Anouilh, Jean
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (un entretien d'environ vingt minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et quelques passages rapides ; les passages incertains sont omis ou hédgés)
Core ideas
La genèse de « L'Alouette » : le père Doncœur et Jeanne d'Arc. Anouilh refuse de commenter sa vie ou le théâtre en général et ne veut parler que du contexte de la pièce (il n'aime pas les préfaces). Il raconte que, travaillant à l'adaptation en français du film américain sur Jeanne d'Arc (avec Ingrid Bergman), il reçoit la visite d'un grand prêtre aux cheveux blancs, d'une timidité touchante, coiffé d'un petit béret (le père Doncœur, transcrit « Docker »), auteur d'une vie de Jeanne racontée jour par jour. Ce dernier lui demande de ne pas « faire ça à Jeanne » (un doublage médiocre) ; Anouilh accepte, à condition que les producteurs versent quelque chose à la maison d'enfants du prêtre (ce qu'ils ne font qu'après pression). Le prêtre lui suggère ensuite d'écrire une « Jeanne » ; Anouilh écrit alors « L'Alouette », dans une maison de Montfort-l'Amaury encore en désordre, en trois semaines, d'après ses souvenirs de lecture (Michelet) et sans documentation, puis a lu le livre du père ; il estime qu'une réplique sur trois ou quatre de Jeanne est authentique. Il voit dans Jeanne un bon sens « sublime », une jeune fille qui dit non à l'Église comme Antigone, et il choisit de finir sur le sacre : c'est « une histoire qui finit bien ».
Une thèse troublante sur Jeanne. Il évoque avec précaution un livre récent d'un descendant de la famille des Armoises, selon lequel Jeanne n'aurait pas été brûlée mais mariée, étant une fille naturelle du duc d'Orléans ; il ne se prononce pas (« je ne suis pas historien »), observe que cette thèse expliquerait la maison, l'aumônier et la garde que Jeanne reçoit à Chinon, et dit qu'elle n'enlèverait rien à la beauté du personnage.
Écrire dans le bonheur. Anouilh répète qu'il n'est pas « un penseur » mais « un pêcheur à la ligne » : il écrit le matin, très vite, dans la joie du jeu, sans plan (trois semaines pour « L'Alouette », « Becket » terminé un matin et une autre pièce commencée le soir même). Il retravaille le moins possible : les pièces qu'il ne peut pas écrire dans le bonheur restent inachevées. Il refuse l'idée que le public aime la « transpiration » de l'œuvre : tout vient, dit-il, du bonheur et de l'amour au théâtre. Il parle aussi de son travail d'artisan sur les plans de film (Monsieur Vincent, dont une phrase qu'il avait écrite a été reprise sur des images pieuses).
La mise en scène, le public, la productivité. Il dit découvrir une pièce seulement à la fin des répétitions ; il vit la mise en scène comme un autre bonheur, « accompagné de beaucoup de malheur », et rappelle qu'une pièce « ne se met pas dans la boîte » comme au cinéma : elle se recrée chaque soir, et on ne sait ce qu'elle est que le jour où des spectateurs l'entendent. Il se défend de produire trop (une pièce par an, voire deux en 1976) : on ne reproche pas à un fabricant d'armoires de faire des armoires, le théâtre fournit « un objet de première nécessité » qui fait oublier la mort et les ennuis. Il conclut sur une confiance prudente dans le public (« il n'est pas fidèle »), avec des propos qu'il juge lui-même pessimistes.
Excerpts
“« Je ne suis pas un penseur, je suis un pêcheur à la ligne. »”
“« On ne reproche pas aux fabricants d'armoires de faire des armoires. »”
“« Une pièce se joue avec les spectateurs, et on ne sait ce qu'elle est que le jour où il y a des gens qui l'ont entendue. »”