Yunus, Muhammad
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Core ideas
Avant le livre, Caroline Broué interroge Yunus sur la crise des Rohingyas : près d'un million de réfugiés au Bangladesh, des villages attaqués, une « crise humanitaire de première magnitude » que l'ONU et d'autres qualifient de nettoyage ethnique ou de génocide, avec le coût écologique de la déforestation pour accueillir les camps. Il appelle le monde et le Conseil de sécurité à agir, dit avoir demandé à Aung San Suu Kyi de venir voir ces gens et de les reprendre, et estime que, au lieu de cela, elle soutient les militaires, nie les faits et détruit son capital de sympathie de protectrice des droits de l'homme.
Passant au livre, Yunus dit que la richesse se concentre à un rythme exponentiel (1 % du monde posséderait plus que les 99 % restants), ce qui vide la démocratie et les droits de l'homme de leur sens puisque la richesse est puissance politique et médiatique : il appelle cela « une bombe à retardement ». Il explique que le système capitaliste repose sur une hypothèse erronée, celle d'un être humain égoïste, alors que l'être humain est aussi altruiste, et propose non de démanteler le capitalisme mais de l'ouvrir à cet aspect bloqué par les entreprises sociales (« social business ») qui visent à résoudre des problèmes humains sans distribuer de dividendes, citant des entreprises françaises (Veolia, Danone, Sodexo, Essilor, Renault), un enseignement à HEC, et le projet de faire des Jeux olympiques de Paris 2024 une entreprise sociale (partenariat avec la mairie d'Anne Hidalgo, bâtiment mis à disposition, construction d'équipements utiles aux sans-abri et aux jeunes chômeurs). Il dit que tout être humain est un « entrepreneur né » que le système a fait croire fait pour travailler pour un autre, et que l'intelligence artificielle ne sera pas une menace si chacun est entrepreneur, puisqu'elle sera alors « l'agent de chacun ».
Il explique que la France réagit avec une particulière chaleur à ces idées (il voit dans les élections françaises un signe d'espoir en contraste avec le Brexit et l'élection américaine). Il distingue la philanthropie, qui « maintient l'ordre de la société » et dont l'argent ne revient pas, du social business où l'argent « sort et revient » et peut être réutilisé « un nombre incalculable de fois » ; à propos des nouveaux milliardaires africains évoqués dans la revue de presse, il juge que la philanthropie ne crée pas l'égalité et qu'une fois dans le capitalisme on crée de l'inégalité (il cite la Chine). À la question de savoir pourquoi un patron voudrait créer une entreprise qui ne rapporte pas d'argent, il répond que les entreprises sont faites de gens dont le but de vie n'est pas seulement d'accumuler et que « faire en sorte que les autres soient heureux aussi, c'est un super bonheur » ; il propose de créer, en parallèle d'une entreprise lucrative, une entreprise sociale. Aux critiques qui parlent d'idéalisme ou de vision romantique (comme pour le microcrédit et les « entrepreneurs aux pieds nus »), il répond par la Grameen Bank, lancée en 1976 avec 27 dollars et comptant plus de neuf millions d'emprunteurs au Bangladesh, dont l'objectif de réduire la pauvreté de moitié a été atteint en 2013, deux ans avant l'échéance, ce qui lui fait dire que « zéro pauvreté avant 2030 » est possible.
Excerpts
“« 1 % du monde possède plus de richesses que 99 %. L'an prochain, ce 1 % aura encore plus de richesse : c'est se moquer de la démocratie, des droits de l'homme. Quand tout ce pouvoir, toute cette richesse est concentrée en quelques mains, il n'y a plus de démocratie, parce que la richesse, c'est la puissance. »”
“« L'égoïsme n'est pas inclus dans l'être humain de façon indélébile. On a construit le système capitaliste sur l'idée que l'homme était égoïste, mais moi, je dis que l'homme est aussi altruiste. »”
“« Tout être humain est un entrepreneur né. Le système capitaliste nous a fait croire que les êtres humains ont été créés pour travailler pour quelqu'un d'autre. [...] Vous avez deux options : soit demandeur d'emploi, soit entrepreneur. »”