Luchini, Fabrice
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Core ideas
Le texte de Barthes, dit par Luchini, explore la figure de l'absence amoureuse : tout épisode de langage qui met en scène l'absence de l'être aimé et tend à transformer cette absence en épreuve d'abandon. Barthes observe que dans « Werther » cette figure est absente parce que c'est le sujet amoureux qui s'éloigne, alors que « il n'y a d'absence que de l'autre » : l'autre est en état de départ perpétuel, par vocation migrateur et fuyant, tandis que celui qui aime est « par vocation inverse sédentaire », immobile, en attente, « comme un paquet dans un coin perdu de gare ». L'absence amoureuse ne va que dans un sens : celui qui reste ne peut dire « tu es absent » que depuis sa place, ce qui revient à dire « je suis moins aimé que je n'aime ». Historiquement, le discours de l'absence est tenu par la femme (sédentaire, qui tisse et chante, les « chansons de toile »), tandis que l'homme chasse et voyage ; un homme qui parle de l'absence de l'autre est donc, dit le texte, « miraculeusement féminisé » par le fait d'aimer, non par choix.
Barthes décrit ensuite comment on supporte l'absence : bien (« je suis alors normal »), par une forme d'oubli ou d'infidélité intermittente, condition de la survie, ou mal, comme dans le souvenir d'enfance de l'attente de sa mère à un arrêt d'autobus, qui n'arrive pas. L'absence, comme le désir, est toujours la même que l'objet soit présent ou absent ; l'amoureux est coincé entre deux temps, le temps de la référence (« tu es parti ») et celui de l'allocution (« tu es là puisque je m'adresse à toi »), d'où un « présent insoutenable ». Pour le supporter, il le manipule : il « transforme la distorsion du temps en va-et-vient », comme l'enfant à la bobine (l'image freudienne du jeu du « fort-da »), et crée une fiction (doutes, reproches, désir, mélancolie) qui éloigne la mort de l'autre. L'extrait se termine par deux images : la solitude du sujet dans un café, qui invoque l'absent contre la mondanité, et l'anecdote du maître qui tient la tête du disciple sous l'eau jusqu'à ce qu'il désire la vérité « comme tu as désiré l'air » ; l'absence de l'autre joue ce rôle, « c'est par cette asphyxie que je reconstitue ma vérité ».
Excerpts
“« Il n'y a d'absence que de l'autre. »”
“« L'autre est en état de perpétuel départ, de voyage ; il est par vocation migrateur, fuyant. »”
“« L'absence de l'autre me tient la tête sous l'eau. »”