Derrida, Jacques
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (un extrait d'environ cinq minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout dans le récit de l'enfance ; les passages incertains sont omis)
Core ideas
La peur d'écrire. Derrida explique que chaque fois qu'il écrit quelque chose qui lui donne le sentiment de frayer un « nouvel espace », d'avancer là où il n'avançait pas, cela implique souvent des gestes qui peuvent sembler agressifs envers d'autres penseurs ou collègues : sans être « polémiste », il reconnaît que les gestes de type déconstructif ont l'apparence de gestes qui déstabilisent, inquiètent ou blessent. Chaque fois, il y a eu des moments de peur, mais jamais pendant l'écriture elle-même : quand il écrit, une « nécessité plus forte que moi » l'oblige à écrire ce qu'il pense devoir être dit, quelles qu'en soient les conséquences, et il n'a jamais renoncé à écrire quoi que ce soit par crainte des conséquences (« rien ne m'intimide quand j'écris »).
La peur surgit à un moment très particulier : quand il s'endort, dans un demi-sommeil. Il se sent alors effrayé, se dit « tu es fou d'écrire ça, fou de t'attaquer à ça, de critiquer telle personne, de contester telle autorité (textuelle, personnelle ou institutionnelle) », avec une panique comparable aux rêves d'enfant où l'on se promène nu sous le regard de tous : il a l'impression d'avoir fait une chose « criminelle, honteuse, inavouable », et croit en ce jugement dans son demi-sommeil. Dès qu'il se réveille, cette angoisse disparaît ; il l'interprète en pensant que, dans ce demi-sommeil, une vigilance lui dit la vérité (la gravité de ce qu'il fait), alors qu'éveillé et au travail, une autre force l'emporte et lui permet de faire ce qui doit être fait.
L'école comme trauma. À la question sur son expérience scolaire, Derrida répond qu'il n'a jamais aimé l'école : aux premières années de ce qu'on appelle la maternelle, c'était « la tragédie » ; il pleurait tous les jours, chaque rentrée scolaire, jusqu'à l'âge adulte, était un nouveau traumatisme. Il raconte la séparation d'avec sa mère à quatre ans, « livré à tous ces monstres d'abstraction », et le souvenir d'avoir demandé si sa mère l'aimait ; on lui répondit qu'elle faisait la cuisine, et il crut qu'elle était quelque part dans l'école, dans une cuisine qu'il lui fallait retrouver. Il voit dans la séparation de la mère le prototype de ce traumatisme, qui se répète de façon plus virtuelle. Un autre moment de réveil de cette angoisse fut son arrivée en France à dix-neuf ans, après un voyage de deux jours en bateau et en train, quand il se retrouva « enfermé » au lycée Louis-le-Grand comme pensionnaire dans un pays étranger, situation qui ranima les souvenirs traumatiques de l'école maternelle ; il dit que, même aujourd'hui, entrer dans une institution universitaire ou académique lui cause « une sorte d'angoisse ».
Excerpts
“« Rien ne m'intimide quand j'écris. »”
“« Tu es fou d'écrire ça, tu es fou de t'attaquer à ça. »”
“« Je n'ai jamais aimé l'institution scolaire. »”