MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Artesquieu/Vercors

Vercors

écrivain et dessinateur, auteur du « Silence de la mer », cofondateur des Éditions de Minuit clandestines

Vercors - Entretien sur l'origine des Éditions de Minuit et son livre "Le silence de la mer"

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: full (une émission d'environ vingt minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout dans les passages sur l'éthique et sur Malraux, et dans les lectures ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Les Éditions de Minuit, de la clandestinité à la liberté. Le présentateur rappelle que la plupart des jeunes maisons d'édition parisiennes sont nées pendant la guerre, mais que « le plus beau tour de force » est la création, en plein Paris occupé, des Éditions de Minuit clandestines, qui ont publié vingt-cinq ouvrages malgré la censure allemande (« Le Cahier noir » de Mauriac, les anthologies d'Éluard, « Le Temps mort » (auteur dont le nom est déformé dans le transcript), « Le Musée Grévin » d'Aragon, « Le Silence de la mer » et « La Marche à l'étoile » de Vercors). Vercors, dessinateur avant la guerre, dit avoir fondé les éditions en 1941 en publiant « Le Silence de la mer » ; il fallait savoir s'il serait suivi, et ce n'est qu'un an plus tard que les premiers manuscrits sont arrivés. À la Libération, la maison a continué parce que sa mission n'est pas terminée : elle a défendu de 1940 à 1944 l'homme contre l'oppression et la tyrannie, et doit désormais sauvegarder le destin de l'individu dans une société qui, quelle que soit la forme politique qui triomphera, sera de plus en plus collective, y compris dans les démocraties.

Une nouvelle éthique. Vercors estime que notre morale reste celle de l'individu entièrement libre, mais que des mots comme liberté, justice, égalité ou vérité doivent prendre un sens nouveau, que l'on devine sans le connaître encore ; la maison veut réunir les écrivains tourmentés par ce problème. Il n'y a pas de forme littéraire qui ne doive participer à cette recherche, qui ne peut pas être seulement rationnelle : le roman et la poésie ont autant à dire que la sociologie ou la philosophie, et le langage lui-même est mêlé à cette recherche.

Langage, liberté et poésie (Lescure). Lescure ajoute que l'exercice du langage n'apparaît plus à la jeune littérature comme un divertissement : le langage est le lieu de la communication humaine et, en établissant des « monuments » d'une situation momentanée de l'homme, il atteste la continuité humaine et constitue l'histoire. Il oppose la conception technique ou scientiste de l'histoire, née en Europe au XIXe siècle, à la conscience actuelle de l'homme européen, dont la liberté tient à la connaissance de sa situation tragique ; il évoque les conférences de Malraux à l'UNESCO et à la Sorbonne, les philosophes publiés chez Minuit (Gaston Bachelard, Karl Jaspers, en projet) et les écrivains engagés, et soutient que dans la poésie moderne les critères esthétiques ont été remplacés par des critères éthiques : l'acte poétique est devenu une discipline, comme chez Picasso (selon Malraux) où ce qui compte n'est plus l'œuvre mais la succession des œuvres, engagement du peintre dans la découverte du monde. Il lit deux poèmes de son prochain recueil, « Anatomie du secret », écrit en pensant à sa fille (titre et attribution à confirmer, le transcript étant déformé).

Le Silence de la mer. L'émission se termine par un extrait du récit de Vercors : une maison de campagne où vivent un vieil homme et sa nièce, sous l'Occupation, et où un officier allemand cultivé et francophile (Werner von Ebrennac), qui parle chaque soir sans recevoir de réponse, découvre à Paris la manière dont ses amis comprennent la collaboration, perd ses illusions et demande à partir pour le front ; la dernière scène décrit son adieu (« Je vous souhaite une bonne nuit »), le silence maintenu des deux Français et le regard de la jeune fille, dont il n'obtient qu'un mot murmuré, avant de partir en souriant.

Excerpts

“« Elles ont défendu l'homme contre l'oppression, contre la tyrannie. »”

“« Il n'est pas une seule forme littéraire qui ne doive participer à cette recherche. »”

“« Je vous souhaite une bonne nuit. »”