Magritte, René
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Core ideas
Le commentaire ouvre sur l'idée que les villes les plus habituelles réservent des spectacles inhabituels : une « machine insolite » sur une place de Bruxelles, un promeneur d'apparence respectable, une porte derrière laquelle « il y avait le monde de René Magritte ». Le film invite à « passer la porte des habitudes » et à se demander s'il faut se fier aux évidences : « ceci n'est pas une pipe » (parce qu'il s'agit d'une peinture), pourquoi une locomotive ne sortirait-elle pas d'une cheminée, une pomme dans une petite chambre comme « locataire encombrant ». Ces images ne s'expliquent pas : de l'autre côté du miroir se découvre « une autre logique, la logique de la poésie », qui délivre des habitudes (« l'habitude nous rend aveugle »). L'art de Magritte part de la réalité évidente mais dérange vite l'habitude de voir au profit d'une nouvelle évidence ; Magritte explore la zone où rêve et réalité s'unissent en une « réalité nouvelle, supérieure », que Breton disait donner au surréalisme « ses premières et dernières dimensions ».
Le film le montre chez lui, bourgeois paisible dans une maison de petits objets banals (meubles Louis XV, valse au piano de son frère Paul, chien loulou, son épouse Georgette). Patrick Waldberg explique pourquoi son livre commence par Fantômas, feuilleton lu dans l'enfance de Magritte, qui défiait l'ordre du monde et donnait aux choses un sens qui échappe à tout contrôle ; l'effet de la peinture de Magritte, devant des objets simples qui deviennent « autres », a été à l'époque « insoutenable » pour un public qui l'a traité de tous les noms, car il violait des lois physiques avec des objets ressemblants : « l'homme qui dérange, mais en même temps exalte ». Magritte raconte son premier souvenir (une caisse près de son berceau, « très mystérieuse »), sa rencontre à quatorze ou quinze ans, dans un carrousel-salon de fête foraine à Charleroi, de la petite fille Georgette, devenue sa femme et dont les figures féminines de ses toiles rappellent le visage ; Waldberg le présente comme un homme gentil, indifférent, intelligent et volontairement limité, ami des poètes comme Louis Scutenaire, et dit que pour s'évader « il s'est servi de sa prison » : vivant dans une petite maison de petits-bourgeois entourée d'objets banals, il les libère en les transformant, en « les obligeant à devenir sensationnels », utiles au cœur et à l'esprit plutôt qu'aux mains.
Le peintre (ou l'un des intervenants qui lui répondent, la transcription ne distingue pas toujours les voix) précise la conception de la poésie : il y a un sentiment « familier » de la poésie, celui des touristes qui vont chercher très loin une poésie qu'ils connaissent d'avance, alors que le familier peut être l'occasion de découvrir une poésie inconnue. Il dit ne pas parler de peinture mais de « pensées images » : chaque chose est le fruit d'une illumination qui révèle le mystère du monde à travers elle ; « toute chose visible cache autre chose de visible » (porte ouverte sur le ciel ou la nuit). Ses titres (deux pommes portant un loup, « Le Prêtre marié ») doivent surprendre autant que l'image, sans lien rationnel, avec une « correspondance poétique ». Il reconnaît que les images peuvent susciter l'angoisse (une pierre en suspens dans le ciel) ou la joie, car le mystère est inconnaissable, et l'inconnaissance peut être joie ; les hommes ont un désir ancien de voir les objets là où ils ne sont pas d'habitude. Le film se termine par la fresque circulaire du casino de Knokke-le-Zoute (Le Domaine enchanté), où chaque image est prolongée d'un texte de Paul Colinet (oiseaux au chant pour feuillage, pommes visiteuses sur le rivage, tour penchée soutenue par une plume), avec une citation de Henri Michaux sur l'oiseau traversé par les nuages et un commentaire : les visionnaires imposent une nouvelle vision du monde, et un autre monde gravite autour du monde visible.
Excerpts
“« Il y a un sentiment familier de la poésie, que par facilité j'appellerai le sentiment des touristes, qui vont chercher très loin la poésie, et la poésie qu'ils trouvent, ils la connaissent d'avance. Il s'agit d'une poésie familière donnée par des choses très étrangères, alors que le familier peut être l'occasion de découvrir la poésie qui n'est pas familière, la poésie inconnue. »”
“« Pour que le titre soit à la hauteur de l'image, il faut qu'il surprenne aussi le spectateur et qu'il ait une sorte d'évidence en lui-même, mais qu'il corresponde au tableau non pas d'une manière rationnelle, pas d'une manière logique, mais par une correspondance poétique. »”
“« Je ne crois pas que le mystère soit quelque chose de connaissable : c'est l'inconnaissance, et il se peut que cette inconnaissance provoque chez nous de la joie également. Et lorsque nous rencontrons une image de l'inconnu [...] nous sommes là pour nous désirer, nous trouver. »”