Juliet, Charles
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (transcription automatique approximative, avec quelques passages déformés ; les noms propres sont donnés tels que les restitue le transcript, par exemple l'éditeur P.O.L, transcrit « pévèle »)
Core ideas
Charles Juliet explique que le Journal est le fil le plus ancien et le plus constant de son travail d'écrivain : il a toujours tenu des notes, d'abord « par besoin », uniquement centrées sur sa vie intérieure, pour « se connaître et savoir qui il était », et jamais sur son quotidien. Il n'y a aucune contrainte ni règle, ni de longueur ni de sujet : les notes viennent de ce que la vie lui propose (une rencontre, une lecture, un événement) et elles ne sont jamais le point de départ d'un événement intérieur, c'est toujours la vie qui vient d'abord et qu'il fixe ensuite en mots. Il tient à la véracité de ce qu'il écrit (« rien n'est pire que de mentir, d'inventer des histoires, de se perdre dans des fictions ») et refuse le rôle de l'imagination. Il n'a pas envie de se relire, et voit dans le journal une manière « sans doute dérisoire » de lutter contre l'impermanence de la vie, à laquelle il est très sensible : il cherche l'intemporel, l'illimité, que l'écriture ou un poème permettent parfois d'approcher.
Il se décrit comme resté longtemps, peut-être toujours, un adolescent, avec ses engouements et sa vulnérabilité, qu'il juge nécessaire (sans elle, on serait indifférent à tout). Avec l'âge, il porte un regard plus clair, plus distancié, plus lucide, et un apaisement qui a été long à venir : pendant des années, il a été aux prises avec des tourments, des effondrements, de grandes peurs, de la haine de soi, qu'il est parvenu, dit-il, à dissoudre en en cherchant les causes, au prix d'un travail lent et douloureux de regard intérieur sur la conscience, la mémoire et l'inconscient, mené par un besoin de connaissance « irrépressible ». Il cite ses lectures : les mystiques de toutes traditions (notamment la mystique flamande du XIIIe siècle qu'il nomme « de Wisches d'Anvers » dans le transcript, ce qui est une transcription approximative), des textes sur le taoïsme, le bouddhisme et le zen, et surtout Krishnamurti, « sans qui je n'aurais pas fait le chemin que j'ai fait ». Il évoque aussi les artistes qui l'accompagnent : Cézanne, et un trompettiste de jazz, au chant « très étouffé, très intime » (nom transcrit « schumaker », identité non établie par le transcript : trompettiste à la vie tragique, liée à la drogue, dont on dit qu'il s'est suicidé), dont la souffrance, estime-t-il, nourrit l'œuvre.
Sur l'écriture, il distingue l'époque où il écrivait « à tâtons », porté par la souffrance qui dictait des notes nues, sans référence littéraire, et le présent, où il comprend mieux pourquoi il vise une écriture précise et concise. Le travail est « très laborieux, très lent » : il reprend sans cesse ses textes pour que chaque mot paraisse inévitable, il est très attentif au rythme (« comme une respiration ») et à la musicalité, et l'écriture reste pour lui « une lutte », entre plaisir et angoisse. Un grand pas a été franchi le jour où il a accepté l'échec : ce qu'on écrit est forcément inférieur à ce qu'on vit. Il refuse d'être gêné par l'étiquette d'écrivain de « l'aventure intérieure » ou de la « quête de soi », qui lui a été imposée, mais il souligne que cette aventure peut se vivre sans écriture, y compris chez des gens très simples. Il évoque enfin ses années d'école militaire à Aix-en-Provence (de 12 à 20 ans environ, onze ans sous l'uniforme au total, selon ses propos), la fraternité qui y régnait et dont l'absence l'a fait souffrir, puis son besoin de se défaire des influences reçues pour devenir lui-même ; ses rapports aux écrivains (Nathalie Sarraute, dont l'œuvre rigoureuse lui semble manquer de lyrisme ; un écrivain dont il a été le correspondant et qu'il a relu en 2001 sans plus communiquer avec lui ; Beckett, qu'il a rencontré brièvement ; un poète dont il a passé plusieurs mois à Tübingen, ville de ses études, et dont il connaît la correspondance, nom mal transcrit, vraisemblablement Hölderlin, sur lequel il a eu l'idée d'une pièce) ; et son indignation devant la situation des sans-abri dans un pays riche, qu'il juge inacceptable tout en reconnaissant qu'un individu seul ne peut guère qu'« s'indigner et ne pas accepter à l'intérieur de soi une telle réalité ».
Excerpts
“« Pas de règles, ni pour la longueur des notes ni quant au choix des sujets. J'accepte simplement ce qui me vient, ce que je peux voir, ce que je peux vivre, une rencontre que je peux faire, et donc voilà, les notes s'écrivent comme cela, sans jamais rien forcer. »”
“« Le journal, c'est une manière sans doute dérisoire de lutter contre l'impermanence de la vie. Moi je suis très sensible à l'éphémère et, en réaction, j'aimerais pouvoir atteindre, c'est ce que je recherche, l'intemporel, l'illimité, et parfois évidemment l'écriture ou un poème permettent d'approcher ce que je recherche. »”
“« J'ai fait un grand bond en avant le jour où j'ai accepté d'échouer, parce que je crois que quand on écrit on ne parvient jamais à vraiment restituer ce qu'on pense, ce qu'on ressent. Donc ce qu'on écrit est forcément inférieur à ce que l'on vit, et un jour ou l'autre il faut l'accepter. Maintenant, je l'accepte. »”