Toni
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (transcription automatique par endroits très déformée, notamment dans les réponses de Negri ; les passages illisibles sont omis ou signalés)
Core ideas
Le présentateur rappelle le parcours de Negri : cofondateur en 1961 de l'« opéraïsme », mouvement marxiste hétérodoxe fondé sur le refus du travail, accusé d'avoir participé à l'assassinat d'Aldo Moro (1978) sans appartenir ni au parti communiste ni aux Brigades rouges, quatre années de prison (élu député du parti radical), réfugié en France, puis retour volontaire en Italie pour purger sa peine (Negri évoque lui-même « onze ans » de détention et « quatorze » d'exil, selon une transcription incertaine). Negri dit avoir reçu une éducation catholique, vécu une enfance sans père et ressenti très tôt une « passion pour la justice » dans une région pauvre du Nord-Est, avant de rejoindre le parti socialiste italien et de mener de front carrière universitaire et militantisme ; il évoque un séjour en Israël au contact de communistes (une expérience de travail commun), un voyage en Union soviétique où il a vu « une société encore en pleine évolution » où se reproduisaient les différences de classe, et des relations avec la gauche française (Esprit, Domenach). Il se dit communiste mais hors de toute filiation avec l'URSS ou le PCI, ne croit pas à un lien nécessaire entre Marx et Staline (« l'histoire de la philosophie est faite de ruptures continuelles ») et lit Marx comme un penseur de l'émancipation, qui prolonge une ligne moderne allant de Machiavel à Spinoza et Marx, contre celle qui part de Descartes (la fin de la lignée est déformée dans le transcript), et pour qui le pouvoir est domination des riches sur les pauvres, des hommes sur les femmes et des patrons sur les ouvriers.
L'opéraïsme, explique-t-il, consistait à aller devant les usines plutôt que de lire Marx en bibliothèque, à enquêter sur l'exploitation et à encourager le refus du travail (refus de la journée de huit heures) comme manière d'accélérer la révolte, sans attendre un dysfonctionnement du capitalisme ; il récuse la vision d'un capital « Léviathan » au profit d'une domination intersubjective. À partir de Spinoza, il fait de l'amour (désir d'être avec les autres, « la crainte d'être seul ») le fondement anthropologique de la société, et distingue la masse (répétition d'actes dans la société industrielle et le taylorisme) de la multitude, ensemble de singularités productives qui coopèrent par la communication, le travail « immatériel » et cognitif, où le capital fixe est « dans notre cerveau » : les patrons deviennent inutiles, ce qui inverse la peur d'autrefois (celle des patrons devant la multitude), selon une formule en partie déformée. Les richesses naissent de la coopération et du commun, qu'il distingue des biens naturels ; l'« État-nation » est épuisé et la mondialisation, avec sa finance « anonyme et irresponsable », détruit même le welfare construit par la classe ouvrière.
Face aux objections de ses interlocuteurs, Negri admet qu'il ne suffit pas d'être indigné pour être communiste et que les mouvements (les Indignés, Occupy Wall Street, auxquels un reportage est consacré) manquent d'une organisation qui prendra du temps à se construire ; il juge la représentation actuelle « complètement corrompue » et dominée par l'argent, mais ne rejette pas l'idée de représentants si ce n'est pas le mécanisme de délégation actuel. Il se déclare certain que la crise du capitalisme ouvre « une transformation générale du mode de production », plutôt communiste que libérale, et se dit sans illusion mais confiant dans la « puissance nouvelle » de la multitude. L'émission se termine par une chronique d'Éric Aeschimann sur le dossier de la revue Esprit sur « notre nihilisme », qui, d'après Michaël Foessel, serait une croyance qui s'ignore, née de l'illusion moderne de tout maîtriser.
Excerpts
“« C'est un acte d'amour spinoziste, qui n'a rien de mystique, rien d'érotique : c'est seulement le désir d'être avec les autres, la haine de la solitude. Mais il y a quelque chose de plus encore : être ensemble est productif. [...] Le travail, l'activité, le désir que deux personnes expriment ensemble n'est pas la somme de ce qu'elles font l'une et l'autre : il y a un excédent, quelque chose en plus, et c'est formidable. »”
“« Le refus du travail, ce n'est pas seulement le refus de la journée de travail, de cette vie horrible où les gens faisaient huit heures de travail, huit heures de trajet, huit heures de sommeil quand ils avaient la possibilité de dormir. [...] Il y a un sentiment de liberté qui est fondamental et que les ouvriers avaient complètement oublié. »”
“« Le capitalisme est vraiment quelque chose d'horrible, il est mourant, il ne peut pas continuer comme ça, même le dernier social-démocrate le reconnaît désormais. [...] Je pense qu'il y aura une transformation générale du mode de production, et je pense que ce sera plutôt communiste, c'est-à-dire plutôt lié au commun, qu'à l'individualisme, à l'égoïsme, à la voracité des patrons. »”