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Deleuze, Gilles

philosophe

(Vidéo) Gilles Deleuze - Cours sur l'harmonie à Vincennes

Artesquieu · Aug 26, 2022 · partial coverage

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Coverage note: partial (transcription automatique de très mauvaise qualité sur un long enregistrement de séminaire : de larges passages sont illisibles, les locuteurs ne sont pas distingués, et la synthèse ne retient que les idées dont le fil est reconnaissable ; l'attribution à Deleuze lui-même est certaine seulement pour la fin de la séance)

Core ideas

La séance prolonge un exposé sur le passage de la musique de la Renaissance au baroque (Monteverdi, Bach). Les intervenants distinguent deux dimensions de la musique : l'horizontal (mélodie, contrepoint, conduite des voix) et le vertical (harmonie, accord), et discutent de leur combinaison « en diagonale ». La musique est présentée comme un « agencement » ou une « machinerie » de voix et d'instruments. Un premier intervenant soutient que l'harmonie par accords naît d'une différenciation des voix, avec l'importance de la basse continue et de nouveaux rapports entre voix et instruments ; le commentateur (vraisemblablement Deleuze) propose de renverser l'ordre : la modification est « interne à la machine musicale » et c'est « après coup » que les voix sont transformées, en tenant compte de variables indépendantes (l'harmonie définie par l'accord, la machination voix-instruments). Les participants évoquent la stabilisation d'une dominante, la « variation continue du tempo » (cadence harmonique), l'expressivité nouvelle des voix, la montée d'un chromatisme, le madrigal comme forme la plus novatrice, le rôle de l'école vénitienne puis des écoles bolonaise, française et allemande, et le fait que cette mutation prend « presque un siècle ».

Sur le plan technique, un musicien explique que « le son est un accord en lui-même » : la série des harmoniques (octave, quinte) fonde la gamme, la quinte étant le « troisième harmonique », la dominante exprimant la génération d'un son à partir d'un autre ; l'accord devient peu à peu fonctionnel, avec des rapports de tension et de force, puis un ensemble architectural où la basse continue organise des progressions (cantates de Bach). Le parallèle philosophique est tracé avec Leibniz (harmonie préétablie, consonances et résonances) et peut-être Malebranche : l'idée d'une zone de fusion entre l'horizontal et le vertical, de simultanéité plutôt que de succession, de virtualités (les harmoniques d'un accord) que le compositeur actualise, d'une « nouvelle machination des âmes et des corps » où chaque série suit ses propres lois tout en s'accordant avec l'autre. Les participants relient cela à des machines contemporaines (synthétiseur, et un appareil au nom déformé, probablement un harmonizer, qui retarde de quelques millisecondes plusieurs copies d'un même accord pour créer un monde de virtualités actualisables) et à l'idée leibnizienne que « Dieu fait le monde en jouant », en notant qu'il faut préciser de quel jeu il s'agit.

La séance se termine sur des consignes de fin d'année : Deleuze indique qu'il reviendra le mardi suivant uniquement pour les étudiants de deuxième et troisième cycle ayant des difficultés, rappelle les démarches administratives, juge que l'année a été « encore une année riche » en grande partie grâce aux participants, et remercie ceux qui sont intervenus dans cette séance sur la musique, qui lui a donné matière à réfléchir.

Excerpts

“« Il faut comprendre que le son est un accord en lui-même. On construit les gammes en couchant l'accord qui est la résonance du son : c'est quelque chose qui est simultané, et qui est reporté à l'horizontale et donne des points qui constituent la gamme. »”

“« Une nouvelle machination des voix et des instruments, ou, si vous préférez philosophiquement, une nouvelle machination des âmes et des corps : dans la mesure où chacun suit ses propres lois, ils entrent en accord. C'est l'idée d'une autonomie des deux qui va former la correspondance. »”

“« Moi, je trouve que l'année que nous avons faite a été encore une année riche [...]. Je remercie [...] ceux qui sont intervenus dans cette histoire de musique. »”