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Lordon, Frédéric

économiste et philosophe, auteur de « La Politique du capital », « La Crise de trop », « Capitalisme, désir et servitude », de la pièce « D'un retournement l'autre » et de « La Société des affects, pour un structuralisme des passions », éd. du Seuil

Frédéric Lordon (Hors-champs)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un entretien d'environ quarante minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Lordon retrace son parcours : formé à l'économie « classique » (grandes écoles, thèse mathématisée), il dit avoir voulu à l'origine « devenir un winner » avant d'abandonner cette voie pour la critique du monde social, jugeant que l'économie en donne le cadre. Il choisit l'hétérodoxie et la théorie de la régulation (Boyer, Aglietta), pluridisciplinaire et structuraliste (anti-subjectiviste). L'étude d'un conflit entre trois grandes banques françaises à la fin des années 1990 lui fait voir que ce n'est pas seulement la maximisation du profit mais la logique de puissance (le « conatus » de Spinoza, l'effort pour persévérer dans l'être) qui meut patrons et entreprises ; il se plonge alors dans Spinoza (« La Politique du capital »). Il précise qu'il ne s'agit pas de faire de Spinoza un oracle : il faut réélaborer ses concepts et les hybrider avec Durkheim, Bourdieu ou Marx.

Spinoza lui offre une théorie du désir et des affects, individuels et collectifs, et de leur cristallisation en institutions toujours périssables, d'où l'idée qu'une crise est toujours à l'horizon. L'émission passe deux extraits de Bourdieu (la « violence symbolique », la soumission du grand nombre aux dominants expliquée par l'opinion ou l'imagination, la notion d'habitus). Lordon en retient une théorie de l'action : les hommes se comportent comme ils se comportent parce qu'ils sont déterminés à le faire (proposition de Spinoza : ils se croient libres parce qu'ils ignorent les causes qui les déterminent) ; les normes sociales sont des dispositifs d'affection (concept d'« obsequium », le comportement ajusté), et la question n'est pas soumission ou liberté : même la révolution est une détermination à faire autre chose, par des affects collectifs. Il propose un structuralisme « dynamique », où l'indignation (le « point d'intolérable ») doit être contagieuse pour renverser un ordre ; il s'étonne que la crise de 2008, comparable à celle de 1929 en intensité, n'ait pas disqualifié le néolibéralisme mais l'ait au contraire approfondi (« stratégie du choc » de Naomi Klein), avec des manifestations très codifiées.

Interrogé sur ses positions, il maintient sa thèse que l'économie sans Bourse fonctionnerait mieux (il rappelle la période 1945-1985, croissance à 5 % et plein emploi avec une finance contrainte) et défend le retour aux monnaies nationales comme conséquence quasi inévitable de toute tentative de transformer l'euro, conçu selon lui pour satisfaire les marchés financiers ; il refuse que ce thème soit laissé au Front national, qui capterait les thèmes de gauche, et plaide pour le retour à la souveraineté populaire, héritée des Lumières, et pour une définition de la nation par la citoyenneté (il cite l'article 4 de la Constitution de 1793), ouverte aux travailleurs clandestins qui paient impôts et cotisations, et non aux évadés fiscaux. Il refuse enfin de se lancer en politique (« je serais une calamité ») et rappelle sa pièce en alexandrins sur la crise financière.

Excerpts

“« Les hommes se comportent comme ils se comportent parce qu'ils sont déterminés à se comporter ainsi. [...] Les hommes se trompent quand ils se croient libres : opinion qui consiste en ceci qu'ils sont conscients de leurs actes et ignorants des causes qui les déterminent. »”

“« Nous ne sommes pas plus libres, ou pas moins déterminés, quand nous faisons la révolution que quand nous nous arrêtons au feu rouge : nous sommes déterminés à faire autre chose, c'est toute la différence. »”

“« La souveraineté populaire, c'est la capacité d'une communauté politique à décider collectivement de son propre destin. C'est une idée qui nous a été léguée par les Lumières, par la Révolution française, et je refuse qu'on nous la vole. »”