Onfray, Michel
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - documentaire sans intervieweur audible : monologues d'Onfray, extraits de cours, séquences au jardin de réinsertion d'Argentan et un atelier de philosophie avec des enfants.
Core ideas
Le documentaire montre la philosophie d'Onfray comme une « vie philosophique » au sens antique : un philosophe ne se définit pas par ses livres ou ses concepts mais par une existence que la pensée transforme. Lucrèce, Épicure ou Diogène parlaient sur l'agora à des charpentiers ou des marchands de poisson capables de se « convertir » à une vie nouvelle. Onfray raconte avoir découvert la philosophie sans le savoir, à l'orphelinat, en lisant Jean Rostand. Il voulait devenir conducteur de train. C'est le cours de Lucien Jerphagnon sur Lucrèce qui lui révèle que la philosophie peut changer une vie. Il juge en revanche l'exercice universitaire de la thèse, qui consiste à « saucissonner » une œuvre, comme un « gimmick » sans intérêt. Il raconte son entrée « par effraction » chez Grasset avec Le Ventre des philosophes, envoyé par la poste, et son refus de s'installer à Paris pour « faire carrière » : il reste à Argentan, sur la terre de ses ancêtres.
Le film revient longuement sur ses origines. Son père, ouvrier agricole qui ne possédait que sa force de travail, apparaît comme un « spinoziste qui n'a jamais lu Spinoza », un « virgilien » qui savait lire le ciel, la lune et les saisons. Sa seule leçon explicite fut de montrer l'étoile polaire, point fixe dans un cosmos mouvant. Sa mère, colérique, issue elle aussi de l'Assistance publique, l'a placé à dix ans dans un orphelinat salésien. Onfray y décrit la terreur quotidienne : coups, nuits dehors dans la neige, douches brûlantes, prêtres violents ou pédophiles. Il y situe sa découverte de l'injustice, plus décisive selon lui que la question de Dieu. Il évoque ensuite le déni familial lorsqu'il a raconté ces années, puis la réconciliation avec sa mère, après qu'elle eut assisté à ses cours sur Freud et le déni. Un épisode de jeunesse fonde sa fidélité politique : à la fromagerie où il travaillait l'été, il arrête toute la chaîne pour tenir tête à un contremaître humiliant. Il se promet de ne jamais oublier le regard des ouvriers qui, eux, ne pouvaient pas partir.
Sa pensée de la mort est lucrétienne et spinoziste. Il ne croit pas aux arrière-mondes et vit le deuil de son père, enterré à trois cents mètres, comme le retour de la matière au cosmos promis à disparaître. Il refuse qu'on réduise son athéisme à une revanche contre les curés : il était déjà incroyant enfant. Il se dit athée sans être anticlérical, ne conteste à personne le droit de croire, mais rappelle que ce qui aide à vivre n'est pas forcément vrai ni bon. L'hédonisme se veut une pratique concrète. Il cuisine tous les jours pour son foyer et se dit féministe. Il refuse les ponts d'or des industriels qui veulent un « philosophe du goût » de salon. Il conteste qu'il existe des sujets philosophiques par nature : la cuisine et le vin méritent l'attention autant que la conscience ou la liberté. La traduction politique de cet hédonisme est un anarchisme de gauche : « le plus grand bonheur du plus grand nombre ».
Après le 21 avril 2002, plutôt que de signer des pétitions pour Chirac, il fonde l'Université populaire de Caen dans l'esprit de Condorcet et des universités populaires de la fin du XIXᵉ siècle. Les cours y sont gratuits, donnés par des bénévoles, ouverts aux opinions contraires, avec l'idée que « le savoir est un pouvoir et le bon pouvoir un contre-pouvoir ». Il y a parfois mille auditeurs, dont une retraitée des pompes funèbres ou une femme de ménage qui change d'horaires pour venir. Suivent l'Université populaire du goût d'Argentan, née d'une épicerie sociale dont les bénéficiaires ne savaient pas cuisiner les légumes donnés, avec de grands chefs venus montrer leurs gestes, et un jardin de réinsertion où d'anciens chômeurs, détenus ou alcooliques réapprennent à vivre ensemble. Il défend la philosophie pour enfants, qu'il juge « naturellement philosophes » avant que l'école n'éteigne leur vitalité, et critique un système scolaire qui relègue les intelligences manuelles. Pour lui, la vraie politique se fait dans les associations, pas dans les mandats électifs. Le film se clôt sur une méditation démocritéenne sur la folie des hommes et sur l'affirmation que la philosophie a « sauvé » le fils de pauvre qu'il était, qui veut rendre ce qu'il a reçu.
Excerpts
Onfray définit la philosophie antique comme une manière de vivre plutôt qu'un métier :
“la philosophie dans l'antiquité c'est la vie philosophique c'est à dire qu'il ya un philosophe qui est sur l'agora ou sur le forum et qui est en train de parler il raconte la vie la mort la souffrance la douleur les débats etc [...] et puis il ya quelqu'un qui peut être charpentiers menuisiers marchand de poisson et qui va entendre le philosophe et qui peut devenir philosophe et mener une vie philosophique est resté charpentier en même temps et ça je me suis dit c'est extraordinaire”
L'épisode de la fromagerie et la promesse faite aux ouvriers :
“j'ai vu là lusine arrêté et le regard je n'oublierai jamais ça le regard des gens qui se disaient il fait ce qu'on aimerait faire il a le loisir de faire ce qu'on ne pourra jamais faire lui il est étudiant [...] nous on a des enfants on a une maison à payer [...] et là je me suis dit je me suis promis que je n'oublierai jamais la détresse que j'ai vu dans le regard de ces gens là”
Sur la cohérence entre la pensée et l'action, qui justifie les universités populaires :
“si je suis épicurien si je crois à l'amitié épicurienne si je crois à l'hédonisme si je crois au matérialisme philosophique si je crois à l'éducation en terme de philosophie à la transmission à la communauté et caetera et que je n'en fait rien dans ma vie à quoi ça sert donc si je suis épicurien alors il faut quelque chose qui s'appellera l'université populaire de caen quelque chose qui s'appellera l'université populaire de du goût d'argentan parce que j'essaie d'agir en fonction de mes pensées”