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Michon, Pierre

écrivain

Pierre Michon - Entretiens (A voix nue)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits très déformée, surtout les noms propres, quelques titres et phrases entières ; les passages incertains sont omis ou signalés)

Core ideas

Dans la première partie, Michon parle de la maison d'écart de ses grands-parents, où il est né : lieu devenu « mythologique » par l'écriture, à la fois maison natale, « tombe » et « réservoir de deuil » dont il lui fallait se libérer. « Vies minuscules » est né d'un double mouvement : redoubler le deuil (de sa mère, de ses grands-parents, de destins perdus sur cinq ou six générations) pour en finir avec lui, en mettant ces vies sur un « théâtre sacré » (il parle de « Sophocle »). Il raconte que sa mère, avant de mourir, tenait le livre sur sa civière « comme un livre de prières ». Pour lui, l'écriture est une technique de célébration qui exige un sacrifice et de la beauté (« sinon le sacrifice ne sert à rien »), il croit qu'on ne peut pas dire le vrai sans mentir (« le langage ment ») et assume « mentir vrai ».

La deuxième partie est centrée sur Victor Hugo, et surtout sur le poème « Booz endormi », qu'il a entendu à l'école de village et auquel il revient sans cesse (poème sur la paternité sans toute-puissance paternelle, le rêve, la filiation, la moisson, la lune, et pour lui une scène sexuelle latente), en lien avec la mort de sa mère et la naissance de sa fille. Il évoque son livre « Les Deux Corps du roi », qui reprend l'idée de Kantorowicz appliquée aux écrivains : un corps de la littérature (qui ne meurt pas) et un corps putrescible (la vie, la souffrance, la souffrance mise en phrases) ; il y met Beckett, Flaubert et d'autres. Il dit avoir été « mal » servi par Flaubert, Baudelaire et Mallarmé, qui auraient fait un « sale coup » en faisant croire qu'écrire exige de ne pas vivre (un « narcissisme négativiste »), tout en leur devant de belles œuvres.

La troisième partie traite de la « violente liberté » : il se dit libre quand il écrit, entre angoisse et joie, et assume d'écrire peu (« j'ai écrit beaucoup moins que la plupart des gens qui écrivent, mais j'ai bu beaucoup plus que la plupart des gens qui boivent »). Il explique qu'il lui faut une instance absente, un « grand tiers » (Dieu, ou le langage humain porté au point de foudroiement), sans laquelle la littérature ne « tient » pas, rapproche la poésie de la prière (Lamartine), parle de sa passion pour les « abbés » (figures de passeurs entre littérature et science, héritées de la IIIe République), et raconte avoir senti, près du cadavre de sa mère, revenir le « Frères humains » de Villon. La quatrième partie revient sur « Booz endormi » (lu en entier) et sur les thèmes de la naissance de sa fille (liberté « de mourir », otage donné à la mort), de la joie qui porte les vies perdues, d'un vocabulaire qu'il veut désormais plus simple (celui de « Vies minuscules » était « gavé » de mots rares), de Borges qui l'« empêche », et de la contingence : il dit n'avoir « rien compris » à la vie, comme Hugo, Flaubert, Beckett ou Rimbaud. Il évoque aussi son père, vu une seule fois enfant, absent, et la présence de petites filles dans ses textes.

La dernière partie se tient en extérieur, devant la maison natale et dans le paysage : lanterne des morts, rituel de la Pentecôte (le curé « habité par les langues »), nom de lieux de « Vies minuscules ». Il y rend hommage à ses personnages (Alexandrine, dont le nom est transcrit « Décembre », aimée de ses enfants, morte d'une cirrhose après une transfusion ; un homme du pays qu'il a beaucoup aimé et dont le nom est déformé ; un curé qui aimait les motos, les femmes et Dieu), dit qu'il se sent « comme les autres », et conclut sur le mot « fénière » (grange à foin) et la présence au monde.

Excerpts

“« L'écriture est une technique de célébration. Il faut que les techniques pour célébrer le sacrifice soient belles, sinon le sacrifice ne sert à rien. [...] Il faut écrire en se disant : attention, toutes ces vies, on les a bousillées. Il ne faut pas que tu les rendes loups, il faut que tu sois leur auteur. »”

“« Dès que le langage s'empare de quoi que ce soit, ils mentent : ils tournent autour de la vérité sans cesse, dans des directions différentes. [...] On ne peut pas dire le vrai sans mentir. C'est ça, la liberté d'écrire : comment faire usage de sa liberté sans être à la fois totalement dans le vrai et totalement dans le faux. »”

“« On ne peut pas s'en sortir sans un grand tiers. Alors pour moi c'est sûrement la littérature qui joue ce rôle. Mais qu'est-ce que la littérature, sinon le langage humain à son point de foudroiement ? Qu'est-ce que Dieu sinon les tables où le langage humain foudroie la pierre ? »”