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Gracq, Julien

écrivain

(Vidéo) Julien Gracq parle de Chateaubriand (Portrait souvenir)

Artesquieu · Feb 3, 2025 · partial coverage

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Coverage note: full, épisode très court (extrait d'archive de quelques minutes)

Core ideas

Gracq développe une lecture de Chateaubriand comme un écrivain qui ne se sentait « justiciable que de l'histoire », vivant intensément le sentiment tragique et poétique de son rapport à son époque. Il identifie la solution singulière que Chateaubriand aurait trouvée à ce rapport au temps : ni le retrait hors de son siècle, ni l'engagement pur (bien qu'il ait été ministre, ambassadeur, exilé et emprisonné, activement mêlé aux luttes politiques de son temps), mais sa vie elle-même telle que racontée dans les Mémoires d'outre-tombe — un objet littéraire que Gracq juge sans équivalent dans la littérature. Il souligne que Chateaubriand lui-même reconnaissait, y compris durant ses fonctions ministérielles, que « ses songes » constituaient la part essentielle à préserver, l'histoire demeurant pour lui un environnement dont il ne pouvait ni s'abstraire ni se passer, y compris sur le plan proprement poétique.

Il illustre cette fusion par la composition même des Mémoires, où un épisode personnel se prolonge sans rupture en un chapitre d'histoire objective, ou inversement où un récit historique détaché est brusquement traversé par une réflexion autobiographique (« à ce moment j'étais à Berlin », « à ce moment j'étais à Londres ») — une circulation, selon Gracq, absolument libre entre la vie d'un individu et l'histoire d'une époque, qu'aucun autre livre n'atteint avec une telle intégralité. Il invite à comprendre plutôt qu'excuser les déformations biographiques reprochées à Chateaubriand : cette « vie revue et corrigée » doit être lue comme une vie délibérément exemplaire, étirée pour coïncider presque absolument avec son temps.

Gracq conclut sur ce qui aurait fait de Chateaubriand le portraitiste parfait de son époque déchirée (Révolution et Empire, camps irréconciliables) : Chateaubriand est lui-même un homme divisé, ayant vécu dans les deux camps (émigration, retour dans la France napoléonienne, pilier de la Restauration), mais surtout divisé dans son esprit — fidèle de la monarchie par naissance, intérêts de caste, souvenirs, famille et religion, jusqu'à une ostentation parfois gênante pour les régimes qu'il servait, tout en étant, selon la formule de Gracq, un « transfuge de cœur » dont le sens de la poésie, de la grandeur et le pressentiment de l'avenir penchaient du côté opposé.

Excerpts

“« On voit constamment dans les Mémoires d'outre-tombe un épisode de sa vie tout à fait personnelle qui se prolonge sans solution de continuité en un chapitre d'histoire tout à fait objectif [...] il n'y a aucun livre peut-être où on trouve autant de portes battantes entre la vie d'un individu et l'histoire d'une époque, une circulation absolument libre. »”

“« Cette biographie qui est une biographie déformée, qui est une vie revue et corrigée, en réalité il faut la prendre comme une vie exemplaire — une vie exemplaire parce qu'elle a voulu s'étaler, s'étirer de telle sorte qu'elle coïncide à peu près absolument avec son temps. »”

“« Il est lié à l'Ancien Régime par sa naissance, par ses intérêts de caste, par ses souvenirs, par sa famille, par la religion aussi bien entendu — mais en fait il est ce que j'appelle un transfuge de cœur : le sens de la poésie, le sens de la grandeur, le pressentiment de l'avenir sont peut-être, ainsi que ses vœux, de l'autre côté. »”