Césaire, Aimé
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (une conférence d'environ cinquante minutes ; transcription automatique souvent déformée, surtout dans les citations, les noms propres et les passages techniques ; les passages incertains sont omis ou reformulés prudemment)
Core ideas
Césaire ouvre en répondant à l'interrogation sur le « commun dénominateur » d'un congrès réunissant des hommes très différents (Sénégalais, Américains du Nord, Antillais, Nigériens, Malgaches) : c'est la situation coloniale, vécue directement par la plupart des pays noirs et, par la discrimination raciale, par les Noirs américains ; en 1956, on ne peut poser le problème de la culture noire sans poser celui du colonialisme. Pour clarifier les mots, il définit la civilisation comme un ensemble de phénomènes suffisamment nombreux, importants et étendus, et la culture comme sa particularité : l'ensemble des valeurs matérielles et spirituelles créées par une société, l'effort d'une collectivité pour se doter d'une personnalité, ce par quoi une civilisation « se choisit ». Il défend contre un délégué haïtien (nom transcrit « Jacques Alexis ») la légitimité de parler d'une civilisation africaine, famille de cultures nationales (comme on parle de civilisation occidentale) aux frontières très larges (Amérique, Antilles).
Il lie deux solidarités : horizontale (la situation coloniale commune) et verticale (l'origine africaine commune), et conçoit le congrès à la fois comme un retour aux sources et comme une action, en citant l'idée que « la voie la plus courte vers l'avenir passe par l'approfondissement du passé ». Il soutient que le politique influence la culture : le régime colonial détruit les structures qui soutiennent la vie culturelle d'un peuple (organisation politique, langue officielle déplacée, école, économie monétaire qui pulvérise la structure sociale), et il cite des spécialistes (Malinowski, un auteur anglais sur la politique coloniale) pour dire que la colonisation « vide » les peuples de leur culture et impose une société appauvrie. Il conteste les panégyriques européens (en citant des auteurs français) : la vraie « révolution » de l'Europe est d'avoir institué un système fondé sur l'argent qui élimine tout ce qui freine l'enrichissement ; il écarte l'idée d'une colonisation « éclairée », rappelle le souvenir des Gaulois sous les Romains, et critique l'idée de « transfert de civilisation » (nouvelle France, etc.).
À partir de Malinowski, il décrit le « don sélectif » : le colonisateur ne donne jamais aux colonisés les instruments de puissance (armes), de maîtrise politique, ni l'essentiel de la richesse, ni l'égalité, il choisit ce qui est transmis, ce qui produit une « mosaïque culturelle » sans harmonie. Il énumère trois issues : la conservation de la civilisation indigène, l'exportation de la civilisation du colonisateur, ou une « civilisation nouvelle » issue des deux (qu'il juge impossible sous le colonialisme, car toute culture est synthèse et style et non juxtaposition ; il cite Nietzsche sur l'unité de style), tout en admettant que toute culture est un mélange vécu intérieurement comme homogène (la « dialectique de l'avoir ») : cette appropriation est refusée aux colonisés, d'où un « complexe d'infériorité » produit par la politique coloniale et une sous-culture marginale. Il pose enfin le rôle des hommes de culture noire : non pas bâtir a priori la culture future, mais préparer la venue du peuple libéré, détenteur de la réponse, afin que se fasse une synthèse « de l'ancien et du nouveau », et conclut : « laissez entrer les peuples noirs sur la grande scène de l'histoire. »
Excerpts
“« Le commun dénominateur de ce congrès, c'est la situation coloniale. [...] On ne peut pas, en 1956, poser le problème de la culture noire sans poser en même temps le problème du colonialisme, car toutes les cultures noires se développent à l'heure actuelle dans une situation coloniale ou semi-coloniale. »”
“« La culture, c'est l'effort de la collectivité humaine pour se doter d'une personnalité. [...] La culture, c'est ce par quoi une civilisation se choisit. »”
“« Notre rôle n'est pas de bâtir a priori le plan de la future culture noire. Notre rôle est infiniment plus ample : il est de préparer la venue de celui qui détient la réponse, le peuple. »”