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Dorgelès, Roland

écrivain, 1885-1973, auteur des « Croix de bois », du « Château des brouillards », du « Réveil des morts » et du « Bouquet de bohème », alors président de l'académie Goncourt

Roland Dorgelès - Entretiens

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (une série d'environ trois heures ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres, les chiffres et plusieurs anecdotes ; les passages incertains sont omis ou hédgés)

Core ideas

Montmartre « village » d'avant 1914. Dorgelès évoque le Montmartre qu'il découvre vers 1900 alors qu'il est élève aux Arts décoratifs : un vrai village (moulins, chaumière, jardins, foin fauché devant le Sacré-Cœur, boulanger, épicier, petit funiculaire « qui ne menait nulle part »), qu'il distingue du Montmartre « d'en bas » des boîtes de nuit et du jazz naissant. Centre de cette vie : le Lapin agile, cabaret du père Frédé, où l'on chante pour payer sa consommation, où Carco débute en chansonnier, où Charles Dullin dit des vers (récit hédgé : il aurait récité devant des lions dans une ménagerie, puis été engagé par un directeur de théâtre un jour de pluie, selon une anecdote que Dorgelès raconte avec humour et dont le détail est incertain). Il raconte le canular du tableau « peint par un âne », attribué à un peintre inventé (Boronali, anagramme d'Aliboron), exécuté en présence d'un huissier avec le pinceau fixé à la queue de l'âne Lolo, exposé à un Salon puis révélé dans la presse ; la vente du tableau a profité à une œuvre caritative.

Les peintres : Bateau-Lavoir, fauves, cubistes, Utrillo. Le Bateau-Lavoir, bicoque de bois où l'on « descend pour monter », a vu passer Gauguin, Renoir (d'après lui), puis fauves et cubistes ; il rappelle que le nom de « fauves » vient d'un critique au Salon d'automne (Derain, Vlaminck, Van Dongen, selon la transcription). À propos de Picasso, il situe l'origine du cubisme dans une réaction contre l'impressionnisme et les salons officiels, raconte les premiers acheteurs (Gertrude Stein, le marchand Sagot, Kahnweiler) et le mot de Picasso à un modèle impatient, « vous commencez à ressembler à mon portrait ». Il insiste sur le soutien de Max Jacob et d'Apollinaire, ainsi que sur le père Angély, un acheteur aveugle, et sur l'injustice des destins (le fils de Valadon, Utrillo, ses crises, sa peinture de cartes postales et la manière dont les marchands de vin auraient pu le sauver). Il rend un hommage ému à Max Jacob, mort à Drancy sous l'Occupation (« le bienheureux Max de Drancy »).

Bohème, misère et mystifications. Dorgelès décrit la bohème comme faite d'insouciance et de confiance entre camarades (« chacun était persuadé que son camarade arriverait »), mais dresse aussi un bilan plus sombre (suicides, morts à l'hôpital ou au cabanon, un chiffre que le transcript donne de façon approximative) et évoque des figures oubliées, dont le peintre Jacques Vaillant. Il raconte ses canulars au Louvre : une fausse tête antique, étiquetée « fouilles de Délos », déposée dans une vitrine par un jeune sculpteur (Buzon, nom à vérifier), puis démasquée par lui devant un photographe, et le rasage devant le portrait de Rembrandt protégé par une glace qui faisait miroir ; il se dit soupçonné, au moment du vol de la Joconde, d'en être l'auteur.

Le journalisme comme école. Devenu journaliste par hasard (un ami de son père dirigeait une agence d'information de province), il a fait chambre des députés, chronique judiciaire, faits divers, théâtre, et y voit « une excellente école » pour un écrivain : « l'homme ne s'invente pas, il s'observe ». Il évoque une campagne pour un instituteur condamné qu'il croyait innocent, une enquête humoristique sur les petites annonces (une fausse annonce de mariage, puis une fausse annonce pour un « travail délicat » qui attire des candidats à l'assassinat), la leçon des interviews (ne pas prendre de notes devant l'interlocuteur), l'anecdote de l'ambassadeur ottoman, la présentation à Clemenceau (qui dirige L'Homme libre) et la proposition fantasque au comédien Firmin Gémier de reconstituer le Parlement sous chapiteau. Sa première pièce, un acte, a été « la première victime de la grande guerre » : la répétition générale tombait le jour de la mobilisation.

La guerre, les prix, la fatalité. Réformé, il s'engage avec enthousiasme en 1914 ; il raconte comment un discours de Clemenceau envoyé au front l'a protégé de ses supérieurs, puis décrit la tranchée comme « une grande leçon de fraternité » qu'il a voulu transmettre dans Les Croix de bois. Il évoque ses reportages (Le Réveil des morts), ses voyages (Indochine, où il admire l'œuvre accomplie tout en prévenant en 1925 que la France y perdrait son empire si elle ne donnait pas plus de droits aux indigènes ; l'Allemagne nazie, d'où le livre Vive la liberté, et l'anecdote d'un télégramme de vœux à Hitler pour son anniversaire, signé de lui et de Pierre Benoit). Il raconte avoir raté le Goncourt et s'en féliciter après coup à cause du sort fait à Proust, puis son rôle de président de l'académie Goncourt : délibérations souvent houleuses (Céline, Malraux), prix utile parce qu'il donne sa chance à un écrivain. La dernière émission, sombre et humoristique, porte sur la guerre comme fatalité (il cite Adam et Abel), l'héroïsme des tranchées et de la Résistance, l'exode de 1940, et la menace de la bombe atomique, qu'il imagine pouvoir être déposée par un « petit inventeur » à la consigne d'une gare ; il conclut sur l'image d'un singe et d'une guenon contemplant un monde calciné.

Excerpts

“« J'ai toujours eu pour devise : tout est grave, rien n'est sérieux. »”

“« Vous commencez à ressembler à mon portrait. »”

“« La leçon que nous avons rapportée, c'est une grande leçon de fraternité. »”