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Foucault, Michel

philosophe, professeur au Collège de France

Michel Foucault - Entretien (La Volonté de savoir)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un entretien d'environ vingt minutes, avec une introduction de présentation ; transcription correcte avec quelques mots manquants)

Core ideas

Contre l'hypothèse répressive. L'introduction rappelle que Foucault, après l'Histoire de la folie et Surveiller et punir, entame une histoire de la sexualité en six volumes et remet en cause l'idée commune d'une répression sexuelle héritée d'un XVIIe siècle puritain et bourgeois. Foucault raconte que son projet initial était une histoire parallèle à celle de la folie (partages entre sexualité normale et anormale, permise et interdite), fondée sur les interdits, comme l'inceste dans les sociétés étudiées par les ethnologues ; mais le matériau « s'amoncelait comme un tas de sable » sans prendre forme : la complexité des pratiques et des discours sur la sexualité ne se déduisait pas des interdits.

Le pouvoir ne fait pas que dire non. Son analyse de la prison lui a montré que l'emprisonnement fixait les gens dans la délinquance plutôt que de l'empêcher : « le pouvoir n'est pas fondamentalement ce qui dit non », mais ce qui, à travers les interdits, permet la gestion, le contrôle, la surveillance et l'utilisation de certaines choses. Il transpose cette analyse tactique et positive à la sexualité : il ne dit pas qu'elle n'est pas réprimée, mais qu'il y a eu une « technologie politique » autour d'elle (en parler, l'empêcher d'en parler, l'exciter, la masquer) plus fondamentale que les interdits ou les permissions. Il distingue le pouvoir de la loi (qui interdit), et refuse de le réduire à l'appareil d'État : ce sont des relations de pouvoir multiples (hommes/femmes, parents/enfants, institutions) dont le grand pouvoir étatique dépend.

La sexualité « inventée » : de la confession à la science. Poussant la thèse « jusqu'à la caricature », il dit que « la sexualité a été inventée » : cette sexualité que nous croyons découvrir en nous comme secret fondamental est l'effet d'une sexualisation de l'être humain et d'un mécanisme d'assujettissement. Dans le christianisme, depuis le Moyen Âge, on oblige les gens à se confesser et à s'examiner pour retrouver la concupiscence au principe de tous les péchés (chair, péché contre la chair) : un « dressage » à ne prendre conscience de soi qu'à travers la sexualité, que le christianisme est seul à imposer à ce point, et qui est le noyau de la future science de la sexualité. Il illustre par un cas entendu à la radio (couple dont les problèmes économiques et d'âge sont ramenés à la question de l'érection) le « rabattage des problèmes sur la sexualité ». Avant le XIXe siècle, il y avait des pratiques interdites (la sodomie) mais pas de « sexualité anormale » : celle-ci (homosexuels, enfants) est inventée au XIXe siècle et soumise à un contrôle médical, des techniques de correction et de thérapeutique.

Biopolitique et paradoxe de la libération. À propos de la thèse marxiste ou de la Réforme sur la répression sexuelle (nécessité de mettre au travail et de reproduire la force de travail), il juge ces éléments « pas faux » mais insuffisants : depuis le XVIe-XVIIe siècle la sexualité s'est rapprochée du centre de l'existence humaine par le relais du christianisme, de la médecine, de la psychiatrie, de la psychanalyse, de la psychologie. À partir des XVIIe-XVIIIe siècles, la vie, le corps et la santé deviennent des objets politiques et économiques (alors que les gouvernements régnaient par la mort et la menace). Il constate un paradoxe : les interdits diminuent (avortement, relations prénuptiales, homosexualité), mais les prises du pouvoir se multiplient (technologie médicale, psychiatrique et psychologique de la sexualité des enfants, des adultes, des vieillards ; contrôle des fantasmes) : « une diminution des interdits, une croissance du pouvoir ».

Statut du livre et clarté du langage. Il présente ce premier volume comme un essai (survol de l'histoire), une provocation (thèses avancées sans preuves pour susciter les objections, la philosophie étant « une fiction ») et une esquisse théorique d'un pouvoir qui ne serait pas essentiellement répressif mais producteur. Interrogé sur la clarté de son langage, il y voit une habitude de pédagogue et une exigence de ne pas s'enfermer dans une « franc-maçonnerie » de spécialistes ; il ajoute que l'obscurité est souvent « une espèce de lâcheté théorique » qui permet d'esquiver la critique, et « l'envers de la terreur » qui règne dans les milieux politico-intellectuels parisiens, où l'on dénonce plutôt que de discuter.

Excerpts

“« Le pouvoir n'est pas fondamentalement ce qui dit non »”

“« je dirais que la sexualité a été inventée »”

“« l'obscurité me paraît être l'envers de la terreur »”