Pamuk, Orhan
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Core ideas
L'émission commence par un morceau de rap turc de Tarkan (« Ça va passer »), que Pamuk présente comme une chanson devenue politique malgré son ambiguïté. Interrogé sur sa position de « icône de l'opposition » en Turquie, il raconte qu'à la suite d'une déclaration du président turc qui l'aurait traité de terroriste, il est rentré à Istanbul sans que personne n'en parle autour de lui, et qu'il veut continuer à vivre à Istanbul, sur le Bosphore. Il dit avoir tenté de rester apolitique en tant que romancier réputé « bourgeois » et proustien, mais que la célébrité et l'emprisonnement d'amis de gauche l'ont conduit à s'engager. Pour lui, la beauté d'un livre compte plus que son message politique ; il est traduit dans des dizaines de langues (récemment en népalais), et alterne livres difficiles (Mon nom est Rouge, Le Livre noir) et livres plus populaires. Il revient sur le caractère « long » de ses romans, que certains jugent difficile.
Les Nuits de la peste raconte une épidémie de peste en 1901 sur une île imaginaire de la Méditerranée orientale, « Minguèrie », sous l'Empire ottoman finissant ; le livre est présenté comme écrit par une historienne, Mina Minguerli, petite-fille du personnage principal, ce qui crée un jeu avec le lecteur (« voyeur » d'une histoire racontée par plusieurs voix), dont Pamuk dit se réjouir quand les lecteurs cherchent l'île sur une carte. Il y défend une approche « orchestrale » et romanesque, imaginant l'île comme Rhodes ou la Crète, et, par le personnage féminin de l'historienne, veut voir les choses à travers les yeux de femmes. Il se démarque du néo-ottomanisme triomphaliste du pouvoir : il aime l'Empire ottoman par « mélancolie du déclin » et pour une culture qu'il faudrait recréer de façon laïque, non pour ses victoires militaires.
Il distingue son livre de La Peste d'Albert Camus (dont on entend une archive de 1955 sur la composition alternée des styles individuel et collectif) : le roman de Camus est allégorique, le sien est plutôt réaliste. Il y décrit la révolte du peuple face à la quarantaine (on accuse un groupe religieux ou une minorité d'avoir apporté l'épidémie tout en réclamant sa liberté et son commerce), la pandémie de peste de 1894 en Asie (dizaines de millions de morts contre quelques dizaines en Occident), et l'idée que l'être humain a besoin d'un gouvernement face à la catastrophe mais s'en plaint aussitôt et réclame sa liberté ; la dernière phrase du roman célèbre la liberté (« vive la liberté »). Sur l'Ukraine, il dit n'avoir pu que signer des pétitions, avoir honte de ne pas faire davantage (il évoque Malraux), et il cite l'épigraphe de Tolstoï (Guerre et Paix) sur les deux voix qui s'élèvent face au péril, celle de la raison et celle de l'évitement ; il décrit en lui les deux états d'esprit (jours passés sur Twitter, jours d'écriture), se dit jamais activiste, et continue d'écrire.
Excerpts
“« La beauté d'un livre est pour moi beaucoup plus importante que son message politique. [...] J'ai essayé de rester apolitique, mais je devenais de plus en plus célèbre et il y avait des questions politiques à travers le monde, et on a commencé à m'accuser. Quand mes amis gauchistes se retrouvaient en prison, je me sentais coupable. »”
“« Ce qui m'intéresse, ce n'est pas le côté agressif de l'Empire ottoman, ses victoires agressives. J'aime l'Empire ottoman parce qu'il nourrit mon imaginaire : il y a eu quelque chose de beau, une culture, et notre travail est de recréer cela de manière laïque. »”
“« L'être humain a besoin du gouvernement face à ces catastrophes ; quand il n'est plus là, il crée une nouvelle organisation, et dans le même temps cette nouvelle organisation ne lui plaît pas : il n'arrête pas de se plaindre et il réclame sa liberté. Mon roman n'est pas une allégorie, sauf la dernière phrase. »”