Bachelard, Gaston
▶ Watch on YouTubeCoverage note: partial (un entretien d'environ dix minutes ; transcription automatique très déformée par endroits, surtout dans les réponses de Bachelard ; seules les idées nettement reconnaissables sont reprises, le reste est omis)
Core ideas
Deux versants d'une œuvre : science et rêverie. L'intervieweur situe le nouveau livre dans la « double production » de Bachelard : d'un côté la philosophie des sciences, plus difficile d'accès, de l'autre une sorte de métaphysique de l'imagination. Bachelard répond que La Poétique de l'espace appartient à la seconde ligne, celle de ses ouvrages sur la rêverie poétique (les livres sur l'eau, la terre, le feu), et qu'il aurait pu lui donner un sous-titre comme « la physique d'un rêveur ». Il distingue ce livre d'un travail antérieur sur l'expérience de l'espace dans la physique contemporaine : ici, l'espace est un refuge, un lieu de protection où l'on va non pas penser mais rêver.
Une enquête de sensibilité, non une démonstration. Il présente son livre comme un livre de philosophie « un peu fantaisiste où on ne démontre rien », qui suggère quelques bonnes façons de « bien habiter sa maison ». Il dit n'être pas poète lui-même et ne pouvoir « habiter poétiquement » un espace à lui seul : tous ses livres sur l'imagination se font donc à partir de documents pris chez les poètes (le mot étant pris très largement, y compris pour des romanciers, dont il cite Henri Bosco, avec une orthographe incertaine dans le transcript). Il insiste sur l'absence de pensée scientifique dans cette enquête : il connaît la relativité d'Einstein, qu'il a enseignée, mais ce n'est pas de cet espace-là qu'il s'agit, ni de l'espace infini des grands philosophes : « dans l'infini on n'est pas chez soi ».
Une poétique de l'habitation. Il décrit le livre comme une poétique de l'habitation, dont les chapitres portent sur la maison et l'univers, les tiroirs, coffres et armoires, le nid et la coquille. Il commence « par le commencement » : la maison, et d'abord la chambre, comme un quasi « corps maternel » qui nous reçoit la nuit ; il évoque « l'espace heureux », « l'espace où l'on se pose », la poésie du repos, le grenier (où l'enfant vient bouder, où l'homme solitaire rêve). Le nid, image qu'il juge d'abord banale, est riche de poésies ; la coquille lui a causé « beaucoup de peine » et de lectures, et il évoque le potier Bernard Palissy et son plan de ville fortifiée sur le modèle d'une coquille. Il oppose enfin le mobilier moderne (américain) à la poésie des meubles anciens, en bois, qui gardent un « mystère du terroir ».
Retour sur ses livres précédents. Interrogé sur ses livres consacrés aux quatre éléments, il explique que La Psychanalyse du feu (avec la notion de « complexe » qu'il y décrit, comme le complexe d'Hoffmann) est née d'une lecture psychanalytique de documents sur le feu, et qu'elle prolonge sa réflexion de professeur de physique-chimie sur ce qui empêche l'esprit scientifique de se former, d'où le sous-titre de La Formation de l'esprit scientifique (« contribution à une psychanalyse de la connaissance objective »). Il maintient deux versants séparés : quand il fait un livre scientifique, il ne s'agit pas de faire de la poésie ; la formation scientifique et rationaliste impose une rigueur, tandis que la rêverie est une autre occupation. Il dit que la vie a fait de lui un travailleur qui n'a pas ménagé sa peine, et qu'il lui arrive de recevoir des textes de jeunes poètes inconnus, sur lesquels il réfléchit, ou plutôt rêve, sans se soucier de leur célébrité. À la question de savoir si son livre exprime un bonheur, la réponse est difficilement lisible dans le transcript.
Excerpts
“« Un livre de philosophie un peu fantaisiste où on ne démontre rien. »”
“« Dans l'infini on n'est pas chez soi. »”
“« La poétique de l'espace est une poétique de l'habitation. »”