MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Artesquieu/Onfray, Michel

Onfray, Michel

philosophe hédoniste, alors professeur de philosophie dans un lycée technique de Caen, auteur du Ventre des philosophes, de Cynismes, de L'Art de jouir et de La Sculpture de soi

Michel Onfray - Entretiens (A voix nue)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: full - cinq entretiens ; l'intervieweuse n'est pas nommée dans les sous-titres. La transcription s'interrompt au milieu d'une dernière réplique.

Core ideas

Né le 1ᵉʳ janvier 1959, Onfray se présente au départ comme un professeur de philosophie qui se sent « extraterrestre » dans l'institution. Il compare la rentrée à un départ pour « l'abattoir ». Lors de l'inspection qui décide d'une carrière, il joue pendant cinquante minutes le cours attendu, une lettre de Spinoza à Schuller, pour être libre ensuite. Le reste du temps, il refuse d'enseigner les formes a priori de la sensibilité chez Kant à des élèves qui peinent à lire le journal. Il préfère leur donner des méthodes et des visions alternatives du monde, et constate que les résultats au bac n'en souffrent pas. Il distingue le philosophe du professeur de philosophie et brosse une galerie féroce de ses anciens maîtres, maoïstes, « cathos de gauche » ou fonctionnaires de la pensée. Lucien Jerphagnon, pourtant aux antipodes de lui politiquement, fut l'exception : un maître qui faisait vivre Lucrèce et Rome, et qui fit confiance à l'étudiant de dix-sept ans.

Sa philosophie veut faire coïncider pensée et existence : l'œuvre doit permettre de « sculpter sa propre existence ». D'où son intérêt pour les penseurs qui ont engagé leur corps jusqu'au suicide, comme Weininger ou Palante, et son reproche aux philosophes de cultiver le doute sans proposer de réponses. On choisit une philosophie « comme au marché », et lui se dit d'abord nietzschéen. Son hédonisme se résume dans la maxime de Chamfort : « jouir et faire jouir sans faire de mal ni à toi ni à personne ». Il refuse le mensonge, la séduction et la tromperie (Don Juan, Casanova), et veut que la jouissance intègre toujours autrui. Il ne propose pas un système mais une vision du monde cohérente, scandée de concepts empruntés au Littré ou détournés : l'entropie (tout s'use et se dépense), le kairos (l'instant propice), le solipsisme (on vit, souffre et meurt seul, malgré quelques fissures de la monade), la condouleur (souffrir avec autrui). Il oppose une liberté « infime mais existante » au consentement stoïcien à la nécessité.

Au centre de son récit se trouve l'« hapax existentiel », l'expérience corporelle unique qui fonde une œuvre : la conversion d'Augustin, la nuit de Pascal, les songes de Descartes, Rousseau sur le chemin de Vincennes, Nietzsche et l'éternel retour. Le sien, il le situe à la fin d'un mois de novembre : un infarctus à 27 ans, une nuit de brouillard sans hélicoptère, la certitude de mourir et même le désir de mourir tant il souffrait. Ce « miraculé » comprend alors qu'on ne peut écrire sans fin l'éloge du pire. Le tragique doit devenir le fond sur lequel peindre les motifs de la jubilation, et l'hédonisme une nécessité. Il raconte aussi son père, ouvrier agricole silencieux, « stoïcien réussi » qui ponctuait tout de « fatalement », appelé au travail un dimanche la mousse à raser encore sur le visage. Ce spectacle a fondé sa révolte libertaire, son refus de l'exploitation et sa fidélité aux pauvres : est esclave, dit-il, quiconque ne dispose pas des deux tiers de son temps. S'y ajoutent les quatre années passées dans un orphelinat salésien, entre brutalités et pédophilie, auxquelles il jure d'être fidèle par la mémoire.

Onfray s'en prend à ceux qui « rendent moins vivants les vivants » : prêtres, idéal ascétique, charité qu'il juge contraire à la justice, et classe politique gestionnaire légitimée par les sondages, à laquelle il oppose la figure historique de De Gaulle. Il revendique le cynisme antique, dont il fait une vision du monde cohérente plutôt qu'une collection d'anecdotes : la lanterne de Diogène ou le coq plumé jeté chez Platon sont des critiques en acte de l'idéalisme. Il le retrouve chez Coluche, Desproges ou Gainsbourg. Il refuse les dîners ministériels, le Who's Who et l'université. Il réhabilite le goût et l'odorat contre la hiérarchie idéaliste des sens. À qui lui reproche les grands bordeaux, il répond que son plus beau souvenir gustatif est une fraise chaude du jardin de son père.

Le dernier entretien expose sa « morale esthétique » post-chrétienne, inspirée du condottiere de Verrocchio à Venise et du dandysme : élégance, politesse, « eumétrie » (la juste distance), affinités électives. Elle se pense comme une théorie de cercles concentriques où chacun élit ou évince autrui, et comme une éthique héraclitéenne du mouvement contre la fixité parménidienne du mariage et de la monogamie. Il défend l'art contemporain (actionnisme viennois, Orlan) et la musique d'aujourd'hui, Varèse, Dusapin ou son ami le compositeur Éric Tanguy, contre le confort de célébrer les valeurs établies. Il termine sur ses figures féminines : il refuse la maternité, le pouvoir et le mariage, et dit sa tendresse pour Pénélope. Il tire de Cyrano une thèse discutable sur le malentendu entre désir masculin et désir féminin.

Excerpts

Onfray raconte la comédie de l'inspection et la manière dont il conçoit le cours de philosophie :

“on se retrouve seul devant sa classe et pas seulement pour une journée pour une heure d'inspection mais pour une année je trouve que le cours de philo c'est autre chose et on n'est pas tenue d'enseignés spinoza des élèves qui n'aiment ni ne comprennent on est tenu je dirais d'abord des philosophiquement le monde [...] le cours de philo ça ne sert pas mon avis a enseigné méforme a priori la sensibilité chez quant à des élèves qui est qui ont des difficultés à lire le journal local”

L'infarctus de 27 ans comme bascule du tragique vers l'hédonisme :

“on ne peut pas faire l'éloge en permanence du pire de la douleur de la souffrance du solipsisme de l'entropie mme ces choses là et puis de dire mais la vie la vie vaut le coup d'être vécue [...] donc l'infarctus c'était pour moi l'occasion de concevoir que le tragique c'est une chose mais finalement comme comme le fond d'une poêle et qu'il s'agissait maintenant de peindre les motifs sur le premier plan voilà chose la chose que j'avais l'intention de peindre et je suis en train de peindre depuis l'hédonisme”

Le père, ouvrier agricole, et l'origine de sa révolte politique :

“un dimanche matin effectivement alors qu'il devait passer la journée se repose on est venu chercher on a dit voilà le travail il faut partir faut y aller et j'ai vu mon père avec cette mousse à raser sur le visage ne disant rien puisqu'en fatalement etc et partant au travail et en partant parce que parce qu'il fallait évidemment il n'a pas été payé en heures supplémentaires [...] et mon père a toujours toujours toujours travaillé en considérant qu'il le fallait que c'était comme ça”