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Stiglitz, Joseph

économiste américain, prix Nobel d'économie, ancien économiste en chef de la Banque mondiale et conseiller de Bill Clinton, auteur de « L'euro : comment la monnaie unique menace l'avenir de l'Europe », Les Liens qui libèrent, et de « La Grande Fracture »

Joseph Stiglitz - Entretien sur l'échec de l'euro et la démocratie en Europe

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un entretien d'environ trente minutes avec extraits d'archives sur l'euro (années 1990-2012) ; transcription automatique de la traduction par endroits déformée ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

L'état du monde et la campagne américaine. Stiglitz dit que le monde « ne va pas bien », sur le plan économique comme politique : aux États-Unis, 90 % de la population voit ses revenus stagner depuis 25 ans, avec des conséquences politiques. Il juge que les inégalités résultent de choix politiques, et compare les deux candidats : Trump répond aux angoisses (immigration, mondialisation) par le repli et le racisme, avec un programme incohérent, démagogue et populiste, mêlant baisse des impôts des riches et isolationnisme ; Hillary Clinton propose un programme « beaucoup plus réaliste », plus progressiste, fondé sur l'idée que plus d'égalité et plus de prospérité vont ensemble. Il redoute que l'économie américaine, dont la faiblesse tient notamment aux exportations, soit fragilisée par une nouvelle crise européenne et le ralentissement chinois, et juge qu'il n'y a aucune justification à relever les taux de la Fed (pas d'inflation, salaires à peine au-dessus de l'inflation), à rebours des accusations de Trump contre la Fed.

La critique de l'euro. Sur fond d'archives rappelant les promesses d'origine (stabilité, protection contre le désordre monétaire, solidarité) et les débats qui l'ont accompagné (Delors, Chevènement, Mélenchon, Hollande, Juncker), Stiglitz explique que l'euro était un moyen, non une fin, pour promouvoir prospérité et solidarité, et qu'il a produit l'effet inverse : divergence plutôt que convergence entre pays, riches plus riches et pauvres plus pauvres. Il décrit les « malfaçons » du projet : en renonçant aux taux de change et aux taux d'intérêt nationaux sans les remplacer par d'autres mécanismes d'ajustement, on a « lié les mains des pays » ; la limite de déficit de 3 % est tombée « du ciel » ; la Banque centrale européenne est tournée vers l'inflation et non vers l'emploi ou la croissance ; l'absence d'union bancaire (garantie des dépôts) fait fuir les capitaux des pays faibles vers les pays forts, dans un cercle vicieux. Il cite la Grèce (62 % contre l'austérité en 2015, suivi de plus d'austérité) et des dépressions plus fortes que celles des années 1930 (chômage des jeunes élevé), et estime que les dirigeants nient l'erreur parce qu'ils ne veulent pas l'admettre.

Les scénarios de sortie. Il donne de bonnes notes à l'euro sur quelques points (coordination monétaire, début d'union bancaire) mais trouve les réformes trop lentes. Il décrit trois scénarios : (1) la meilleure solution, des réformes (union bancaire, garantie des dépôts, plus de solidarité) qui rendent l'euro viable ; (2) à défaut, plus de souplesse, notamment un départ de l'Allemagne de la zone euro, qui ferait remonter son taux de change et réduirait ses excédents, dont il juge l'ampleur plus déstabilisante que celle de la Chine ; (3) en dernier recours, une division en deux ou trois groupes (un euro du Sud, un euro du Nord), un « divorce à l'amiable » qui ne reviendrait pas aux dix-neuf devises d'avant. Face à l'objection des interlocuteurs (une sortie risquée et coûteuse pour un pays comme la Grèce, absence de préparation à Bruxelles), il répond que le statu quo est « très très coûteux » et que « l'euro n'est qu'un morceau de papier » : pour sauver le projet européen, il faudrait peut-être abandonner la version actuelle de la monnaie unique. Il avertit que l'échec économique nourrit la montée de l'extrême droite et menace la démocratie en Europe (il mentionne l'élection française à venir et le Front national).

L'économie est-elle une science ? Interrogé sur la polémique française autour d'un livre sur le « négationnisme économique », il répond que l'économie vise à prédire mais n'a pas prédit la crise de 2008 ; que les hypothèses retenues dans les modèles sont souvent mauvaises, et qu'il faut y intégrer l'économie comportementale et l'information.

Excerpts

“« L'euro était tout simplement un moyen pour arriver à une fin [...] c'est juste un morceau de papier, c'est juste une devise. »”

“« Les économistes n'ont pas prédit l'événement le plus important : c'est la crise de 2008. »”

“« L'Europe passe de crise en crise : on est vraiment au bord du précipice, et quand on est toujours au bord du précipice, on risque d'y tomber. »”