Demy, Jacques
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (transcription automatique très approximative et par endroits incohérente ; les noms des acteurs sont ceux du transcript, souvent déformés : le chanteur principal est transcrit « mon temps » et correspond à Yves Montand, d'après le contexte)
Core ideas
Les intervieweurs rappellent que Demy les avait déjà reçus quelques années plus tôt, lors d'un hommage, avec un léger « désenchantement » sur la difficulté de continuer, et qu'il était depuis en « semi-retraite » à peindre des copies de Poussin. Demy raconte que c'est le producteur Claude Berri qui l'a « pris par la main » pour lui dire de faire un film, lui proposant une comédie musicale parce qu'il aimait Lola, Les Demoiselles de Rochefort et Les Parapluies de Cherbourg ; il dit avoir commencé le cinéma à neuf ou dix ans, avoir choisi la peinture parce qu'il ne peut pas rester sans rien créer (« une bagarre avec la toile blanche »), et que le cinéma est devenu de plus en plus difficile. Il revendique l'« enfance » comme source de son cinéma, des chocs reçus très jeune (Renoir, Bresson, Becker, la Cinémathèque et les ciné-clubs), et refuse l'étiquette de nostalgique : un intervieweur lui dit que le mot juste pour son cinéma est plutôt la mélancolie (dans le présent) que la nostalgie (dans le passé), et lui-même dit aimer le présent, les mots nouveaux, les idées nouvelles ; il juge faux d'être pris pour un romantique « sucré ».
Un des intervieweurs analyse le film comme documentaire sur un grand « show-business man » français, dont la vie a été réécrite (le scénario s'appelait d'abord Quartier Danton et racontait un chanteur fictif, Michel Cartier, avant que Montand n'accepte de jouer un rôle plus proche de lui, sans les références à Piaf ou Simone Signoret). Il relève le motif récurrent chez Demy du père absent ou manquant dans « l'équation familiale », des rapports mère-fille, et de l'inceste frôlé « à deux millimètres » (Lola, Peau d'âne, ici une fille qui retrouve son père sans le savoir, avec un « moment d'inattention » qui fait basculer) ; Demy dit vouloir parler de ce tabou plutôt que le démonter, que les enfants aiment le film pour les couleurs et la danse sans en saisir l'enjeu. Ils remarquent aussi un film plus « syncopé », où le risque de la panne (mémoire, voix, trac) traverse les personnages âgés tandis que Mathilda May, la jeune danseuse, apporte l'énergie ; une mise en scène plus épurée (aplats de couleur, moins de « petites fritures »), proche du documentaire, et une durée parfois « dangereuse ».
La discussion s'élargit aux clips, dont Demy dit qu'ils forment une nouvelle culture et un nouveau langage à ne pas manquer (il raconte deux projets de clips avortés pour Marlène Jobert et pour Philips), à la vidéo et aux trucages (la surimpression que l'on ne sait plus faire, le tirage en série des copies de film qui nuit à l'homogénéité), et au sort du film musical en France : il se dit pessimiste depuis Les Demoiselles de Rochefort mais note leur succès à l'étranger (Brésil, Japon, États-Unis, URSS) et déplore que les Américains ne fassent presque plus de films musicaux et que les Russes aient oublié ce savoir. Il explique comment il a choisi Mathilda May après un grand casting de jeunes femmes qui dansent, chantent et jouent (il pensait au départ à Isabelle Adjani, il y a quinze ans, au moment de l'écriture), et décrit son travail avec Montand comme celui d'un vrai professionnel, homme de scène et de music-hall ; le film dit « où l'on en est avec nos mythologies », conclut l'intervieweur, même si les gens qui les incarnent sont encore là pour les jouer.
Excerpts
“« Il y a vraiment, je crois, comme si je m'étais arrêté à certains moments de ma vie en me disant : celui-là, il était quand même assez chouette. [...] Il y a ce côté enfantin qui reste, et je le dis, ce n'est pas péjoratif. »”
“« Je suis pas nostalgique, dans ma tête c'est toujours plutôt : qu'est-ce qu'on va faire demain matin, plutôt que : qu'est-ce que c'était bien hier soir. J'adore les mots qui surgissent tout d'un coup dans le langage quotidien, j'adore les idées nouvelles. »”
“« Parler des clips, ça peut être fascinant : il y a une nouvelle culture, il y a un nouveau langage, il ne faut pas passer à côté. [...] Si j'avais eu cet âge-là, j'aurais adoré la télé. »”