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Jerphagnon, Lucien

historien de la philosophie antique et médiévale, élève et assistant de Vladimir Jankélévitch, auteur de « Les dieux ne sont jamais loin », « Des dieux et des mots », « Saint Augustin, le pédagogue de Dieu » et directeur d'une édition d'Augustin dans la Pléiade

Lucien Jerphagnon - Entretien (A voix nue)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et les références grecques ou latines ; les passages incertains sont omis ou signalés)

Core ideas

Jerphagnon commence par définir sa position : le philosophe fait défiler tous les systèmes, constate qu'ils ne répondent pas à ses questions et en invente un autre qu'il croit « le bon » ; lui n'a jamais voulu « mettre fin à la philosophie » et n'a « rien trouvé », ce dont il se réjouit : il suit Jankélévitch pour qui il faut « philosopher » (être en acte, en marche) plutôt que « faire de la philosophie ». Pour lui, un philosophe est « quelqu'un qui respire dans son temps » ; l'historien de la philosophie doit retrouver cette époque, ses mots et ses joies, car chaque penseur a vu un aspect des choses et nul concept n'est éternel : plaquer les catégories du XXIe siècle sur Platon le transforme en autre chose. La bonne attitude est de comprendre plutôt qu'expliquer (celui qui explique est « sûr de soi », « la pire chose qui puisse arriver à un philosophe »), de goûter la compagnie des penseurs qui cherchent et se contredisent, et de ne pas former de clones (« je ne voudrais pas qu'ils me ressemblent »). Il se dit épicurien sur un point : « vivre caché » ; il tient à son rôle de passeur plutôt qu'à celui d'« intellectuel » qui signe des pétitions.

Il revient sur le mythe : à ceux qui disent « circulez, il n'y a rien à croire », il répond que croire n'est pas être « crétin » (on peut l'être en croyant à rien), que la raison plaquée sur le mystère fait un « petit monstre logique » (le dogme), et qu'il faut admettre le besoin de mythe comme le besoin de rationalité : il évoque Paul Veyne et les « strates de vérité » (vérité mathématique, historique, religieuse), les Grecs et les Romains pour qui il n'y avait pas de dogme ni de magistère (Varron et ses trois théologies : fabuleuse, civile, philosophique), et un souvenir de la foi résumée par un cardinal ami comme « l'espérance dans un amour ». Sa propre foi chrétienne se définit pour lui par la scène d'Emmaüs (« reste avec nous, Seigneur ») plutôt que par des pages de dogmatique. Il raconte aussi une « scène primitive » (un orage, le 14 juillet 1925, dans les bras de sa mère), sa première vision de l'océan, la mort précoce de sa mère, son père mathématicien-physicien et croyant, et le rôle de Plotin qui l'a « retenu sur les pentes de l'athéisme ». À propos de Jankélévitch, il évoque la banalité (sujet de sa thèse, quatre ans et demi de travail), la dérision (Jankélévitch riant de tout, y compris de lui-même, et jamais « inféodé ») et l'invention de « Tartempion » comme personnage pour expliquer les catégories d'Aristote.

Il consacre de longs développements à Plotin (cherchant la sagesse chez les stoïciens, les pythagoriciens, les épicuriens avant de trouver son maître Ammonios Saccas ; la trajectoire de Jerphagnon, entré dans la philosophie à 24 ans après le STO, ressemble à la sienne ; le néoplatonisme comme manière de mettre en ordre Platon, avec l'Un au-delà de l'être ; le projet de « Platonopolis » refusé par l'empereur ; Plotin « homme du retrait » ; Porphyre et ses correspondances avec les Évangiles) et à saint Augustin (rencontré comme « camarade de promotion » ; il corrige le poncif du « fêtard converti » : Augustin a toujours été chrétien mais autrement, a cherché la sagesse à 18 ans, a passé neuf ans chez les manichéens, a eu une compagne dont on ne connaît pas le nom, a volé des poires par pur désir du mal ; « Confessions » comme confession de la foi et de l'amour de Dieu). Il conclut sur l'ambiguïté du mot « Dieu », entre l'« au-delà de tout » (Plotin, Grégoire de Nazianze) et l'« absolu de dialogue » (Emmaüs), sur la théologie négative et sur la distance entre ces deux pôles : « il faut tenir les deux bouts de la chaîne ».

Excerpts

“« Il faut avoir envie de comprendre, toujours comprendre, plus qu'expliquer. À partir du moment où vous expliquez, c'est que vous êtes sûr de vous, et être sûr de soi, c'est bien la pire chose qui puisse vous arriver. [...] C'est la pire chose qui puisse arriver à un philosophe. »”

“« On plaque de la raison sur du mystère, alors on obtient un petit monstre logiquement conçu qui est un dogme. [...] On a besoin d'espérance, on a besoin de mythes, comme on a besoin de comprendre : je ne vois pas pourquoi on interdirait aux gens la voix de l'espérance. »”

“« Si je devais définir ma foi chrétienne, ce serait la fin de l'évangile de Matthieu, les disciples qui reviennent de Jérusalem, désespérés, qui rencontrent quelqu'un qui les accroche au passage : "Seigneur, reste avec nous, il se fait tard", et ils le reconnaissent à la fraction du pain. C'est tout. Je préfère ça à des pages et des pages de dogmatique. »”