Chouard, Étienne
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (une conférence d'environ une heure avant les questions ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et quelques phrases ; les passages incertains sont omis ; la séance de questions n'est pas incluse)
Core ideas
D'un électeur endormi à un militant de la « cause des causes ». Chouard raconte qu'il était politiquement « endormi » (sans parti, sans syndicat, sans association) jusqu'au débat référendaire de 2005, quand l'étude du traité constitutionnel européen, qu'il appelle une « anti-constitution » destinée à détruire les constitutions nationales, l'a « réveillé ». Il dit ne se présenter à rien, refuser l'idée d'exercer un pouvoir comme on refuse de se droguer (le pouvoir corrompt), et ne pas venir avec une pensée finie mais pour la mettre « au feu des objections ». Sa méthode vient d'un conseil laissé par un médecin de l'Antiquité (son nom est déformé dans le transcript, vraisemblablement Hippocrate) : « chercher la cause des causes » : on ne soigne pas une maladie en s'attaquant aux symptômes. Il observe que les résistants qu'il côtoie (contre l'injustice dans l'entreprise, le nucléaire, les OGM, la finance) se battent sur des conséquences et se prennent parfois pour ennemis ; leur cause commune serait, selon lui, notre impuissance politique.
Une constitution est faite pour affaiblir les pouvoirs. Il explique en termes simples l'idée de constitution : les humains se soumettent à un droit écrit par des pouvoirs qu'ils instituent (parlementaires, juges, ministres, président, et aussi, à ses yeux, les médias et les banques, qui seraient cinq pouvoirs et non trois), pouvoirs à la fois utiles et dangereux ; la constitution est le droit supérieur chargé de les contraindre. Son argument central est le conflit d'intérêts : laisser les professionnels de la politique écrire eux-mêmes la constitution qu'ils sont censés craindre est aussi absurde que laisser un juge, même honnête, juger son propre fils. Même vertueux, les élus sont « juge et partie » ; il faut donc une assemblée constituante hors des personnes qui exercent ou convoitent le pouvoir, et la constitution proposée au vote n'a de sens que si elle est écrite par d'autres. La faute, conclut-il, nous revient : « c'est nous qui sommes paresseux ou incultes » d'avoir laissé faire, ce qui est aussi source d'espoir, car ce qui dépend de nous peut changer.
Le gouvernement représentatif n'est pas la démocratie. Chouard soutient qu'« élections égale démocratie » est une équivalence enseignée mais fausse : le système où l'on désigne tous les cinq ans des maîtres que l'on n'a pas choisis, qu'on ne peut pas révoquer, et dont deux grands partis alternent (il évoque aussi une « indemnité chômage » des battus), s'appelle le gouvernement représentatif. En s'appuyant sur le discours de l'abbé Sieyès (dont il cite un passage dans la conférence), sur le livre de Bernard Manin Principes du gouvernement représentatif et sur l'historien Henri Guillemin (dont il recommande les conférences télévisées), il soutient que les fondateurs de 1789 (et de 1776) n'ont pas voulu une démocratie : le peuple n'y fait pas lui-même ses lois, il est « hétéronome ». Il présente donc le régime actuel comme un renoncement originel à la démocratie, non comme une démocratie qui se serait abîmée, et propose une lecture très critique de la Troisième République, de Napoléon et du rôle des banques, qu'il rattache à une hypothèse d'une guerre « voulue par le 1 % ».
Le modèle athénien : tirage au sort, rotation, contrôles. Il décrit Athènes (environ soixante mille citoyens) comme un laboratoire robuste : une assemblée où vient qui veut, où les citoyens votent eux-mêmes les lois, mais où les magistratures, conseil des Cinq-Cents, juges, policiers, sont tirées au sort pour des mandats courts, non renouvelables, avec reddition de comptes. Selon lui, cela garantissait « l'égalité politique réelle » et un « amateurisme politique », alors que l'élection est par nature aristocratique (choisir « les meilleurs »), comme le savaient encore Aristote, Montesquieu et Rousseau. Il rappelle que le tirage au sort n'est pas un « pouvoir donné au hasard » mais un moyen de n'en donner que très peu à chacun, avec des filtres (volontariat, examen de capacité, ostracisme pour écarter ceux qui font peur) ; il écarte l'objection de l'esclavage et du statut des femmes en disant qu'il ne propose pas de copier Athènes. Il avance que, pendant deux cents ans, les pauvres y ont voté les lois sans « écrabouiller » les riches : le pouvoir politique et le pouvoir économique y étaient « désynchronisés », au contraire des deux cents ans d'élections modernes, où les riches auraient toujours dirigé. Il met aussi en garde contre les jugements de Platon et d'Aristote sur la démocratie, que Platon aurait écrits avec un « compte personnel à régler ».
Internet, éducation populaire et appel à débattre. Chouard conclut en comparant Internet à l'imprimerie : après le droit de lire, Internet donnerait au peuple le droit d'écrire, donc une éducation populaire capable de remettre « au-dessus de nos élites » un texte qu'elles craindront. Il demande des objections plutôt que des adhésions, dit avoir besoin de contradiction pour progresser, et affirme que la solution ne peut venir que d'un grand nombre de citoyens prêts à se mobiliser (« si on est cent mille, ça ne marchera pas »).
Excerpts
“« Chercher la cause des causes. »”
“« Une constitution ça sert à affaiblir les pouvoirs. »”
“« Nous vivons depuis le début dans un régime qui est un renoncement à la démocratie. »”