Parent, Claude & Virilio, Paul & Loyer, François
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Core ideas
L'émission s'ouvre sur le constat que le béton est « devenu le compagnon quasi permanent de notre vie moderne », de Le Corbusier (couvent de la Tourette) à Niemeyer (Brasilia), Nervi (Palais des sports de Rome), Saarinen, Kenzo Tange ou Frank Lloyd Wright, qui l'ont fait passer de la maîtrise d'une technique à celle d'un langage plus spatial, et présente Claude Parent et Paul Virilio comme les tenants d'un « culte d'une rare intransigeance » du béton (masse, continuité, compression, église Sainte-Bernadette de Nevers). Sur le chantier, Parent explique le système classique du béton armé : le poteau reçoit les charges par compression, la poutre franchit l'espace de poteau à poteau, la dalle est le plancher ou la couverture ; il décrit le coffrage, le ferraillage (l'acier est l'« âme mécanique », qui a à peu près le même coefficient de dilatation que le béton, d'où un matériau homogène). L'histoire du matériau est ensuite évoquée : poutres en béton sur armature de fer au XIXe siècle (Manchester, 1845), premières coques et dômes au début du XXe siècle (salle du Centenaire de Breslau, 1912, nom mal transcrit), hangars de Freyssinet en 1916 ; selon l'un des invités, dès le début tous les problèmes (préfabrication, continuité, coques) se posent en même temps, puis le béton est utilisé de façon « analytique », imitant la charpente métallique.
Les invités défendent une conception de l'architecture où l'intérêt du béton est de déterminer un volume, un « effet de capacité » (continuité entre plancher, façade et couverture, mouvement et circulation) plutôt qu'un « effet d'échafaudage » : ils jugent que le béton est « le premier plastique » et que les premières générations d'architectes ne l'ont utilisé que comme échafaudage. Ils situent Le Corbusier comme « plasticien », mixte et limité, qui n'a pas exploité au mieux les possibilités lyriques du béton, et défendent la beauté de sa matière (il vieillit merveilleusement, se dore ou prend du lichen), sans exclure un matériau de remplacement qui donnerait les mêmes caractéristiques (polyester, résines). L'esthétique, disent-ils, perd de l'importance au niveau de l'usage : s'il y a esthétisme, c'est celui de la qualité du déplacement des individus dans un volume ; la « fonction » est une « idéologie », « une biologie momentanée ». Les formes libres de Tange ou de l'Opéra de Sydney préfigurent peut-être un usage futur de ces surfaces, mais restent pour l'instant une aventure esthétique de toit ou de façade ; l'architecture de verre et d'acier de Mies van der Rohe n'a, selon l'un d'eux, « aucun avenir », car la transparence ne fera pas fonctionner l'urbain. La tour est vue comme une « statue » qui ne correspond pas au dynamisme urbain, et le béton, par ses ouvrages de franchissement et son porte-à-faux, devrait permettre de résoudre le conflit entre structures habitables et circulatoires (échangeurs routiers comme « verrues ») avec une autre structure urbaine que la verticale.
Parent et Virilio proposent un schéma historique des éléments architectoniques : l'Antiquité a mis en valeur les porteurs, le Moyen Âge le toit, l'âge classique la façade, et « notre époque » mettra en valeur l'infrastructure (plancher, support, niveau), où le béton, porteur et franchissant, a un grand rôle. Ils critiquent la salle de concert d'Aalto à Helsinki (soignée pour les sons mais indifférente au déplacement et à la position assise des auditeurs, « l'homme est oublié »), parlent du blockhaus comme architecture « cryptique » du passé (protection, vêtement, tombeau) opposée à l'architecture infrastructurelle du déplacement, et rejettent l'idée d'une « architecture de lumière » comme un mot de « fausse poésie » (la lumière entre par des trous). Ils concluent que le béton est un matériau « viril, rude, qui accroche » la lumière et la peau, qui inquiète à l'origine un siècle habitué au coussin, au duvet et au velours.
Excerpts
“« L'intérêt du béton, contrairement au plastique et surtout au gonflable, c'est de pouvoir déterminer un volume, un effet de capacité : en passant du plancher à la façade et à la couverture, on a une possibilité de mouvement et de circulation infinie. [...] Les premiers architectes ont utilisé le béton au niveau de l'effet d'échafaudage, c'est l'échafaudage de l'architecture, alors que le béton permettait l'effet de capacité. »”
“« On peut dire que dans l'Antiquité on a mis en valeur les porteurs, puis, en simplifiant beaucoup, au Moyen Âge le toit, puis à l'âge classique, au XVIIIe siècle, la façade. Et je crois que notre époque mettra en valeur l'infrastructure, c'est-à-dire le plancher, le support, le niveau, et je crois que là le béton a un grand rôle à jouer, justement parce qu'il est porteur et parce qu'il est franchissant. »”
“« Le béton dans sa tactilité, dans sa présentation à l'homme, c'est un matériau viril, un matériau rude, qui accroche : il accroche pas que la lumière, il accroche aussi la peau si on y prend garde. Il impose sa présence, dans un siècle où les gens n'aiment que le coussin, le duvet et le velours frappé. »”