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Ricoeur, Paul

philosophe, 1913-2005, auteur du « Conflit des interprétations », de « Temps et récit », de « Du texte à l'action » et de « Soi-même comme un autre »

Paul Ricoeur : Entretiens (A Voix nue)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (une série d'environ quatre heures ; transcription automatique par endroits très déformée, surtout les noms propres, les titres et certaines réponses rapides ; les passages incertains sont omis ou hédgés)

Core ideas

Années d'apprentissage (épisode 1). Orphelin de père (tué à la guerre en 1915) et de mère (morte quelques mois après sa naissance), Ricoeur est élevé par ses grands-parents protestants, plongé tôt dans la lecture ; il doit à son maître de philosophie Roland Dalbiez un précepte de rigueur (aborder la difficulté de front) et rattache à cette enfance un sentiment précoce de scandale devant la guerre de 14-18 et le traité de Versailles. À Rennes puis à Paris (agrégation en un an), il rencontre Emmanuel Mounier et surtout Gabriel Marcel (entretiens du vendredi), puis Husserl et la théologie de Karl Barth : il se décrit comme placé « entre deux influences », d'où la formule du « conflit des interprétations ». Il insiste sur l'autonomie de l'argumentation philosophique vis-à-vis de sa foi biblique (une allégeance historique, « un destin transformé en choix », face à l'universel de la raison grecque) et s'irrite qu'on le présente comme « philosophe protestant » plutôt que comme philosophe et protestant.

Philosophie allemande, captivité, retour (épisode 2). Prisonnier de guerre de 1940 à 1945 (« cinq années de lecture »), il lit toute l'œuvre de Karl Jaspers (avec son ami Mikel Dufrenne, transcrit « Michel Dufresne ») et traduit Husserl dans les marges de son exemplaire. Il reproche rétrospectivement à Heidegger l'absence d'éthique et de politique, loue Jaspers pour son livre sur la culpabilité allemande, et prend ses distances avec Barth et Bultmann sur la question du langage de la foi. Rentré de captivité, il enseigne trois ans au Chambon-sur-Lignon (influence des quakers, pacifisme), retrouve la revue Esprit, écrit ses thèses (Le Volontaire et l'involontaire, en regard de Merleau-Ponty), et s'écarte de Sartre pour trois raisons : le primat du négatif, l'athéisme et le défaut de rigueur conceptuelle.

Existence, structuralisme, herméneutique (épisode 3). Ricoeur retrace l'histoire du mot « existence » (Kierkegaard, Jaspers, Marcel), refuse l'alternative « existence ou objectivité » et propose de confronter comprendre et expliquer : il accepte l'analyse structurale légitime (en linguistique avec Benveniste, qui place la phrase prononcée par un sujet avant le mot du lexique ; sur les mythes avec Lévi-Strauss, qu'il qualifie de « kantisme sans sujet transcendantal ») mais récuse le structuralisme comme système philosophique exclusif. Pour lui « le texte grandit avec ses lecteurs » et le sujet n'est pas le point de départ (contre l'immédiateté cartésienne du cogito) mais « le point d'arrivée », après le détour par les sciences humaines. Il évoque son engagement pour l'indépendance de l'Algérie (sans signer le manifeste des 121), mai 1968, le doyenné de Nanterre et sa démission quand la police a été installée sur le campus.

« Soi-même comme un autre » (épisode 4). Le livre est organisé autour de quatre questions : qui parle ?, qui agit ?, qui raconte ? (identité narrative), qui est responsable ?, et du mot « soi » (réflexif, non marqué par le sexe). Interrogé sur l'absence de la différence sexuelle, Ricoeur répond que ce n'est pas un angle qu'il a travaillé (hypothèse d'une structure anthropologique commune) et que la question est légitime. Il insiste sur la pluralité (« d'abord nous, puis tu, puis je »), sur la nativité (Hannah Arendt) plutôt que l'être-pour-la-mort, sur le paradis perdu lu comme préface mythique plutôt que comme origine, et distingue trois moments de l'éthique : le désir d'accomplissement (aristotélicien, visée de la vie bonne), l'obligation (norme, interdit du meurtre, respect), puis la sagesse pratique devant le tragique de l'action ; il se rapproche de Levinas tout en refusant que l'autre apparaisse comme un deus ex machina.

Post-socialisme, héritage, passions (épisode 5). Il juge que le temps du socialisme (ou de la social-démocratie) reste ouvert car le marché libre ne résout pas ses contradictions (inégalités, chômage structurel) ; il distingue le marché des biens non marchands (éducation, santé, sécurité, citoyenneté) et la communauté (héritages et projets) de la société. Il défend l'idée que le passé est riche de « projets non accomplis » (l'utopie n'est pas une table rase) et refuse que l'héritage devienne un attribut d'identité nationale. Il parle de ses passions (voyages, musées, sculpture, Schönberg et Moïse et Aaron, le Tour de France plutôt que le football, le théâtre « événement singulier »), de son impossibilité d'écrire de la fiction (« je suis tributaire de l'imaginaire des autres »), du deuil d'un fils et d'une sœur, et de ses projets : une exégèse biblique (avec Paul Beauchamp) et une réflexion sur le droit et la morale, avec l'indignation devant l'injuste comme boussole.

Excerpts

“« Le texte grandit avec ses lecteurs. »”

“« Le sujet, pour moi, est le point d'arrivée, c'est le retour chez soi. »”

“« Un héritage, il faut le faire fructifier : payer sa dette, c'est fructifier. »”