Sartre, Jean-Paul
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Core ideas
Dans un amphithéâtre bruyant, Sartre commence par refuser de faire un « cours » (comme au lycée autrefois) et demande qu'on le mette « au milieu » des étudiants pour un dialogue, en se soumettant à leur critique ; le public hésite entre questions orales et écrites (Sartre défend l'oral pour que le contact soit « démocratique », puis accepte l'écrit quand l'ordre manque). À une première question sur des facultés ouvertes aux ouvriers, un intervenant (étudiant) plaide pour supprimer la distinction étudiant/ouvrier, ouvrir les cités universitaires à la « jeunesse » entière et accorder aux jeunes ouvriers deux jours par semaine à l'université.
Sartre explique que ce qui est inédit pour lui, c'est que, « pour la première fois depuis très longtemps », étudiants, intellectuels et ouvriers se retrouvent, et que les fils de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie (le ministre prétend 10 % d'étudiants d'origine ouvrière, il en compterait plutôt 5 à 7 %) s'unissent aux ouvriers « non pas pour des revendications minimales mais pour un programme révolutionnaire », en se désolidarisant de leurs pères. Il défend Daniel Cohn-Bendit (détesté du Figaro à L'Humanité) parce qu'il maintient le mouvement dans son aspect critique et négatif, sans le faire rentrer dans les « ornières » de partis ou de revendications immédiatement reprises par le pouvoir. Sur la CGT, il dit que le mouvement de grève est né de la brèche de l'insurrection étudiante, qu'une première rencontre a eu lieu lors de la manifestation du lundi, que la CGT, « une institution », a été mise en position de suivre pour éviter la « démocratie sauvage » que les étudiants ont créée, et que l'espoir est que les contacts avec les jeunes ouvriers fassent comprendre aux travailleurs que les étudiants ne veulent pas les diriger ; il félicite la salle de son « autodiscipline » et de sa « démocratie directe ».
Interrogé sur la société à venir, il refuse de « prophétiser » mais dit voir se chercher une conception du socialisme fondée sur la pleine démocratie (liaison du socialisme et de la liberté), à l'origine liée à la démocratie bourgeoise (90 % de fils de bourgeois) mais en rupture avec la classe bourgeoise. À une question sur l'intégration de la contestation dans la productivité, il répond que le système tout entier est à rejeter, que l'apprenti sur machine semi-automatique et le futur cadre sont aliénés l'un comme l'autre (« qu'est-ce qu'il y a de plus aliéné qu'un cadre ? »), et que les fils de bourgeois ne cessent pas d'être bourgeois en quittant leurs parents mais en luttant contre leur propre aliénation. Sur l'autogestion généralisée, il distingue l'espoir (les expériences yougoslave et algérienne sont limitées, et supposent une « auto-émancipation ») et son application à l'université (remplacer la cogestion par l'autogestion lui semblerait normal). À un étudiant tunisien, il répond que chaque pays du tiers monde doit faire sa propre révolution sans modèle occidental. À une dernière question sur la démocratie socialiste sans dictature du prolétariat préalable, il explique que la démocratie « bourgeoise » est un ensemble de droits formels démentis concrètement, mais qu'une révolution socialiste ne doit pas les supprimer, il faut leur donner un sens nouveau (liberté d'expression, d'association) : il ne sait pas si la dictature du prolétariat est nécessaire et craint qu'en commençant par elle « on perdra pour des années la liberté, mais aussi peut-être le socialisme ».
Excerpts
“« Pour la première fois depuis très longtemps, les étudiants et les intellectuels et les ouvriers se retrouvent. [...] Ce n'est pas simplement une union : les fils de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie s'unissent aux ouvriers, et ils s'unissent non pas pour des revendications minimales mais pour un programme révolutionnaire. »”
“« Dans une société aliénée, tout le monde est aliéné, aussi bien les exploités que ceux qui sont du côté des exploiteurs. [...] Qu'est-ce qu'il y a de plus aliéné qu'un cadre ? »”
“« Si on ne commence pas par poser que socialisme et démocratie ne sont pas séparés, non seulement on perdra pour des années la liberté, mais aussi peut-être bien le socialisme. »”