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Claudel, Paul

poète et dramaturge, 85 ans au moment de l'entretien

Paul Claudel - Entretien (Des idées et des hommes)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (une émission d'environ trente minutes ; transcription automatique par endroits très déformée, surtout dans les réponses de Claudel ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

La pièce et le « spectacle total ». Le présentateur rappelle que le Livre de Christophe Colomb a été écrit au château de Brangues en quelques semaines de l'été 1927 (trois ans après Le Soulier de satin), sur commande de Max Reinhardt, qui n'a été qu'une occasion : Claudel portait ce sujet depuis l'enfance. Il y voit la réalisation d'un « spectacle total » (parole, décors, danses, musique, chœur, cinéma, lumière « comme une musique visible et silencieuse ») déployé sur plusieurs plans du temps (l'histoire de Colomb, la légende, l'éternité). Il loue la fidélité de Barrault au texte.

Colomb, homme de désir. Claudel dit que chez Colomb il n'y a pas eu « une idée réalisée » mais surtout « une passion », un désir de l'horizon plus qu'un projet géographique (compléter la Terre, rejoindre l'Asie) ; ce qui l'intéresse comme poète est le « désir forcené d'aller au-delà, de passer une limite ». Il rapproche cette passion de celle des pionniers américains (l'« esprit de frontière ») et de Jacques Cartier. À l'intervieweur qui évoque Tête d'or (« vers l'ouest », dernière réplique), il confirme que Colomb poursuit l'effort de Tête d'or jusqu'à une limite que celui-ci n'avait pas atteinte, et compare sa propre vie à celle d'un navigateur qui, après avoir parcouru le monde, découvre son propre pays.

L'aventure intérieure et la vocation. Interrogé sur la dimension autobiographique (l'arrachement à sa famille et à son milieu, qui ne lui plaisait pas, la mécompréhension de ses premières œuvres), Claudel évoque l'influence de Mallarmé (l'idée qu'il fallait se considérer comme « perdu pour l'humanité » pour faire œuvre d'art) et dit n'avoir jamais imaginé que ses pièces rencontreraient un public français avant l'âge de quarante ou cinquante ans. Colomb est malheureux, selon lui, moins de l'incompréhension que de ne pouvoir poursuivre sa recherche ; il paie sa vocation de ses souffrances et de celles de ses proches (« je suis Christophe Colomb », répond-il à sa mère et à sa femme), comme beaucoup de grands hommes (il cite Rodin, dont il a longtemps fréquenté la passion de l'œuvre), et Claudel avoue que l'œuvre a peut-être coûté du mal à d'autres, « peut-être pas autant ».

Lectures et parallèle avec Tête d'or. L'émission mêle des extraits du Livre de Christophe Colomb (« Que c'est beau la mer, que c'est bon entre mes bras la terre ronde ») et de Tête d'or (« Je veux régner », « La volonté de Dieu est ta patrie ») pour montrer l'unité de l'« homme de désir » et de sa quête, dont le dernier mot est un défi lancé aux forces extérieures et intérieures.

Excerpts

“« Ce qui m'intéresse beaucoup plus, c'est ce désir forcené d'aller au-delà, de passer une limite. »”

“« Je suis Christophe Colomb. »”

“« La volonté de Dieu est ta patrie. »”