Butor, Michel
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et les citations ; les passages incertains sont omis ou reformulés prudemment)
Core ideas
Butor étudie d'abord « Les Aventures du capitaine Hatteras », qu'il tient pour un des plus beaux livres de Verne et celui où « le projet des voyages extraordinaires prend véritablement corps ». Il rappelle la structure en cercle des voyages (trajet principal, prélude, retour), ce qu'on en « retire » (non un trésor matériel mais une transformation : amitié, bonheur) et la place des points remarquables, points de rebroussement où les choses se renversent. Le pôle en est le plus propice, pour Verne un « point paradoxal » où les contradictions se résolvent : un capitaine énigmatique, froid et flegmatique, mène un équipage (un résumé de la société, avec savant, maître d'équipage, ouvrier et deux capitaines, un Anglais et un Américain, frères ennemis) vers le pôle, en passant par le pôle magnétique (où l'aiguille devient verticale et où l'on doit suivre le sud de la boussole), le pôle du froid, puis une « arcadie boréale » où les animaux n'ont jamais vu l'homme (les voyageurs deviennent des Robinson) et une mer libre lumineuse où se superposent jour et nuit, haut et bas, mort et vie (il cite l'« Empire des lumières » de Magritte), le tout dans une atmosphère d'oxygène surabondant (l'homme qui habite le feu comme « combustion »). L'idée que « c'est l'homme qui fait lui-même son pays » (une région est habitable par l'habitation) apparaît dans une réplique du docteur.
Il suit le thème du pôle dans la suite de l'œuvre : le pôle sud dans « Vingt mille lieues sous les mers » (drapeau noir à l'« N » d'or du capitaine Nemo) et dans « Le Sphinx des glaces », que Butor lit comme une suite que Verne écrit à « Arthur Gordon Pym » de Poe (histoire interrompue brutalement, que Verne avait résumée très tôt dans un article du « Musée des familles »), en réalisant par l'écriture « ce qui était inaccessible » : une montagne magnétique en forme de sphinx, qui punit les coupables et attire les parties métalliques, et où se retrouvent Pym et le métis Dirk Peters. Il y ajoute des références à Dante (le pôle sud du Purgatoire, Ulysse), aux « Mille et une nuits » (Sindbad et le récif magnétique) et à Œdipe : Verne offrirait à l'adolescent, par des substituts de la mère et des figures de père à tuer, la résolution de son complexe d'Œdipe et un passage à l'âge d'homme, l'énigme du sphinx devenant une énigme géographique, puis textuelle.
Il passe ensuite au « Voyage au centre de la terre » : récit qui commence par un cryptogramme runique (Butor le rapproche de Poe, du « Scarabée d'or » et de Tolkien), avec un personnage féminin (la jeune fille nommée « Krabben » dans le transcript) seulement au début et à la fin, un voyage entre hommes (professeur Lidenbrock, son neveu Axel, le chasseur islandais nommé « Rams » dans le transcript), une descente aux enfers qui est descente dans le passé, la terre comme livre (strates, Hugo et Gavarnie) et deux volcans (un éteint, l'autre éveillé). Il traite enfin de « De la Terre à la Lune » et « Autour de la Lune » : un canon creusé dans la terre (comparé à un volcan) et son double, un télescope, des renversements (le soleil sous les pieds, le point où la pesanteur s'annule comme « transfiguration », la lune vue comme miroir, cartes lunaires inversées), la lune comme monde qui a vieilli plus vite, miroir du passé et de l'avenir (histoire cyclique, progrès et menace de régression), et une critique des États-Unis, pays du progrès et de la guerre (le Gun Club de mutilés, le président Barbicane « homme canon »), dont l'activité guerrière est détournée en voyage par le Français Michel Ardan (anagramme de Nadar), qui transforme le boulet en obus habitable.
Excerpts
“« Le pôle, c'est un point paradoxal [...] un point autour duquel les choses vont changer de sens, un point qui est la figure de la résolution des contradictions. Ce qui ne va pas dans notre société, on va pouvoir le faire aller lorsqu'on va le considérer d'un certain point : un point suprême d'où les différentes oppositions vont être surmontées. »”
“« Je ne crois pas aux contrées inhabitables. L'homme, à force de sacrifices, en usant génération sur génération, finirait par fertiliser tous les pays. [...] C'est l'homme qui fait lui-même son pays par sa présence, par ses habitudes, par son industrie. »”
“« La réponse à l'énigme du sphinx, c'est l'homme. [...] Les voyages extraordinaires interprètent cette réponse comme ce qui va permettre à l'enfant de devenir un homme, de passer de l'état d'enfant à l'état d'homme souverain, pouvant profiter de la réalité et vaincre un certain nombre d'interdictions. »”