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Žižek, Slavoj

philosophe slovène

Slavoj Zizek - Entretien (L'apocalypse selon Slavoj Zizek)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un entretien d'environ quarante minutes ; transcription automatique par endroits très déformée, surtout dans les réponses de Žižek, qui parle en français avec un fort accent ; les passages incertains sont omis ou hédgés)

Core ideas

« Catastrophique mais pas sérieuse ». Présenté comme un philosophe slovène resté fidèle à l'idée communiste (comme Alain Badiou), Žižek résume le diagnostic de son livre par une anecdote de la Première Guerre mondiale : l'état-major allemand télégraphie « la situation est sérieuse mais pas catastrophique », les Autrichiens répondent « elle est catastrophique mais pas sérieuse » ; c'est, dit-il, la situation d'aujourd'hui : les dangers sont connus mais pas pris au sérieux. Il ne se dit pas catastrophiste ni « nouvel âgiste » (retour à la Terre mère), mais voit trois menaces structurelles : l'écologie (l'action humaine sur la nature exige des décisions collectives que le capitalisme seul ne suffit pas à prendre, faute de temps), la biogénétique (il cite un programme chinois visant à régler les caractéristiques physiques et psychiques de la population, et la connexion directe du cerveau aux machines, qui menace la définition même de la liberté) et la propriété intellectuelle, source de crises financières et d'irrationalité des marchés. Il ajoute que le capitalisme « à valeurs asiatiques » ne produit plus nécessairement de demande de démocratie.

Changer le monde ou le sauver ? L'animateur objecte que ces menaces devraient conduire à abandonner le paradigme prométhéen du « changer le monde » (Jonas, Marquard : les philosophes ont seulement transformé le monde, il importe de l'épargner) pour retrouver un sens de l'indisponibilité de la nature humaine. Žižek répond qu'il faut, au contraire, recommencer à l'interpréter : la gauche du XXe siècle a voulu changer le monde sans comprendre où est le pouvoir, il se dit du côté de Sloterdijk plutôt que de Habermas (qu'il juge proche de Ratzinger dans sa limite éthique face à la biogénétique) et note que la technologie rend certaines choses « disponibles » tout en produisant des conséquences indisponibles ; il oppose un « tout devient possible » technologique et sexuel à l'impossibilité d'imaginer un petit changement du capitalisme.

Le capitalisme existe-t-il comme système ? L'animateur doute qu'on vive dans un « système capitaliste » opposé à un communisme à venir (l'État-providence, le rapport Beveridge, le RMI, sont le patrimoine commun de la droite et de la gauche) et juge la thèse de Badiou idéologique. Žižek répond qu'il ne pense pas un système global uniforme mais une combinaison de composantes contradictoires (le capitalisme libéral s'appuie sur des pays comme l'Arabie saoudite, l'État-providence européen sur l'exploitation d'autres pays) ; pour lui le « communisme » n'est pas un projet mais « le nom d'un problème » : les biens communs (nature, propriété intellectuelle, etc.), sans programme ni certitude (« on doit agir, mais je ne sais pas, et vous ne savez pas »).

Révolutions arabes, antisémitisme, immigration. Žižek se dit « pessimiste » mais intéressé par le printemps arabe, où il voit la survivance d'une dimension émancipatrice sous le fondamentalisme (la place Tahrir où coptes et musulmans prient ensemble), la disparition de la gauche séculaire étant pour lui la grande catastrophe, et cite Benjamin : « chaque fascisme est le signe d'une révolution ratée ». Il note que l'antisémitisme arabe est lié à la propagande des régimes despotiques. Sur l'immigration, il affirme soutenir les droits des immigrés mais refuse l'idée d'une immigration « illimitée » comme solution (il faut changer les choses « là-bas »). L'animateur lui reproche alors un article récent plaidant pour que l'Union européenne forge sa culture commune et cite Brasillach (« antisémitisme de raison ») à propos d'une politique d'immigration « de raison » ; Žižek réplique que le populisme anti-immigrés, en Hongrie, en Italie ou en France, est l'expression d'une crise intérieure du projet européen plus que d'un danger réel, que les antiracistes des beaux quartiers sont hypocrites (exemple slovène), et que la gauche moderne néglige la classe ouvrière au profit du multiculturalisme.

Haine, amour et stalinisme. Enfin, l'animateur cite le passage sur Che Guevara (« la haine est un élément du combat ») et y voit la matrice du totalitarisme. Žižek répond que la haine peut exister (Tahrir, le « dégage ») sans personnaliser l'ennemi, que le cas de Guevara est exceptionnel, et que dans des situations exceptionnelles quelqu'un peut dire « la majorité a tort ». Sur la hiérarchie entre stalinisme et nazisme, il soutient que Staline n'a pas franchi le pas de la culpabilité inscrite dans l'être même des victimes (procès de Moscou contre Boukharine contre extermination des Juifs) ; l'animateur rétorque qu'il vaut mieux penser les origines du stalinisme que hiérarchiser, et que la division du monde en deux camps peut être une tentation. L'émission se clôt sur une plaisanterie : « un communiste doux ».

Excerpts

“« La situation est catastrophique mais pas sérieuse. »”

“« Communisme, c'est pour moi seulement le nom d'un problème. »”

“« Chaque fascisme est le signe d'une révolution ratée. »”