MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Artesquieu/Castoriadis, Cornélius

Castoriadis, Cornélius

philosophe, économiste et psychanalyste, auteur de L'Institution imaginaire de la société

Cornélius Castoriadis : "La démocratie n'existe pas !"

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: full (un entretien d'environ vingt-cinq minutes ; transcription automatique par endroits très déformée, surtout les noms propres et plusieurs phrases ; les passages incertains sont omis ou hédgés)

Core ideas

L'insignifiance de la vie politique. Ce qui le frappe dans le monde contemporain, plus que les crises ou les oppositions, c'est l'« insignifiance » : le clivage droite-gauche a perdu son sens parce que socialistes et droite mènent depuis 1983 la même politique (ultralibérale), les candidats gagnent en promettant autre chose puis font la même, par un marketing politique qui suit les sondages (il cite Clinton). Les politiciens ne sont pas des hommes politiques mais des gens qui cherchent les suffrages par tous moyens pour rester au pouvoir ; cette insignifiance se retrouve, selon lui, dans les arts, la philosophie, la littérature, sans conspiration : c'est « l'esprit du temps ». Il note que la politique réclame deux capacités sans rapport entre elles (accéder au pouvoir, puis gouverner), et que dans une « pseudo-démocratie », accéder au pouvoir signifie être télégénique et flairer l'opinion.

La démocratie représentative n'est pas une vraie démocratie. Pour lui, les représentants représentent très peu ceux qui les élisent (eux-mêmes ou des lobbys) ; se donner un représentant irrévocable pour cinq ans, c'est abandonner sa souveraineté ; les options sont définies par d'autres. Dans une vraie démocratie, le citoyen est celui qui est capable de gouverner ; or toute la vie politique vise à lui faire désapprendre à gouverner (confier les affaires à des experts), d'où apathie et cynisme. Il distingue deux causes de la régression : le recul de l'activité collective des gens (plus ils se retirent, plus des bureaucrates prennent sur eux, ce qui justifie leur retrait : un cercle vicieux) et la dissolution des grandes idéologies révolutionnaires ou réformistes (l'effondrement de l'URSS n'aurait pas donné lieu à une réflexion de fond de la gauche).

Néolibéralisme. Il juge que la gauche et la droite ont ressorti le libéralisme « pur et dur » du début du XIXe siècle : selon lui, le capitalisme s'est maintenu parce que les travailleurs ont lutté (hausses de salaires, marchés de consommation, réduction du temps de travail), les économistes ayant réfuté dès les années 1930 les vertus de l'équilibre marché ; il ne voit pas comment on sortira de cette crise sans une résurgence d'une critique puissante et d'une participation active. Il compare la « pensée unique » libérale à l'idéologie libérale du XIXe siècle, qui croyait au progrès et à l'élévation des conditions de vie pour tous.

Athènes, tirage au sort et éducation du citoyen. Face au dilemme généraliste/spécialiste (Edgar Morin, Platon), Castoriadis évoque la démocratie athénienne : les magistrats généraux étaient désignés par tirage au sort ou rotation, car la politique n'est pas une affaire de spécialistes (« la politique c'est pas une affaire de spécialistes ») : il n'y a pas de science de la politique mais une opinion (doxa), les opinions « se valent » ; seuls les spécialistes de domaines techniques (chantiers navals, guerre) étaient élus. Mais cette doxa doit être « cultivée » : la démocratie est une affaire d'éducation des citoyens, qui n'existe pas aujourd'hui (il rapporte qu'un magazine disait que 60 % des députés avouaient ne rien comprendre à l'économie), et passe par une participation active aux affaires et une transformation des institutions qui la rendraient possible ; l'école, qui enseigne des spécialités, devrait enseigner l'histoire, les mécanismes de l'économie et de la société.

Mai 68, croyance et désir. À propos de Mai 68 (« la brèche »), il dit que le mouvement révolutionnaire a été miné par un besoin d'endoctrinement : « l'homme est un animal religieux », qui désire la croyance et la certitude, d'où l'emprise des religions et des idéologies ; les jeunes sont devenus plus critiques et sceptiques, ce qui les inhibe aussi pour agir (Périclès : les Athéniens réfléchissent sans cesser d'agir). Sur le « désir irréductible » de Raoul Vaneigem, il répond que le désir infini est un phénomène moderne : les sociétés traditionnelles sont des sociétés de répétition ; la libération moderne appelle donc à « apprendre à s'autolimiter individuellement et collectivement », y compris vis-à-vis de l'environnement (cultiver la planète comme un jardin plutôt que la détruire par l'imaginaire de l'accumulation de la « camelote »).

Liberté et limites. Il conclut que la liberté est difficile : ce n'est pas zapper devant la télévision (« vous n'êtes pas libres »), mais une activité qui sait se poser ses propres limites : philosopher, c'est établir les limites et reconnaître qu'il y a des choses qu'on ne sait pas (il évoque Thucydide et le discours de Périclès).

Excerpts

“« la politique c'est pas une affaire de spécialistes »”

“« l'homme est un animal religieux »”

“« apprendre s'autolimiter individuellement et collectivement »”