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Nothomb, Amélie

romancière belge

Amélie Nothomb - Entretiens (A voix nue)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (une série d'environ quatre heures ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres, certains titres et plusieurs phrases ; les passages incertains sont omis ou hédgés)

Core ideas

Une enfance d'« expatriée » entre paradis et enfer. Elle raconte une enfance de fille de diplomate belge, passée successivement au Japon (Kobé, les cinq premières années, qu'elle appelle un « paradis », avec deux gouvernantes dont une très gentille et une très méchante), en Chine (Pékin de 1972 à 1975, période de la Bande des quatre, dans un ghetto d'étrangers où les enfants, oubliés par les adultes déprimés, vivaient en clans et se faisaient la guerre), à New York, au Bangladesh, en Birmanie et au Laos, avant de découvrir l'Europe à dix-sept ans. Elle perd le japonais à cinq ans puis le retrouve en quelques jours à vingt et un ans, devient interprète pour une grande société commerciale japonaise (Mitsui) et parle de l'influence japonaise sur son débit de parole (feuilletons de samouraïs), sur son incapacité à être aussi hargneuse qu'elle le voudrait, et du racisme dont elle a été victime là-bas. Son père, diplomate le jour, est aussi un chanteur de nô connu au Japon ; elle conserve des images de sa mère (très belle, « dieu ») et d'un premier coup de foudre à sept ans. Elle dit aussi son rapport à la nourriture (elle mange de tout, y compris une cervelle de singe en Chine), puis une anorexie adolescente qu'elle rapproche, avec Catherine de Sienne, d'une répugnance pour le corps adulte.

Monstres, mauvaise foi, « bassesse » et guerre. Interrogée sur la fascination du monstrueux (Bangladesh, Inde, la « monstruosité en soi »), elle affirme qu'on ne sait rien de soi et se dit vite incapable de comprendre ses propres actes. Elle se décrit comme misanthrope capable d'aimer les individus, justifie sa vision du monde comme une suite de conflits (« il n'y a pas de rapports humains en dehors de la guerre », au sens d'affrontement, qui peut être un beau duel) et dénonce la mauvaise foi (mensonge qu'on se donne à soi-même, aggravée par les médias) ainsi que la bassesse qui consiste à vouloir intégrer chacun dans sa petitesse, ce qu'elle appelle la médiocrité. Elle voit dans ses livres deux pôles (le léger et le lourd, le visqueux, le vomi) également répugnants, entre lesquels elle cherche un point d'instabilité féconde, source d'énergie ; elle dort environ deux heures par nuit depuis l'âge de deux ans.

Écrire : duel, nécessité, hygiène. Elle écrit environ quatre heures par jour, « sous l'effet de ce que j'appelle l'ennemi », le moi intérieur qu'elle méprise, et décrit l'écriture comme un plaisir physique (une « jouissance », une grande purge) mais aussi un duel avec soi-même. Elle tient pour un devoir d'écrivain de résister à la mauvaise foi, et appelle « couilles » (au sens métaphorique et réel d'« organes », qui seraient autant chez la femme que chez l'homme) la capacité de résistance qu'il faut avoir. Elle cite Rilke (Lettres à un jeune poète : « pourrais-je ne pas écrire ? ») et Proust (« on écrit avec ses manques »). Elle écrit d'un jet sans rature, en phrases pensées avant d'être écrites, sur un cahier à spirales avec un stylo bon marché (par superstition, pour ne pas se prendre au sérieux), dans le creux de son canapé à Bruxelles ; elle écrit environ trois à quatre manuscrits par an (le chiffre est approximatif dans le transcript) et n'en publie qu'un quart ou un cinquième ; elle range chaque manuscrit « au frigo » deux mois, après une phase de dégoût qu'elle appelle « post-coïtum », et commence un nouveau texte dès le lendemain. Elle raconte que Hygiène de l'assassin a été refusé par Gallimard avant d'être accepté chez Albin Michel, une épreuve vécue sans drame.

Lire, juger les écrivains, philosophes et littérature. Elle lit énormément (de Léo Malet à Saint-Simon), a découvert le plaisir de lire avec les Mille et Une Nuits de Galland, a beaucoup lu La Chartreuse de Parme de Stendhal, Flaubert et Montherlant, a travaillé sur Bernanos (sa thèse, selon l'intervieweuse) et aime Nietzsche, Kierkegaard et Pascal, qu'elle préfère aux philosophes de système (elle dit trouver Leibniz aride). Elle juge les mauvais livres aussi nécessaires que les bons (ils apprennent « ce qu'il ne faut pas écrire »). Elle se montre très critique envers les écrivains français : complaisants, condescendants avec leurs lecteurs, vulgaires, alors qu'ils sont des « privilégiés » qui devraient se montrer nobles (au sens de générosité et d'abstention de vulgarité). Sur Hygiène de l'assassin (où elle croyait encore que la littérature change le lecteur) et Les Combustibles (où elle n'y croit plus), elle explique que la littérature ne pourrait changer le monde que si le lecteur lisait comme un acte violent.

Femmes, féminisme, religion, tolérance. Elle affirme qu'il est plus difficile d'être une femme que d'être un homme, que les femmes l'ont fait plus souffrir que les hommes, et défend « l'écriture hermaphrodite » contre l'idée d'une écriture féminine (« l'écriture est foncièrement hermaphrodite ») ; elle soutient que « rien n'a plus nui à la femme que le féminisme et l'antiféminisme » tout en se disant pour l'avortement et (dans l'absolu) pour l'euthanasie. Elle dit avoir été élevée loin du catholicisme de sa famille mais trouve des phrases bibliques magnifiques (« béni soit ce qui inspire l'amour »). Elle décrit le rejet dont elle est l'objet en Belgique, à gauche comme à droite et dans le milieu aristocratique, qui a qualifié Hygiène de l'assassin de pornographique, alors qu'elle y voyait un manifeste contre la vulgarité ; elle se dit marquée par l'intolérance et prône la tolérance, tout en notant qu'on s'en sert pour « se laver les mains de la Bosnie ». Elle cite Don Quichotte comme livre qu'elle sauverait des flammes, aime le cinéma (Les Liaisons dangereuses, Orlando) et la peinture flamande (Bosch, Memling), et rêverait de voir Les Catilinaires adaptés au cinéma.

Excerpts

“« Je crois que j'écris sous l'effet de ce que j'appelle l'ennemi. »”

“« Rien n'a plus nui à la femme que le féminisme et l'antiféminisme. »”

“« L'écriture est foncièrement hermaphrodite. »”