir à la vérité on doit morcelée s'est unie d isoler l'un de ses aspects [...] l'unité organique d'un corps social doit être ruinés par la division des classes au niveau conceptuel cela veut dire que la vérité et du côté de la fraction de la réduction de la soustraction non pas au niveau de la totalité organique”

Badiou refuse d'associer le courage de l'engagement à la pulsion de mort :

“il y à un moment de négativité d'interruption de ce que tous appellent la vie animale blabla mais qui n'est pas encore l'événement oui mais moi je l'appellerai pas du tout la plus chaudement je l'appellerai je l'appelle le courage [...] je suis contre la thèse que je trouve stoïcienne d'une certaine manière que tout courage est un courage au regard du risque de bord ou de la ou de la mort je je voudrais je souhaiterais que tu ne convoque pas du tout la mort dans cette affaire”