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Kristeva, Julia

psychanalyste, philosophe et écrivaine

Julia Kristeva - Entretien : Melanie Klein et la psychanalyse de l'enfant

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, surtout pour les noms propres ; les noms hésitants sont signalés ou omis)

Core ideas

Julia Kristeva présente Mélanie Klein comme une dissidente fidèle : elle innove profondément (nouveaux concepts, nouvelle technique) sans jamais rompre avec la pensée freudienne ni fonder, contrairement à Jung, une institution concurrente. Sa grande invention est la psychanalyse des enfants : là où Freud observait l'enfant (le petit Hans), Klein fait du jeu l'équivalent du rêve, parce que l'enfant raconte mal ses rêves et exprime son inconscient dans l'activité ludique ; elle l'a découvert d'abord en observant ses propres enfants, de façon « pas très orthodoxe », puis des enfants amenés pour des troubles du comportement et de la pensée. Deuxième apport : la psychanalyse ne traite pas seulement la sexualité mais aussi les troubles de la pensée (langage, difficultés scolaires) qu'il s'agit de « désinhiber ». Troisième apport : Klein scrute la pulsion de mort et l'agressivité, le petit enfant étant un « petit assassin » à qui il faut permettre d'assassiner symboliquement et imaginairement plutôt que de passer à l'acte. Kristeva rappelle que Freud avait emprunté la pulsion de mort à Sabina Spielrein, et que les femmes analystes ont insisté sur la violence adressée à l'objet primordial, la mère, avec un amour-haine très précoce (envie du sein, destruction de l'autre) qui n'est pas un jugement négatif mais la preuve de la puissance et de la précocité de la libido féminine.

Elle replace ces apports dans l'histoire de la théorie de la sexualité féminine : les débats entre femmes analystes, notamment au congrès de 1922, puis les textes tardifs de Freud (1925 sur la différence anatomique des sexes, 1931 sur la sexualité féminine, après la mort de sa mère) qui accordent une place nouvelle à l'attachement précoce de la fille à sa mère, comparé à la civilisation minoenne-mycénienne qui se cache derrière la Grèce classique. Contrairement au garçon, qui garde un objet féminin, la fille doit changer d'objet et se tourner vers le père ; Kristeva y ajoute la lecture de Klein (l'envie et la haine) et de Lacan (le père comme instance symbolique de la langue, de l'interdit, de la pensée), d'où ce qu'elle nomme un « œdipe » tourné vers le père comme loi. Mais le « continent minoen-mycénien » reste en arrière-fond : la fille serait « une éternelle étrangère » dans la famille et la société qu'elle fonde, dépressive ou boudeuse, mais aussi capable de distance et d'ironie, d'où la formule de l'éternelle « ironie de la communauté ».

Sur la naissance de la pensée, elle décrit la phase précoce de la fille comme celle d'une effraction maternelle par les orifices du corps (également présente chez le garçon, dans une phase féminine) qui est à la fois souffrance et jouissance. Elle en tire deux investissements : celui de l'intérieur, qui devient objet de psychisation (« ma psyché », « mon for intérieur ») et celui d'un objet réel (un lien palpable qui soutient), d'où le « pragmatisme » de l'intelligence féminine, qui est aussi une intelligence « un peu mystique » tournée vers une intériorité innommable que la langue sociale ne code pas mais que disent la métaphore, le rire, la musique, la peinture, une langue négative, un vide. Elle y rattache la « jouissance autre » de Lacan (le « pas-tout », Saint Jean de la Croix). À la question finale sur le pouvoir et le contre-pouvoir, elle explique que l'ironie féminine est moins un genre d'œuvres qu'un décalage, une mise en abyme du discours de l'autre dans la vie quotidienne. Elle estime que la phase historique de l'émancipation (parité, revendications légitimes, qui ont demandé aux femmes une identification « phallique », « l'égalité plutôt que la différence ») est peut-être en train de se clore, et lit chez Simone de Beauvoir une ambiguïté : tous ses exemples (Sainte Thérèse d'Avila, Théroigne de Méricourt, Colette) montrent des femmes dont la singularité et le génie n'ont pas attendu cette identification virile.

Excerpts

“« Sa grande invention, évidemment, c'est la psychanalyse des enfants. [...] C'est Mélanie Klein qui a inventé le jeu de l'enfant comme objet d'observation : l'enfant rêve ou pas, mais il raconte mal ou pas du tout ses rêves ; donc c'est dans l'activité ludique que s'exprime son inconscient. »”

“« C'est un petit assassin. Il faudrait lui permettre d'assassiner symboliquement et imaginairement plutôt que de passer à l'acte. Ce sont des points absolument vertigineux, quand on y pense, qu'une femme les découvre. »”

“« La fille sera toujours une éternelle étrangère dans la nouvelle famille qu'elle va créer avec ce père, dans laquelle elle se sentira comme quelqu'un de solitaire et exclu : je joue le jeu, je suis dans la loi du père, mais je n'en pense pas moins, et je ne sais pas vraiment ce que j'en pense. »”