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Norén, Lars & Martinelli, Jean-Louis

Norén, Lars: dramaturge et metteur en scène suédois

Martinelli, Jean-Louis: directeur du Théâtre Nanterre-Amandiers, metteur en scène de plusieurs pièces de Norén

Lars Norén - Entretien sur sa pièce "À la mémoire d'Anna Politkovskaïa" (Tout arrive !)

Artesquieu · Mar 25, 2023 · partial coverage

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Coverage note: full pour l'entretien avec Norén et Martinelli ; les autres parties (table ronde, journal, chronique) sont résumées brièvement

Core ideas

Table ronde littéraire. Trois critiques (Valérie Marin la Meslée, Antoine Guillot et un troisième intervenant, d'après la transcription) discutent de Ce que le jour doit à la nuit de Yasmina Khadra (Julliard) et de C'était notre terre de Mathieu Belezi (Albin Michel), deux romans sur l'Algérie coloniale. Le Khadra, saga d'un jeune Algérien rebaptisé Jonas, partagé entre deux communautés, de 1930 à 1962 avec un épilogue contemporain, divise : l'un loue les formules et la finesse d'une vision de la décolonisation, d'autres jugent le style grandiloquent, archaïsant et les métaphores « navrantes », avec des personnages qui parlent tous « comme des académiciens » ; le Belezi, polyphonique, voix de colons, de morts et de fantômes, du point de vue de la famille de colons, est salué comme un roman de grande ampleur qui « dérange », malgré quelques stéréotypes, avec le personnage de la domestique algérienne comme figure discutée.

Entretien avec Lars Norén. Norén, qui a commencé par la poésie (une quinzaine d'années) et deux romans avant le théâtre, explique que le théâtre est pour lui « un instrument pour essayer d'avoir une influence sur la société » : certaines de ses pièces, montées en Suède, ont été montrées à des ministres et au Parlement, et il pense qu'un spectateur présent devant la scène est « obligé de regarder », contrairement au documentaire ou à l'enseignement sur le nazisme, « plus facile à fermer les yeux » ; il ne croit pas que le théâtre change les gens immédiatement mais qu'on peut « poser un petit grain ». Sa nouvelle pièce, dédiée à Anna Politkovskaïa (assassinée le 7 octobre 2006), ne parle pas d'elle : le titre est un geste de mémoire, dit-il, persuadé que ni ses assassins ni la vérité ne seraient trouvés. Elle n'est pas située (Tchétchénie, Bosnie, guerre de Troie, « toutes les guerres ») : ce qui l'intéresse, c'est qui survit et qui ne survit pas, une question qu'il dit avoir posée aussi en montant Hamlet, et la force, « au-delà de nous », qui fait qu'on veut continuer. Il décrit un monde moins porteur d'espoir : « c'est peut-être le texte le plus noir que j'aie jamais écrit, l'espoir et la lumière ne sont pas dans la pièce, mais éventuellement chez le spectateur ». Il évoque la question de la violence (viol, enfants), la difficulté de vivre « en groupe » sans protection (prison, marché, hôpital) et des réfugiés qui reconstruisent une société à partir d'une culture perdue ; il refuse de manipuler les émotions (« pas de musique ») pour que le spectateur soit prêt à recevoir la violence et à réfléchir, et dit ne pas savoir si montrer la violence « confirme » le problème ou lutte contre.

Martinelli et Clinic. Martinelli, qui a monté Catégorie 3.1, Kliniken (Clinique), Détails, voit chez Norén un théâtre de « grand témoin du monde » à hauteur d'homme, qui cherche « la part d'humanité » dans les marges (sans-papiers, enfants rejetés, malades d'un hôpital psychiatrique) sans donner de leçons, dans une filiation avec Ibsen (théâtre intime et politique). Il reprendra Clinique aux Amandiers début novembre, avant une tournée ; un extrait de 2007 (« je suis née morte ») et un extrait de la nouvelle pièce (une femme raconte son enfance abusée) sont diffusés. Une journaliste de l'équipe (Sophie Joubert) dit avoir vu un filage, touchée « jusqu'à la nausée » mais sans « chantage émotionnel », et décrit la mise en scène comme un montage cinématographique avec plusieurs espaces de jeu. Interrogé sur ses limites, Norén dit être peut-être arrivé à la sienne avec cette pièce ; l'animateur annonce qu'il mettra en scène Pur au Vieux-Colombier au printemps.

Autres éléments de l'émission. Le journal d'actualité du 6 octobre 2008 traite de la chute des Bourses (le plan Paulson, le sauvetage de Hypo Real Estate, BNP Paribas reprenant Fortis, la réunion des ministres des Finances de la zone euro, les parachutes dorés), de la campagne américaine Obama-McCain, de l'ouverture du procès de l'« Angolagate » et du Nobel de médecine à Barré-Sinoussi, Montagnier et zur Hausen ; la chronique de Jean-Louis Ézine plaisante sur la tarte aux fraises de l'Élysée de Giscard.

Excerpts

“« Pour moi, le théâtre est un instrument pour essayer d'avoir une influence sur la société. [...] Si on voit un documentaire, c'est plus facile de se cacher. On regarde le nazisme à l'école par exemple, et tout le monde dit : on l'a déjà vu, on connaît, et c'est plus facile de fermer les yeux. Alors que là, lorsqu'on est devant la scène, on est obligé de regarder. »”

“« Ce qui est important pour moi, en tant que metteur en scène et auteur, c'est de regarder qui survit et qui ne survit pas, pourquoi certains survivent et d'autres non, et ceux qui survivent, souvent ils veulent être là pour pouvoir témoigner, en parler. [...] Je pense qu'il y a quelque chose au-delà de nous, pas quelque chose de religieux, mais quelque chose qui fait que l'on veut toujours continuer, on veut avancer. »”

“« C'est peut-être le texte le plus noir que j'aie jamais écrit. L'espoir et la lumière ne sont pas dans la pièce, mais ils sont éventuellement chez le spectateur. [...] Je ne veux pas non plus jouer avec les émotions, je ne souhaite pas manipuler : c'est pour cela qu'il n'y a pas de musique non plus. Je veux que le spectateur réfléchisse. »”