Genet, Jean
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (un texte lu d'environ sept minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et plusieurs phrases ; les passages incertains sont omis ou hédgés)
Core ideas
Une « internationale policière ». Genet ouvre sur l'idée que, malgré les particularismes nationaux, une même police uniforme couvre la terre : il énumère (avec des noms déformés dans le transcript) des polices et escadrons du Japon, du Brésil, de France (les CRS), des États-Unis (FBI et polices d'État), du Maroc, du Mexique, d'Espagne et d'Haïti (les Tontons macoutes), et conclut que la liste « ne sera jamais close ».
Le meurtre de George Jackson. Il s'étonne que la plupart des journalistes aient accepté d'emblée la version policière de la mort de Jackson que donne le directeur de la prison de San Quentin (ce dernier évoque aussi des gardiens égorgés). Pour lui, il s'agit d'un assassinat, d'un « coup monté », qui a pu partir d'un « salon de Reagan » ou d'un bureau de simples gardiens : la cible était la même, un Noir « qui pense, qui écrit ce qu'il pense » et dont le livre (vraisemblablement Soledad Brother, non nommé dans le transcript) prépare les consciences noire et blanche à une insurrection populaire. Il juge Jackson « naïf, c'est-à-dire nouveau, c'est-à-dire dangereux » et estime que les Blancs, en le tuant, lui ont donné sa « proportion exacte ».
Responsabilité, combat et trahison. Genet soutient que les Noirs américains sont « responsables, et non victimes » quand ils acceptent de faire la guerre au Vietnam ou à Saint-Domingue pour la « grandeur de l'Amérique » ou de profiter même minimalement des bénéfices de l'impérialisme (il inclut l'Europe dans ce « vampirisme »). Il distingue deux moyens de refuser les buts de l'administration blanche : la combattre de front ou la trahir, et regrette que le mot trahison fasse reculer l'esprit, à cause d'une morale féodale et chevaleresque qui nous fait rester fidèles à des institutions exigeant « les pires transactions ». Un Noir qui entre dans la police ou l'armée pour la servir veut être blanc et reste un « zombie ». Il cite les Rosenberg comme exemple d'une trahison « noble », et dit qu'il n'écrirait pas cela si la révolution planétaire avait eu lieu.
La prison comme espace et comme châtiment. Genet décrit les onze ans que Jackson a passés dans une cellule de 4,5 mètres carrés (des milliers de kilomètres « au dedans des mêmes murs »), où l'imagination parcourait un espace réel, jusqu'en Chine peut-être, et d'où il a tiré des conclusions « qui font la peau à l'Amérique blanche » (par Amérique, il entend aussi l'Europe et un monde qui dépouille les colonies d'hier devenues néocolonies). Il note que Jackson ne connaissait que son corps pendant dix ans d'abstinence et qu'il a « arraché son livre » à cette privation ; « pour être mieux châtié, un homme doit être châtré ». Il évoque un rêve fait quelques heures après la mort de Jackson : l'expulsion violente de George et de son frère Jonathan de la prison comme l'accouchement de jumeaux, avec la figure de Mao, et le rappel que les deux frères « nous rappellent seulement que nous devons faire un travail d'homme contre la mythologie scintillante du monde blanc ».
La peur de l'Amérique. Enfin, citant une lettre d'un attaché de l'ambassade américaine à propos d'Angela Davis (qui jugeait que les accusés abusent de leurs droits de procédure), il y voit une preuve que la police américaine propose une « farce rocambolesque » et que l'Amérique a peur des Noirs, non parce qu'ils seraient des brutes mais parce qu'ils sont intelligents, déjouent les administrations blanches et sont « doux et inexorables ». Il s'interroge sur les corps de gardiens que le directeur de la prison dit égorgés et enterrés « sans funérailles », alors que Jackson l'était à la sauvette.
Excerpts
“« Il n'est peut-être pas exagéré de parler d'une internationale policière. »”
“« Les Blancs l'ont tué. »”
“« L'Amérique a peur des Noirs. »”