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Cornu, Philippe

universitaire, chargé de cours à l'Inalco et à l'Université catholique de Louvain, président de l'Institut bouddhique européen, auteur du « Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme » et de « Le bouddhisme : une philosophie du bonheur ? », Seuil, traducteur du « Livre des morts tibétain »

Frédéric Lenoir, Philippe Cornu & Leili Anvar - Discussion sur l'enseignement du Bouddha

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un entretien d'environ une heure ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les termes sanskrits et pâlis et les noms propres ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Aux sources : un enseignement oral, un « bouddhisme originel » qui n'existe pas. Pour revenir au message fondamental du Bouddha, Cornu rappelle que celui-ci n'a rien écrit : l'enseignement était oral, appris par cœur par les moines, et les premiers canons n'ont été fixés par écrit que vers le début de l'ère chrétienne, environ cinq siècles après sa mort (donc plus tard que les Évangiles par rapport au Christ). Il y a donc des canons « plus ou moins anciens » (le canon pâli étant lui-même composé sur un ou deux siècles) mais pas de « bouddhisme originel » au sens strict, ce qu'il qualifie de « fantasme ». Le Bouddha, dont la langue est inconnue (probablement une forme de magadhi proche du pâli), n'a pas fondé d'église : ce sont ses disciples qui ont systématisé son enseignement en écoles (18 à 20 écoles anciennes).

Les grandes doctrines : quatre nobles vérités, impermanence, coproduction conditionnée. Cornu résume le socle commun : les quatre nobles vérités (la souffrance, son origine, sa cessation, le chemin pour y parvenir) ; les « quatre sceaux » (tout phénomène conditionné est impermanent et source de souffrance, aucun phénomène n'a de soi, le nirvana est paix) ; et surtout la coproduction conditionnée, « marque de fabrique » de l'enseignement : aucun phénomène n'existe par essence, chacun naît de la convergence de conditions et devient lui-même condition d'autres phénomènes. Le karma est un cas particulier de cette coproduction lorsqu'elle s'applique à l'esprit : seule l'action intentionnelle compte, et elle n'est pas un destin (elle peut être purifiée ou contrecarrée). Les animateurs rapprochent cette vision d'une physique contemporaine du devenir, ce que Cornu accepte avec prudence (domaines différents).

Le « non-soi », la renaissance, l'éveil, le désir. Le Bouddha a dénoncé l'idée d'un soi permanent et unitaire, qui nourrit l'ego et l'orgueil, mais sans nier toute continuité : la renaissance est comparée à un fleuve qui franchit une frontière (un « courant psychique » dont les contenus changent mais qui garde un fil de conditionnement), et l'esprit est un enchaînement de moments de conscience instantanés. Le langage est une convention, le « doigt qui montre la lune » : on cherche à atteindre un inconditionné, que les mots ne peuvent saisir. Le bonheur ultime n'est pas un bonheur ordinaire, mais la cessation de toutes les causes de souffrance (le nirvana), accompagnée de l'éveil, qui est la vision des choses telles qu'elles sont. Répondant à l'objection de Nietzsche ou de Marcel Conche selon laquelle la souffrance fait sentir vivant, Cornu soutient que la souffrance n'est pas « consubstantielle » à la vie : l'existence devient souffrante parce qu'on fonctionne dans l'ego, le désir de possession et l'attachement ; il distingue le « désir-passion », poison, des aspirations nobles (à l'éveil, à la compassion), qui sont des vertus. La compassion est impérative : on ne peut parler de réalisation spirituelle si l'on reste égoïste.

Le chemin octuple, la méditation, les dieux. La quatrième noble vérité, le noble chemin octuple, comprend trois volets : sagesse (connaissance de la nature des phénomènes), éthique (règles et vœux, dont très peu d'Occidentaux sont porteurs, d'où une fragilité du bouddhisme occidental) et méditation (regarder son esprit pour « désamorcer les bombes à l'intérieur »). Cornu juge que l'Occident a surévalué la méditation dans le bouddhisme, que la pleine conscience n'en est que la première étape (calmer l'esprit), et qu'une instrumentalisation par les psychologues, bien qu'utile, n'est pas du bouddhisme. Il précise que le Bouddha n'est « ni un dieu, ni un être humain » mais est au-delà de toutes les conditions d'existence, que les statues (dont l'origine serait probablement grecque) servent de support et d'offrande, que le bouddhisme accepte les dieux védiques mais en position subsidiaire et n'a pas besoin d'un dieu créateur, la coproduction conditionnée suffisant à tout expliquer.

Excerpts

“« Quand on parle de bouddhisme originel, c'est un peu un fantasme : il n'y a pas de bouddhisme originel à proprement parler. »”

“« Les concepts ne peuvent pas atteindre l'inconditionné : c'est le doigt qui montre la lune, le problème c'est qu'en général on regarde le doigt. »”

“« Le Bouddha n'est pas un dieu, il est au-delà de la condition divine. »”