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Harmange, Pauline

écrivaine et féministe, autrice de Moi les hommes, je les déteste, Seuil, 2020

Pauline Harmange - Entretien sur la misandrie

Artesquieu · Jun 8, 2024 · partial coverage

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Coverage note: full pour les segments consacrés à Pauline Harmange ; l'émission mêle ces entretiens à des sketches satiriques (micro-trottoirs, quiz sur le lexique féministe, chronique finale parodique d'un chroniqueur jouant un rôle de « mansplaineur »), résumés ici uniquement pour leur contexte

Core ideas

Pauline Harmange revient sur la controverse suscitée par la parution de son essai Moi les hommes, je les déteste : le jour même de sa sortie, en ligne uniquement dans une petite maison d'édition, l'éditeur reçoit un courriel d'un fonctionnaire du ministère chargé de l'Égalité femmes-hommes qualifiant le livre d'« appel à la haine » et sommant son retrait sous peine de poursuites — épisode qu'elle qualifie de tentative d'intimidation plutôt que de censure véritable, et qu'elle relève avoir surtout suscité l'indignation d'hommes n'ayant jamais lu le livre. Elle revient sur l'histoire du terme lui-même, apparu dans les dictionnaires dans les années 1970 à la faveur des luttes féministes, mais longtemps employé comme une insulte disqualifiante contre les féministes et les lesbiennes (« votre avis n'a pas d'intérêt puisque vous n'aimez pas les hommes ») avant d'être plus récemment revendiqué, notamment après le hashtag #NotAllMen apparu aux États-Unis en 2014 et sa réponse #YesAllWomen.

Elle distingue deux définitions concurrentes de la misandrie : celle du dictionnaire Le Robert (« femme qui a de la haine ou du mépris pour les hommes ») et celle défendue par l'écrivaine Chloé Delaume, selon laquelle il ne s'agirait pas d'une haine essentialiste des hommes en tant que tels, mais du rejet du comportement patriarcal — une réponse de défense face aux violences masculines. Harmange se range clairement du côté de cette seconde lecture tout en assumant le titre volontairement choc de son livre comme un moyen de provoquer chez les hommes une remise en question. Son argument central repose sur une asymétrie qu'elle juge décisive : la misandrie, dit-elle, n'a jamais tué personne, contrairement aux violences masculines (féminicides, viols, attentats misogynes) — ce qui justifierait, selon elle, de ne pas traiter les deux phénomènes comme des symétries équivalentes malgré la construction miroir du terme sur celui de misogynie.

Elle présente la misandrie comme potentiellement « salutaire » et libératrice : se détacher du regard masculin et de l'importance accordée à la validation des hommes permettrait, selon elle, de découvrir des aspects de soi jusque-là occultés. Interrogée sur sa propre vie (mariée à un homme), elle distingue plusieurs formes de misandrie compatibles entre elles — le rejet complet de toute relation avec des hommes (lesbiennes politiques, séparatisme), ou l'usage de la misandrie comme un filtre exigeant, réservant son attention aux hommes qui « méritent » d'être fréquentés. Elle développe, en s'appuyant sur la théorie de la « contrainte à l'hétérosexualité » d'Adrienne Rich, l'idée que le couple hétérosexuel serait présenté par la société comme la seule voie d'épanouissement pour les femmes alors que, selon des données qu'elle cite, les femmes les plus heureuses seraient célibataires et sans enfants — les hommes bénéficiant selon elle disproportionnellement du travail domestique et reproductif gratuit de leurs compagnes. Elle défend également la légitimité des espaces non mixtes réservés aux femmes, jugeant paradoxal que des hommes insistent pour y être admis alors qu'ils ne les fréquenteraient pas autrement, et rejette l'argument selon lequel la misandrie desservirait la cause féministe en aliénant des alliés masculins potentiels, rappelant que les mouvements féministes ont historiquement obtenu leurs victoires (elle cite l'exemple du droit à l'avortement) par leur propre mobilisation plutôt que grâce à des hommes providentiels.

Sur ce que peut faire un homme qui se dit féministe, Harmange se montre prudente à l'égard de ceux qui affichent ostensiblement cette étiquette (dans une bio d'application de rencontre, par exemple), y voyant parfois une posture utilisée pour endormir la méfiance des femmes, tout en reconnaissant l'existence d'hommes réellement engagés, souvent moins démonstratifs. Elle insiste sur le fait que le véritable terrain d'action des hommes se situe entre eux — reprendre un ami tenant des propos sexistes, refuser la complicité d'un « comportement de vestiaire », signaler qu'un proche est un agresseur — plutôt que dans la seule écoute des femmes, regrettant une forme d'incohérence chez les hommes qui disent avoir entendu son message sans le traduire en actes concrets dans leurs propres cercles masculins. Interrogée sur une étude évoquée par l'animateur selon laquelle les jeunes hommes seraient aujourd'hui plus sexistes que les générations précédentes tandis que les jeunes femmes seraient plus progressistes, elle se dit inquiète (elle a une fille en bas âge) mais choisit de « cultiver l'espoir », notant que la reprise plus assumée du terme « misandre » chez les jeunes féministes serait elle-même un effet des acquis accumulés par les générations précédentes de luttes.

Excerpts

“« Mes éditeurs ont reçu un email d'un fonctionnaire du ministère de l'Égalité hommes-femmes qui disait que c'était un appel à la haine et qui les a sommés de retirer le livre de la vente immédiatement, au risque de poursuites judiciaires [...] c'est plus une tentative d'intimidation qu'une tentative de censure à proprement parler. »”

“« Le fait que des hommes détestent des femmes, ça aboutit à des violences, à des meurtres, à des viols, alors que les femmes qui détestent les hommes, ça n'a jamais abouti — il y a zéro décès [...] il faut vraiment réussir à mettre en balance la vie des femmes et l'ego des hommes. »”

“« Il y a beaucoup d'hommes qui voudraient montrer aux femmes qu'ils font des choses [...] mais en fait leurs champs d'action, ils sont envers leurs pères, envers leurs frères, leurs copains, leurs collègues — parce que c'est les hommes qu'on écoute encore majoritairement. »”