Gombrowicz, Witold
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (transcription automatique approximative et par endroits très déformée, notamment dans les lectures littéraires et les réponses de Gombrowicz, dont le français est imparfait ; les passages les plus incertains sont signalés)
Core ideas
Dans les premiers entretiens, Gombrowicz se présente comme un exilé « politique » (il refuse de rentrer dans la Pologne communiste, qu'il a quittée en 1939 pour l'Argentine avant de séjourner à Berlin puis de s'installer en France pour sa santé) mais aussi « spirituel » : il veut être un écrivain universel et dépasser sa situation de Polonais, être « assimilé par tous les hommes ». Il se dit plutôt contre la nation, au nom de l'individu, très extrême sur ce point et attaqué pour cela par les Polonais ; il dit que sa littérature est « très polonaise » sans qu'il le veuille, rappelle que la littérature est toujours une antinomie (quand on est très délicat il faut être brutal, très timide il faut être audacieux), cite Chopin et Molière, et revendique une forme de romantisme comme nature humaine plus que comme école. Il décrit son Journal (1953-1966) comme la description de ses réactions personnelles (« je dis simplement ma propre réalité, là où je suis, chez moi » : « la soupe à la tomate, je l'aime beaucoup »), refuse le rôle de prophète ou d'enseignant, et se dit « très existentialiste » : on est dans une situation définie, mais on a toujours un choix. Il cite Cervantes, qui a écrit des choses impérissables en écrivant contre des choses périssables.
Il est très critique envers la modernité littéraire : Joyce lui paraît « ennuyeux » (il a lu Ulysse de bout en bout pour juger), la technique l'emportant sur la personnalité, alors que la littérature « c'est surtout question de personnalité », de beauté, de passion, de fascination, ce qu'il trouve chez Thomas Mann ou Borges plutôt ; il dit être contre la tendance d'« une littérature ennuyeuse » et que l'artiste doit être un phénomène dramatique. Il évoque l'Argentine, pays où l'élite, pour lui trop désireuse de devenir « adulte », ne voyait aucun atout dans la jeunesse, et où il a passé vingt-cinq ans : il se dit fasciné par l'« infériorité » et la jeunesse du pays, et note dans son Journal sa passion tardive pour ce pays, « aimé à distance ».
Au centre de l'œuvre se trouve l'opposition entre jeunesse (immaturité) et maturité, et entre informe et forme : sa conception de la forme vient de l'observation, dans sa jeunesse, des dictatures qui fabriquent des types d'hommes en leur imposant des idéologies ; l'homme se définit toujours mal, apparaît déformé par les autres, est « toujours acteur » et doit se méfier de la forme, donc écrire « avec distance » (y compris avec des paroles obscènes). Il parle d'Yvonne, princesse de Bourgogne (écrite en 1938, créée en 1957 à Varsovie) : une fille laide dont la seule présence « offense la nature » et provoque une décomposition de la cour qui révèle la fausseté des formes ; il dit n'avoir jamais vu ses pièces sur scène et refuser les théories. Il affirme que la jeunesse est « l'élément de la beauté dans l'humanité », l'homme moderne privé de Dieu et seul ne gardant comme beauté que la jeunesse, mais « inférieure » ; l'adulte, déchiré entre le désir d'être jeune et celui d'être mûr, doit seulement en prendre conscience pour travailler la contradiction. L'artiste, qui s'exprime par passion (cri, fou rire), n'est pas un scientifique qui comprend, et doit se méfier de la science. Interrogé sur son optimisme, il se déclare optimiste (le Moyen Âge était plus terrifiant) mais pas anarchiste (« le matin vous êtes obligé de manger votre petit déjeuner : une loi s'impose »).
Excerpts
“« Je suis un écrivain universel [...] et je veux dépasser ma situation particulière de Polonais. Je ne voudrais pas être un écrivain seulement des choses polonaises : je pose toujours des problèmes universels. [...] Pour moi, l'individu est plus fort que la nation : c'est la culture individuelle, au moins sur le terrain artistique, qui doit dominer. »”
“« Je suis absolument contre la tendance moderne de faire une littérature ennuyeuse. [...] Je trouve que la littérature, c'est surtout une question de personnalité : si vous avez quelque chose à dire, si vous êtes poète, si vous voyez la beauté. Avec Joyce, je vois le métier, la technique, une invasion de problèmes plutôt scientifiques, et très peu de grande personnalité. »”
“« La jeunesse, c'est l'élément de la beauté dans l'humanité, la face ascendante de l'existence. Il est logique qu'un homme adulte ait une nostalgie de la jeunesse. [...] L'homme moderne, privé de Dieu, se sent seul, et la seule beauté qui lui reste au sein de l'humanité, c'est la jeunesse. Mais en même temps la jeunesse est moins intelligente, moins consciente : c'est une beauté inférieure. »”