Camus, Renaud
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (environ quarante minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec de nombreuses erreurs de reconnaissance, notamment dans les passages lus ; certains termes que Camus emploie sont devenus méconnaissables et sont omis)
Core ideas
Le paysage, le chemin, la marche. Le documentaire s'ouvre sur la devise « je maintiens » de la maison d'Orange, admirée par la mère de l'écrivain, puis sur la Lomagne, ses châteaux d'eau et ses « sites mineurs ». Camus dit que la beauté des paysages est une invention récente, née du regret quand ils se sont raréfiés (« nous n'aimons que ce qui pourrait nous être ravi »), et que, devant un tableau impressionniste, il faut mettre le nez sur la toile : le réel est « la somme de toute la peinture que vous aurez vue, de tous les livres que vous aurez lus, de tout l'amour que vous aurez reçu ». Pour lui qui a du mal avec la parole, le chemin et le carrefour sont la métaphore fondamentale, mais plus qu'une métaphore : il écrit en marchant. Il se dit proche du personnage de Borges qui veut faire l'inventaire de l'univers, et lie ce désir d'inventaire au goût des généalogies, arborescences qui mènent à des lieux d'extrême solitude.
Journal, secrets, style. Il tient un journal depuis dix ans avec plaisir : une journée qui n'est pas écrite n'est pas vraiment vécue, et le journal est un exercice comparable aux gammes ou aux études de piano, au plus près de l'utopie d'une vie entièrement écrite. Il se dit indifférent aux petits secrets, et définit le mystère d'un être comme ce qui reste quand tous les secrets sont levés. Pour lui l'écriture est toujours un opposition : « toute aspiration à l'art est une inspiration à la solitude », car le style est le contraire de ce qui est commun. Écrire une phrase, même désespérée, est un signe de victoire de la volonté sur la mélancolie, et « l'homme n'échappe à la contingence que par la forme », illustrée par l'inutile et le signe, comme la tour de Pomps éclairée toutes les nuits.
Manières, naturel et sexualité. Camus déplore une dégradation des manières : il y a eu un plus grand respect de l'autre, de l'heure et du lieu, alors qu'aujourd'hui les adolescents emploient le même langage avec tous. « Être soi-même » lui paraît un idéal dangereux, vecteur de vanité ; le soi est « l'objet d'une longue construction comme le naturel, comme l'innocence », et « le sympa, voilà l'ennemi ». Il aime les signes, la héraldique, les drapeaux, les décorations (il cite Valery Larbaud). Il pense que la sexualité est soumise à la même morale que le reste et que le rapport sexuel, même élémentaire, est le rapport social le plus compliqué ; il récuse l'érotisme de Bataille, fondé sur la transgression, car il ne croit à aucun interdit spécifique en matière sexuelle. Il dit que son homosexualité a été « la grande chance » de sa vie, qui lui a fait comprendre le risque d'être attaqué et d'autres minorités.
Royauté, vérité, avenir. Ses romans sur un royaume imaginaire d'Europe centrale viennent d'un désir de forme et de royauté, « figure royale » qui prend son sens dans l'exil et la perte. Il décrit une pensée douce et délicate, qui s'intéresse aux itinéraires plus qu'aux positions, et il revient sur sa méfiance de jeunesse envers les mots « sincérité » ou « authenticité », en reconnaissant la force du « premier degré » et du préjugé. Pour lui l'époque présente ressemble au Ve ou VIe siècle : la civilisation se réfugierait peut-être dans des enclaves comme des monastères ou des cours d'amour, hypothèse qu'il juge peut-être trop pessimiste.
Excerpts
“« toute aspiration à l'art est une inspiration à la solitude »”
“« le soi même est l'objet d'une longue construction comme le naturel comme l'innocence »”
“« le sympa voilà l'ennemi »”
“« l'homme n'échappe à la contingence que par la forme »”