MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Artesquieu/Braque, Georges

Braque, Georges

peintre cubiste

Georges Braque et Pierre Reverdy - Échange lors d'une exposition à la Galerie Messine

Artesquieu · Feb 20, 2025 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: full, épisode très court (extrait d'archive de quelques minutes)

Core ideas

Ce très court extrait d'archive capte une conversation informelle entre Georges Braque et Pierre Reverdy lors du vernissage d'une exposition de Braque à la Galerie Messine, précédée d'une présentation par les producteurs de l'émission qui retrace le statut singulier de Reverdy dans le milieu des peintres cubistes : proche de Max Jacob, Braque, Juan Gris et Gino Severini, et l'un des meilleurs amis de Picasso, Reverdy « a tout du peintre » sauf la pratique elle-même — dépourvu, selon la présentation, de l'habileté technique nécessaire pour répondre à ses propres exigences picturales, il se serait tourné vers l'écriture comme prolongement de cette relation fusionnelle avec les peintres, la composition typographique de ses poèmes portant la trace de ce penchant pictural. Les témoins de l'époque, rapporte l'émission, décrivaient Reverdy comme écouté par les peintres avec autant de respect que s'il avait été Picasso lui-même, capable d'improviser des heures durant un discours théorique d'une précision et d'une cohérence dignes d'un texte préparé — être encensé par son esprit critique acerbe constituait une véritable consécration dans ce milieu.

Dans l'échange lui-même, Reverdy félicite Braque pour les toiles de l'exposition, marquées par une économie de couleur inédite qui, selon lui, n'enlève rien à leur éclat et à leur luminosité — il y voit une expression directe de « l'éclat de la vie », qu'il rattache à l'éclat de la matière vivante elle-même plutôt qu'à un effet chromatique. Reverdy profite de l'échange pour préciser son propre rapport paradoxal à la peinture : bien qu'il affirme ne « rien entendre » à la peinture au sens technique, il revendique avoir « fait ses classes chez les peintres » et considère que la peinture a été sa vie presque autant que la littérature, qu'il présente comme une « gageure » tenue plus ou moins bien — regrettant de ne pas avoir pu être peintre lui-même, empêché selon lui par un défaut d'habileté manuelle incompatible avec ses conceptions intellectuelles.

Braque répond en développant une théorie de la couleur fondée sur la notion de « rapport » : pour lui comme pour les artistes en général, la couleur en elle-même importe peu, ce qui compte étant le rapport entre les couleurs et, plus largement, le rapport entre les choses — principe qu'il présente comme la base même de l'art. Il élargit cette réflexion à la réception de l'œuvre, s'intéressant désormais moins à l'acte de peindre lui-même qu'aux rapports infinis qui se créent entre l'œuvre présentée et sa perception par chaque spectateur.

Excerpts

“« Ce que j'aime le plus dans la vie, c'est l'éclat de la vie, l'éclat des choses qui n'ont d'éclat généralement que parce qu'elles sont de la vie, précisément parce qu'elles sont de la matière — et que la matière elle-même vivante est éclatante sans aucune couleur, sans aucune question de couleur. » (Reverdy)”

“« Pour nous, pour les artistes en général, la couleur en elle-même a très peu d'importance, car ce qui compte c'est le rapport — le rapport des choses, et pour la couleur c'est identiquement pareil, c'est le rapport des couleurs qui compte. J'insiste sur les rapports : on peut dire qu'en art, c'est la base de toute chose. »”

“« Moi, vous savez, je n'entends rien à la peinture — j'ai eu la chance dans ma vie d'être l'ami de très grands peintres, j'ai fait mes classes chez les peintres. La littérature, pour moi, c'est une gageure que j'ai tenue plus ou moins bien, je ne sais pas, mais la peinture, ça a été ma vie presque — je crois que j'aurais dû être peintre, je n'ai pas pu l'être. »”