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Pennac, Daniel

écrivain, ancien enseignant, auteur de la saga Malaussène, de « Chagrin d'école », de « Comme un roman », du « Journal d'un corps »

Daniel Pennac - Entretiens (A voix nue)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (une série d'environ deux heures ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et quelques titres ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Enfance et école. Né à Casablanca en décembre 1944 (« fruit d'escale » : son père, officier de l'artillerie coloniale, polytechnicien d'origine modeste, avait suivi l'armée américaine), Pennac décrit des parents « du XIXe siècle », bons mais peu portés à la confidence ou à la psychologie filiale, une mère « jeune fille en colère » qui aimait rire (elle lisait « Ulysse » de Joyce : « pour une fois qu'il y en a un qui écrit comme on pense »), et surtout un frère, Bernard, de cinq ans son aîné, qui fut son « éducateur » et dont il admire la bonté liée à la lucidité. Il se décrit comme un élève « absolument nul » d'une nullité inexplicable (il raconte la chute dans la poubelle de Djibouti, qu'on invoquait en plaisantant), dont la scolarité fut « désastreuse » : sa clé est la peur, celle de ne pas répondre juste, de décevoir l'adulte, qui engendre honte, mensonges, fuite, vol domestique ; il raconte le coffre-fort des parents ouvert pour leur faire des cadeaux. L'internat fut, dit-il, un « grand repos » pour le cancre (une seule institution à qui mentir), et la lecture un refuge et un interdit transgressé.

Devenir professeur. Devenu enseignant par hasard (Soissons, 1969, une première heure de cours qui devient « vocation », qu'il compare au roi de Shakespeare), il enseigne près de trente ans, jusqu'en 1995. Il croit que l'échec de sa scolarité est devenu un « savoir » pédagogique (savoir ce qu'il ne faut pas faire, dédramatiser l'évaluation), et décrit ses méthodes : commencer par ce que les élèves savent (curiosité plutôt qu'évaluation), jouer aux échecs et au Scrabble pour regagner la confiance, des dictées rédigées par les élèves et notées positivement, la lecture à voix haute sans rien demander en échange (et la distribution de livres de poche), l'apprentissage par cœur d'un corpus de textes comme « garde-manger intellectuel ». Il remercie ses bons professeurs (mathématiques, histoire, philosophie), dit que le niveau « ne baisse pas, c'est le nôtre qui monte », regrette l'absence d'une politique culturelle européenne (échanges d'enfants entre pays) et la lourdeur de la correction des copies.

Écrire. Premier manuscrit refusé dix-sept fois (dont par Claude Durand, qui lui dit pourtant qu'il y avait une « promesse d'écriture »), premier livre publié sur le service militaire, d'où le pseudonyme Pennac ; deux romans burlesques avec un co-auteur dont le prénom est transcrit « Tudor » (nom incertain), deux ans de séjour au Brésil (l'État du Ceará, d'après le transcript) ; la saga des Malaussène est née de la lecture de René Girard (le bouc émissaire professionnel) et des romans noirs américains (Chandler : la métaphore qui économise la description, l'exemple de la moquette si épaisse qu'un chihuahua distrait aurait pu s'y perdre). Il raconte le succès de « Comme un roman » (1992, « Pennacomania »), les droits du lecteur (dont celui de ne pas lire, de sauter des pages, né des réactions de ses élèves), son refus des « digests » de classiques, le « Journal d'un corps » (2012) et le projet de « roman du corps ».

Pratique d'écrivain. Il dit écrire « pour raison de santé », par immersion dans la langue (la baleine et le plancton), très lentement ; le doute est « le prix du narcissisme » ; il évoque le conseil de Henry Miller (ne pas aller au bout d'un enthousiasme), le « complexe de Moïse » (la baguette de sourcier brisée quand le doute s'installe), ses rituels d'écriture et d'évitement, et ses relectures auprès de ses amis, de sa femme, de ses proches. Scène : il lit ses livres en audiolivre, admire les lectures de Podalydès et d'un second lecteur de Proust dont le nom est transcrit « Du Solier », et décrit le « miracle de l'incarnation » au théâtre : « Merci » (monologue de remerciement), le « Bartleby » de Melville (le texte qu'il dit avoir préféré jouer), « Ancien malade des hôpitaux de Paris » (joué par Olivier Saladin), le scénario d'« Ernest et Célestine » avec Benjamin Renner, une bande dessinée avec Tardi ; la scène lui offre une « tribu » après la solitude de l'écriture.

Excerpts

“« Tout ça est une affaire de peur, Corine [...] La peur de ne pas répondre juste à la question posée. Dès lors qu'on ne répond pas juste, on a déçu l'adulte qui est en face de soi, on rentre à la maison, on dit que ça s'est bien passé pour rassurer les parents. Cette peur engendre de la honte, cette honte est très peu supportable et elle engendre elle-même des stratégies de défense. »”

“« Si vous entrez dans une classe et que vous demandez qui n'aime pas lire, vous voyez une forêt de doigts se lever. [...] Il y a assez peu d'autres solutions que celle de leur lire ce que vous aimez, et surtout sans rien demander en échange, aucune évaluation. »”

“« Moïse hérite d'une baguette de sourcier [...] il tape sur le rocher, l'eau jaillit. Au troisième rocher il se dit : c'est trop beau pour être vrai. Et là le doute s'installe, et Yahvé, fou de rage : "Tu as douté de moi", brise la baguette. Chez moi il y a quelque chose de cet ordre-là : quand ça va trop bien, je me dis que ça ne va pas durer. »”