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Dalí, Salvador

peintre

Salvador Dali - Entretiens (1951)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits très déformée, quelques phrases inintelligibles ; les passages incertains sont omis ou signalés)

Core ideas

L'intervieweur présente Dalí comme un homme qui a « traversé comme un météore » trente ans d'avant-gardes, à la fois « orgueil délirant », « fumiste supérieurement intelligent » et génie, et le fait revenir sur son enfance. Dalí dit avoir voulu être Napoléon dès six ans (une image sur une boîte de chocolat, qui se confondait avec sa mère), évoque des souvenirs visuels de sa vie intra-utérine (visions colorées, filets, blanc d'œuf ; il dit y avoir trouvé une clé dans « Le Traumatisme de la naissance »), un père notaire à Figueras aux fortes influences anarchistes et intellectuelles, et un goût du dessin dès le berceau (figures chimériques). Il raconte son attirance, vers 6 puis 12 ans, pour la putréfaction (animaux en décomposition, mélange de répugnance et de sublime), qui nourrit un premier grand tableau vers 15 ans ; puis sa période de fantasmes « eschatologiques » (scatologiques) et sa rencontre décisive avec sa femme (Gala), qui aurait « structuré » son activité et sa folie, dont tous les sentiments sont canalisés vers elle.

Il décrit son passage par l'impressionnisme, le futurisme et le cubisme, puis par le surréalisme, où il apporte une imagerie « délirante » refusée par André Breton, choqué par les éléments scatologiques et contraire à l'« automatisme pur » : Dalí y voit une contradiction, la censure étant exercée par le « goût » de Breton, non par la raison. Il définit sa méthode paranoïaque-critique comme une méthode systématique de connaissance irrationnelle fondée sur l'interprétation critique de phénomènes délirants (rêves, associations fortuites : un exemple de trompettes entendues dans la rue qui prendraient un sens pour décider d'un rendez-vous), comparant cette méthode au choix expérimental du scientifique, et il se dit conscient d'être un « cas psychopathologique » viable grâce à la sublimation et à la présence de sa femme. Il parle de l'amour, de l'amitié (ses sentiments sont « strictement canalisés » vers sa femme, les autres sont « indifférents » mais traités avec gentillesse et raison), de sa gastronomie (le « vertige de manger des choses qui font du mal », abstinence d'alcool depuis six ans) et de sa volonté de dominer chaque problème avec lucidité.

Dalí affirme ensuite des positions politiques provocatrices : il s'étonne que tout le monde soit devenu pacifiste (une décadence) et prétend que la guerre fait moins de dégâts qu'une révolution, qu'il trouve en art utile seulement pour « enlever la poussière de la fausse tradition » (il cite Picasso qui permet de revoir Raphaël) ; il se dit monarchiste (monarchie absolue qui garantit la continuité biologique et permet l'expérience, avec des analogies pythagoriciennes avec la sphère et la coupole) et déclare l'argent sans intérêt pour lui, la fortune étant gérée par sa femme (et les Américains respectent trop l'argent). Interrogé sur la résurrection de la chair, il dit avoir du mal à l'admettre scientifiquement mais s'y sentir attiré. Sur l'extase, il dit ne pas en produire lui-même mais vouloir déclencher des extases chez les autres par ses images (« le poète n'est pas celui qui est inspiré mais celui qui inspire ») ; il explique enfin qu'il dessine tous les jours deux heures d'après nature comme un pianiste fait ses gammes, mais que le métier des grands peintres (Vermeer) est perdu faute de recettes, de matériaux et de véhicules, et qu'il cherche les formules de viscosité pour retrouver ce savoir.

Excerpts

“« Méthode systématique de connaissance irrationnelle basée sur l'interprétation par la critique des phénomènes délirants. [...] Tout peut être transformé par la critique : le matin, j'entends une trompette dans la rue ; si au bout de quelque temps j'ai une trentaine de trompettes qui apparaissent avec une insistance exclusive dans ma perception, je considère qu'il y a un élément délirant dans la perception. »”

“« Au point de vue technique, c'est presque impossible de retrouver le métier qu'avaient les peintres comme Vermeer, surtout parce qu'on a perdu les véhicules, les formules. [...] Les recettes n'ont jamais été écrites, parce qu'à l'époque c'était tellement évident que ça se transmettait d'une façon globale de l'un à l'autre. »”

“« Il (nom déformé dans le transcript) disait que le poète n'est pas celui qui est inspiré, mais celui qui est capable d'inspirer les autres. Dans mon cas, c'est celui qui voudrait produire cette extase déclenchée par mes images. »”