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Nabe, Marc-Édouard

écrivain

(Vidéo) Marc-Édouard Nabe - Interview (L'Homme qui arrêta d'écrire)

Artesquieu · Apr 10, 2024

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Core ideas

Marc-Édouard Nabe présente son roman L'Homme qui arrêta d'écrire, autoédité (ou « antiédité » selon son propre terme) après une rupture avec le circuit éditorial traditionnel, un texte de 696 pages qui a paradoxalement figuré dans la sélection finale du prix Renaudot 2010 (finalement attribué à Virginie Despentes) grâce au vote isolé de J.M.G. Le Clézio — épisode qu'il interprète comme la preuve que « l'édition a repris le pouvoir » pour éviter la subversion que représenterait sa récompense. Il détaille sa démarche d'autoédition comme un dispositif complet et maîtrisé plutôt qu'un pis-aller : plateforme de vente en ligne montée par ses soins pour court-circuiter diffuseurs et distributeurs, fabrication soignée du livre (papier suédois, reliure cousue) financée sur ses propres économies de peintre, vente aussi bien sur Internet que dans des commerces non spécialisés (boucheries, fleuristes, cafés) — une démarche qu'il présente comme la conséquence assumée de son éviction des éditions du Rocher, dont il dit avoir tiré profit en récupérant les droits de vingt-deux de ses livres.

Il explique le principe central du roman comme une « antiphrase » filée sur 700 pages : un écrivain de 50 ans nommé Nab, ayant publié 27 livres, proclame avoir arrêté d'écrire tout en continuant d'exister à travers un texte entièrement écrit — un dispositif qu'il rapproche de son précédent roman Je suis mort et d'une forme de mise en scène du désespoir, sans être toutefois, insiste-t-il, le récit direct de sa propre condition d'écrivain censuré médiatiquement. Le narrateur, guidé par un blogueur nommé Jean-Philippe Bouchard à travers un Paris contemporain hypermoderne (téléréalité, Second Life, boutique Colette, boîtes branchées), y multiplie les rencontres avec des figures réelles légèrement travesties par une modification orthographique de leur nom — jamais appliquée, précise Nabe, aux personnes décédées. Il défend son choix d'une écriture volontairement plate et généralisante, qu'il qualifie de « sous-écriture », comme la condition formelle cohérente d'un texte censé ne pas avoir été rédigé par son narrateur, revendiquant Dostoïevski comme influence majeure pour la construction par dialogues plutôt que par narration.

Une large partie de l'entretien porte sur la teneur polémique du livre : la description répétée de personnalités croisées (journalistes, artistes, animateurs) comme des « zombies » ou des « morts-vivants » désincarnés, que l'intervieweuse interprète comme le symptôme d'une mort intérieure du narrateur lui-même — lecture que Nabe rejette en affirmant vouloir au contraire dénoncer une « rockisation » et une culture de la sous-culture imposées selon lui délibérément par les décideurs médiatiques des années 1980 (il cite notamment Serge July et Antoine de Caunes) pour couper les jeunes générations de l'héritage culturel antérieur. Il défend à cette occasion une thèse selon laquelle la culture rock serait une appropriation blanche, édulcorée et raciste du jazz noir américain, en opposition frontale avec l'intervieweuse qui conteste cette généralisation. L'entretien se conclut sur un désaccord persistant concernant l'équilibre du livre entre discours généralisants et scènes romanesques concrètes, Nabe reprochant à son interlocutrice de n'avoir pas su restituer l'intrigue et les personnages fictifs du roman, avant d'évoquer avec une certaine tendresse les trente dernières pages du livre, plus lumineuses, où le narrateur retrouve l'espoir aux côtés d'une jeune lectrice.

Excerpts

“« Ça y est, c'est fait, j'ai arrêté d'écrire, j'ai passé le week-end à hésiter, j'ai décidé d'arrêter lundi, on est lundi, je viens d'arrêter d'écrire [...] tout le texte nous raconte l'histoire à la première personne de cet écrivain qui a 50 ans [...] et qui n'en finit pas de nous répéter qu'il a arrêté d'écrire. »”

“« Être jazz, c'était une façon de vie [...] et ça a été récupéré par une culture blanche antinoire et hyper raciste et complètement antimusicale [...] ils ont volé aux Noirs leur musique, ils en ont fait quelque chose de mainstream. »”

“« Si j'avais pas été viré du Rocher, je n'aurais jamais fait ce procès, je n'aurais pas récupéré mes droits, je n'aurais pas fait l'antiédition, je n'aurais pas écrit ce livre [...] je serais peut-être encore aujourd'hui chez un éditeur normal, je gagnerais mes 10 %, et j'aurais écrit un livre ennuyeux. »”